‹ L'anglomanie au Canada [microforme]Chapitre 2 sur 9 · Acte de Manitoba · texte numérisé non relu

Acte de Manitoba

Nous avons parlé de l'opposition commune de l'Anglais protestant des Etats-Unis où du yankee pour la race française. (1) Cette opposition, nous l'avons vue, est un des caractères principaux du nationalisme américain, un des traits les plus saillants de l'américanisme.

Nous serions injustes, si nous accusions tous les Anglais protestants du Canada d'être les ennemis de la race française, Le plus grand nombre de ceux qui appartiennent au parti conservateur, surtout parmi les chefs,ont montré constamment une grande équité envers les catholiques de langue française, quelquefois même au détriment de leur popularité et de leurs intérêts. Il S'en rencontre aussi parmi les Anglais protestants du parti libéral un certain nombre qui, par équité naturelle ou par respect de la constitution du pays, veulent sincèrement l'égalité des deux langues, des deux religions, des deux peuples.— Nous commettrions enfin une véritable injustice si nous accusions le gouvernement d'Angleterre ou celui de là confédération canadienne de travailler à opprimer la population française au Canada, L'un et l'autre gouvernement ont souvent donné la preuve d'une grande équité envers notre race.

Mais, nous devons aussi à la vérité de constater qu'au Canada. beaucoup d'Anglais protestants, jusque dans le parti conseres

@) Ces articles sont extraits du Mouvement Catholique et forment partie d'un ouvrage plus considérable sur le libéralisme, par le même auteur.

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Cette antipathie n'est pas récente : elle a les mêmes origines que celle de l'Anglais protestant des Etats-Unis : elle remonte à la guerre de cent ans, faite en Amérique au XVIe et au XVIIIe siècle par les Anglais contre la race française, et à cette autre querre de cent ans faite en Europe, au XIVe et au XVe siècle, par les Anglais contre les Français sur le territoire même de la France.

Pour plus de clurté, appelons anglomanes ces Anglais protestants du Canada qui détestent les Français, et œrwglomanie leur haine et leur opposition pour notre race.

Nous devons faire, au moins à grands traits, l'histoire de l'anglomanie au Canada, car, comme nous allons le voir, cette histoire s'est souvent confondue avec l'histoire même du libéralisme, et, sans elle, on ne saurait entendre ni les épreuves de la religion catholique dans le passé au Canada, ni les dangers qui la menacent dans l'avenir.

L'anglomanie ax son centre duns la province d'Ontario. Chacun le sait, cette province à été en grande partie peuplée par les loyalistes. c'est-à-dire par ces colons de la Nouvelle-Angleterre qui demeurèrent loyaux et fidèles à l'Angleterre quand leurs concitoyens du Nouveau-Monde s'en séparèrent ; qui, lors de cette séparation, ne voulurent point, pur attachement à la mèrepatrie et à la famille royale, suivre les destinées de la jeune république de l'Amérique du Nord, mais s’en allèrent dans la colonie voisine pour demeurer sous la dépendance immédiate de l'Angleterre et de ses rois. On le comprend, à raison de leur origine même, les Anglais protestants d'Ontario ne sont pas fort enthousiastes de la république yankee. Aussi, ils n'ont jamais demandé l'annexion du Canada aux Etats-Unis, alors même que plusieurs Canadiens-français, comme nous l'avons dit, désirent cette annexion à l'encontre de tous les intérêts catholiques et français.

Mais si les Anglais protestants d'Ontario ont peu de syÿmpathie pour la république voisine, un grand nombre d'entre eux n’en ont pas moins le fanatisme de race et de religion. Ceux qui nous haïssent le plus ont eu trop souvent une influence prépondérante dans le gouverneinent de cette province et ont réussi à lui donner, plus qu'ailleurs, une direction contraire aux principes et aux intérêts catholique: Les orangistes, sauf de louables exceptions,

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(1) se sont montres presque constamment nos ennemis, [s'est rencontré des sectaires pour organiser des sociétés destinées à combattre à outrance les catholiques, spécialement ceux de race fran: caise, Qui n'a entendu parler de ces associations fanatiques (2) dont tous les membres s'engagent par serment à ne jamais favoviser l'entrée d'un catholique dans un emploi publie ou privé quelconque, à travailler au contraire, par tous les moyens. possibles, à exclure tout catholique de toutes les fonctions, à ne jumais rien acheter d'un catholique, ete ?

