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d’avoir, depuis son accession au pouvoir,appointé une foule de personnes à les sinécures et d’avoir déchargé arbitrairement des employés fidèles ; on accuse de plus les aviseurs actuels de la couronne d’avoir négligé la collection du revenu, d’avoir abandonné les travaux en contemplation ou de les avoir donnés à des contracteurs qui n’étaient pas qualifiés, et de n'avoir pas pourvu à la complétion des chemins de fer. Si la moitié de tout cela était vraie, le gouvernement serait une disgrâce pour le pays. Mais je demanderai une question aux honorables députés de l’autre côté de la chambre : Sont-ils capables de prouver leurs avancés ? Vous pouvez dépendre, M. le président, que si ces messieurs avaient été en état de prouver leurs accusations, ils auraient pris les démarches nécessaires pour obtenir une enquête. Du moins, c’est comme cela que la chose me frappe.»
Voilà de la vraie éloquence parlementaire. C’est encore plus naturel que le premier discours, parce que c’est moins français; et pourtant mon homn:'e a soigneusement évité tous les anglicismes déjà sigualés. Pénétrons un peu dans ces broussailles.
Uue «appropriation» dans ie sens de «crédit» est un anglicisme. On dit souvent des «octrois »; cela est incorrect, c'est «subventions » qu’il faut: « Des argents octroyés—monies granted» ne doit pas se dire non plus pour : « des sommes d’argent ou des deniers votés. » Disons aussi «avènementau pouvoir » et non «acce ssion.» « À ppointer » quelqu’un pour «nommer», « appointement » pour « nominatiun, » ainsi que « décharger » dans le sens de « congédier, « destituer,» sont des anglicismes qui font frémir. On chercherait en vain dans les dictionnaires le mot « Aviseur ; » ce
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vocable n’4 jamais existé et je ne vois pas pourquoi on ne se servirait pas du mot «conseiller» qui est français. La «collection» du revenu n’est pas français; c’est perception qu’il faut. Le verbe «collecter, » si toutefois il est français, signifie : Faire une collecte, et non « percevoir » un impôt, une dette. Par une contradition assez singulière, « collecteur » est un vieux mot français qui s’employait autrefois à peu près dans le même sens que nous l’employons aujourd’hui. « Des travanx en contemplation » ou «contemplés » pour «des travaux projetés» est un anglicisme incompréhensible qu’én rencontre pourtant souvent. «Contracteur » n’a pas même le mérite ‘’être un mot français, c’est «entrepreneur » qu'il faut dire, « Qualifié à faire une chose» pour « être capa-
ble de le faire, avoir les qualités nécessaires pour la
faire, » est une locution qu’il faut éviter avec soin. « Complétion » comme « contracteur » n’est pas français du toi ‘ et doit être remplacé par parichèvement ou achèvement, 5u quelquefois par le verbe compléter avec une périphrase. Ne disons jamäis « une disgrâce » pour «une honte,» et encore moins «disgra cieux » pour « honteux.» « Demander une question-— To ask a qu»stion » pour « poser une question » est une expression, si non honteuse, du ms:uns très-disgracieuse et fort incorrecte. « Les députés de l’autre côté de la chambre, » est un non sens. Il faudrait au moins dire : « Les députés qui siégent de l’autre côté de la chambre, » mais « lés députés de la droite et de la gauche » serait plus français et plus élégant. Le mot « avancé » n’est pas français dans le sens d’«assertion. « Vous pouvez dépendre—you may depend » pour « vous pouvez être certain,» ne devrait se dire
Li AR Lis
que par un Anglais qui arrive de Londres et encore faudrait-il le pendre..…...ne fut-ce que pour avoir le plaisir de le dépendre. « Preadre des démarches — Take steps» äoit se remplacer par « faire des démarches » On prend des mesures, mis on fait des démarches
Il me frappe que ce député ne s'exprime pas plus correctement que l’autre. Lt strikes me that. C'est à-dire : Je m'aperçois, etc., pour parler français.
Voilà deux petits discours qui nous ont donné du fil à retordre et nous ne sommés pas encore rendus au plus creux de nos aventures.
Voici qu’un troisième député se lève :
«M. le président :—Si les deux honorables députis qui viennent d’adress-r ia chambre s'imaginent que leurs discours vont affect-r le vote que nous sommes appelés à donner, ils se trompent. Sous les circonstances actuelles, je ne puis ni appuyer le gouverue: ment ni suivre l'opposition. Pour dire toute ma pensée, je serais en faveur d’un gouvernement de coalition. Je comprends que les miuistres entretiennent l’espoir que leur politique d’expédients va réussir. C’est une politique qu’il ne faut pas initier dans notre vays et, moi pour un, je les notifie d’une chose, c’est qu’ils ne pourront jamais rencontrer les dépenses courant2s sans imposer de nouvelles taxes. Qu'ils réajustent les impôts tant qu'ils voudront, cela ne suffira pas. Je leur tends cet avis en touie sincérité et ils pourront facilement se satisfaire de la
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vérité de mes remarques en référant au rapport du discours que l'honorable Premier a prononcé l’an dernier. Je proposerai donc une motion en amendement. »
. Sans attendre sa motion, jetons un coup d'œil sur son français. . +
«Adresser.;la. BE vip «adresser. une assem-+
blée. » Que nousentendons souvent ces. expressions incorrectes ! C’est «adresser la parole à la Chambre, à une assemhiée » qu’il faut. « Affecter n dans le sens d «influencer, ». est.un anglicisme qui se rencontre souvent ; ilen-est de mêr ade sous La circonstanc”s» au lieu de «dans les circonstance
On fait un.étrange abus du dus «coalition. » Pour qu’ il y ait « coalition » il faut qu’ilexiste trois partis au moins. Deux ou plusieurs groupes peuvent se coaliser contre le ministère ou contre. l'opposition; mais lorsque doux partis s unissent, c’est une fusion qui s'opère.
«Je comprends,—[ understand» pour j'ai appris,
‘ou «on m'apprend» est une locution. essentiellement
anglaise et assez usitée. . Ne disons pas «entretenir n une opinion, un espoir, des craintes dans le sens d «avoir» une opinion, un espoir ou des craintes. On peut, il est vrai, entretenir la bonne opinion que notre voisin a de nous, on. peut entretenir ses espérances en lui faisant des promesses, ou ses craintes en le menaçant, mais c’est là un tout autre ordr d'idées.
«!nitier» une politique, un système âans un pays; poër l’«inaugurer, l « implanter», «l'introduire, » est, sinon un ‘anglicisme, une’expression fort incorrecte. On initie quelqu'un à ou dans une chose, voilà tout,
« Moi pour un, » au lieu de « pour ma part »; « notifier quelqu’ un d’une chose, » pour « notifier une chose à quelqu'un » ; « rencontrer des dépenses, des obligations,» au lieu d’y «faire honneur, » ou d’ÿ « faire face » ; « rajuster ou réajuster un tarif » pour le « remanier » ; «tendre un avis» pour « donner » un avis où un conseil ; se «satisfaire» d’une chose au lieu de s’en «convaincre,» sont autant d’anglicismes.
« Le rapport d’une discussion, d’une séance » est une expression vicieuse que nous entendons tous les jours. Il faut dire t le compte rendu » ou « le procès verbal suivant le cas. Le mot référer est souvent employé mal à propos. Référer signifie : faire rapport. « [! faut en référer à la chambre ; » ou encore : S'en rapporter à quelqu'un. «Je m'en éfère à vous »; ou bien encore : Avoir rapport. «Ce passage se réfère à tel autre.» On dit aussi: «Je vous en réfère tout l'honneur.» Mais on ne doit pas dire : «Je vous réfère à tel livre,» ou, «référez à tel ouvrage, » c’est: «Je vous renvoie à tel livre, » ou « consultez tel ouvrage » qu’il faut.
M. le « Premier, » pour « M, le premier ministre ; 5» « l'honorable Blake » pour «l’honorable M Blake, » ou «l'honorable Edouard Blake, » sans étre des anglicismes, sont des expressions peu élégantes. Le mot molion est admis aujourd’hui dans le langage parlementaire ; mais on fait une motion, on ne la propose pas. C’est trop anglais: {o move a motion: « En amendement—in amendment » est également incorrect. «Comme amendement, » ou «par voie d’amendement» serait plus français je crois. ,
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Avant de quitter la législature, relevons quelques
autres incorrections de langage en voguo parmi les mandataires du peuple.
Lorsqu'une motion est adoptée on a l'habitude de dire qu’elle est emportée, carried. Un député ne se gèue pas d'affirmer que la cabale s’est faite d’une manière honorable dans son comté. C’est une contradiction dans les termes, €ar le mot cabale se prend uécessaireme-nten mauvaise part et siguifie : Intrigue ténébreuse. l’our rendre Le mot anglais canvass il faut une périphrase. On entend souvent dire: «en chambre » pour « à la chambre » ou « devant la chambre.» Je vous renvoie aux dictionnaires pour la signification des mots: «en chambre.» Tout ce que je puis vous dire c’ost qu’ils ne sont pas du tout parlementaires. Pendant que vous êtes à consulter lies dictionnaires, ayez la bonté de constater ce que signifient les mots: «en amour» et je suis certain que vous ne les emploierez plus jamais dans le sens d’'amoureuæ. Mais nous sommes loin de nos députés qui parlent assez rarement d'amour. Ils sont plutôt portés à corriger leurs adversaires; mais il ne faul pas croire qu’ils veuillent dire par là qu’ils vont infiiger. un châtiment corporel à leurs contradicteurs. Non, c’est seulement un anglicisme qu’ils
-commettent : To correct some one: c’est-à-dire, réta-
blir les faits dénaturés par quelqu'un.
: Quand le gouvernement déclare qu’il a pris telle question «sous considération» il se rend toujours coupable dun anglicisme, et quelquefois d’une légère entaille à la vérité par dessus le marché. Si l'on voulait respecter le français on dirait que Pon
en Et din
‘étudie telle question, que telle question a été mise à l'étude ou qu’elle a été prise en considération.
On fait un abus considérable du mot sous. Outre les deux anglicismes déjà signalés : «sous ces circonstances » et « sous considération, » on dit, aussi très-souvent : «‘ouvrage, travaux sous contrat, :b pour « ouvrage, travaux donnés à l’entreprise ; « sous certaines conditions, » pour «à certaines conditions. » . Amalgamer deux chemins de fer, deux banques; pour les fussonner est une expression qui devrait être bannie du langage, ainsi que connexion dans le sens de rapport. « Maître-général des Postes » serait avantageusement remplacé par « Directeur général des Postes». « Député-ministre » ne :Cevrait pas s’employer, ni « député du ministre. » Un député est une personne envoyée, déléguée par une autre: «Sous chef de tel département », « sous-secrétaira d’ Etat, » ete., sont les mots propres. : DEL : Ce projet de loi a « criginé » au Sénat, au Conseil législatif pour « a pris naissance »:; un tel est « l’originateur » de ce bill, sont des locutions vicieuses en fréquent usage parmi nos législateurs. «Parler contre le temps » voudrait dire se plaindre de la tem: pérature, mais ici un député qui v parle contre le temps » cherche seulement à gagner du temps. ‘He is speaking against time d:
« Un tel a perdu sa motion » nesigni fie pas, comme on pourrait le croire, qu’il a égaré lé morceau de papier sur lequel sa motion était écrite, mais bien que la majorité a rejeté, repoussé sa proposition.
Un député ne « résigne.pas son siége; » il «remet son mandat » On dit souvent qu’il y a tant de voteurs dans tel comté. C’est une-expression tout-à fait in-
| été mise ration.
us. Outre s ces Cir— : dit. aussi contrat, :b rise ; « SOUS uditions. »
; banques, ui devrait on dans le tes » serait ar général evrait. pas : député est une autre:
secrétaire au Conseil est «l’oris vicieuses s. «Parler e de la tem:
> contre le
mps. He is
pas, comme horceau de mais bien osition. .
» il remet tde voteurs -à fait in-
correcte, Un voteur est un homme qui fait un vœu. Il faut dire qu’il y a tant d’électeurs dans telle division et que tant de votants ant pris part au scrutin,
Il arrive parfois aux députés qui commettent des anglicismes de dire de grosses vérités sans le vouloir. A ce propos, permettez-moi dé vous raconter en deux mots une petite scène dont j'ai été témoin durant la dernière session. Deux illustres représentants du peuple sont aux prises M. B. accuse M. M. d’avoir fait une ässertion un ‘peu hasardée pendant une lutte électorale. M. M. se lève solénnël lement, prend une posé de matamore, fait-un- geste superbe et prononce d’une voix sonore cette phrase : « M. l’Orateur, je le nie emphatiquement.» C'était en effet une dénégation très-emphatique,.mais bien peu formelle. «Nier emphatiquement » veut dire emier avec emphase » et non pas « avec énergie » ou eformellement, »
Passons maintenant à la salle de lecture et prenons la première file, pardon, je veux dire liasse de journaux qui se trouve sous la main. Il est probable que c’est le mot « correspondance éditoriale ; qui frappera d’abord notre vue. Si nous allons un péu plus. loin nous trouverons «note éditoriale», « art cle éditorial» ou bien «éditorial» tout court. Il ést bon de vous dire que éditorial n’est pas français. Puis, en y réfléchissant un instant, l’on se Convain-
‘cra que si ce rhot était admis dans les dictionnaires
ilsignifierait : «Ce qui appartient à l'éditeur.» Or l'éditeur n’est pas le rédacteur. Le mot editor se tra-