C'est par la province d'Ontario que les anglomanes du Canada aspirent à établir leur domination graduelle dans toutes les provinces et à y éteindre peu à peu la langue Française et la religion catholique,

Arvrétons-nous un instant à considérer leurs tentatives pour se rendre absolument maitres dans le Manitoba, Nous v verrons le sort qu'ils préparent, sion les laisse faire, au Canada tout entier,

La race française avait découvert ce pays, La compagnie du Nord-Ouest, quoique constituée par des capitalistes anglais, lui avait demandé ses plus nombreux et ses plus actifs employés, Ceux-ci, en s'unissant à des sauvagesses, avaient donné naissance à tout un peuple de métis français, Au connnencement de ce siéele, lord Selkirk avait établi sur les bords de x Riviére-Rouge les premiers colons réguliers, entre autres d'anciens soldats snisses qui avaient servi dans les armées de Napoléon ler, et qui placérent leur nouvelle patrie sous le patronage de FApôtre de l'Allemagne, saint Boniface,

Cependant la race anglaise avait su s'attribuer toutes les régions situées au sud et à l'ouest de la Baie d'Hudson : por la compagnie de ce nom, elle avait exploité, avec une grande avidité, les riches fourrures de ces froides contrées, et y avait donné naissance, elle aussi, à de nombreux métis,

Jusqu'à l'annexion du Manitoba et des territoires de l'ouest au Canada, les deux races, à peu près en même nombre l'une que l'autre, s'étaient développées côte à côte, se déployant librement

(1) Ainsi nous constatons avec reconnaissance que sir John À, Macdonald, orangiste, a traité, sous son gouvernement, l'Eglise et notre race presque aussi équitablement que l'aurait fait un bon catholique. Nous allons constater bientôt, avec non moins de reconnaissance, que sir M. Bowell, orangiste, chef du gouvernement conservateur, a pris, dans la question des écoles du Manitoba, une attitude que nous aurions été heureux de trouver dans certains hommes politiques de notre sang.

(2) P.P. A. Protestant Protective Association : Association protectrice protestante.

American Protestunt Association : Association protestante américaine.

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dans les immenses déserts qui s'ouvraient devant elles, sans que l'une entreprit de gêner l'autre,

Mais dés qu'il fat question de la réunion du Manitoba à ln Puissance du Canada, les anglomanes d'Ontario se jetéerent sur le nouveau pays, se mirent en devoir de Farpenter selon ln méthode américaine et voulurent y parler et y agir en maitres, Comme tant de fois et en tant de pays, FAnglais protestant entendait faire In loi à lu race francaise et lexelure de ses positions, N'est-ce pres, en effet, comme son droit de combattre partout, mais surtout dans l'Amerique du Nord, son éternelle rivale et de la faire disparaitre, comme les Peaux-Rouges ? Ces envahissements, coincidant avec la famine, provoquerent les défiances, les murmures, puis Ja revolte ouverte des metis francais, qui proclamerent un gouvernement provisoire avec Riel pour président, n'était pas possible à Riel et à ses métis de former un Etat indépendant, Mais leur résistince assura pour un temps lu liberté à la race francaise dans Er province en formation,

Le gouvernement d'Angleterre et le gouvernement du Cana: da, ou, pour employer le style britannique, le gouvernement impérial et le gouvernement fédéral S'émurent des troubles, blämerent les subalternes, priérent le vénerable archevéque de Saint- Boniface, Mgr Taché, d'emplover son immense influence à apaiser les mécontents, et demanderent qu'une délégation fût envoyée de la Riviere-Rouge à Ottawa pour négocier l'entrée du pars dans la confédération, Sur les instances de Mgr Taché, trois délégués, dont l'un fut M. Ritchot, curé de Saint-Norbert, furent envoyés f Ottawa par la population de la Riviere-Rouge avec une Liste des Droits, en Vingt articles, qui contenait les réclamations des habitants et devait servir de base aux négociations, “Ces négociations, “aconte Mgr Taché dans un écrit celebre que nous allons fréquemment citer, se prolongérent jusqu'aux premiers jours de mai, Tous les articles furent examinés, acceptées, modifiés ou rejetés de facor à rencontrer l'assentiment du gouvernement et des délégués, si bien que le 3 mai, le Gouverneur général put télégraphier à Lord Granville : * Négociations avec les délégués terminées d'une nutnière satisfaisante Comme il fallait lassentiment du parlement anadien pour que l'entente avec le: délégués Tiât le Canada, le gouvernement fit préparer un projet de loi qui a pour titre Acte de Manitoba. En comparant cet acte de la législature canadienne avec la Liste des Droits apportée par les délégués, ilest facile de se convaincre que l'Acte n'est que la forme légale des commissions et arrangements basés sur la liste (1)"

(Qi) Une page de l'histoire des écoles de Manitoba, pp, 30, 31.

ms

L'auteur cite les 20 articles de la Liste des Droits et met en regard les clauses correspondantes de l’Acte de Manitoba ; puis il conclut : “ L'Acte de Manitobo. n'est donc pas autre chose que le résultat des négociations du gouvernement canadien avec les délé gués de la Rivière-Rouge ; il fut rédigé au cours de ces négociations, soumis aux délégués et accepté par eux. C’est alors, et alors seulement, qu'il fut introduit en Chambre... Les différentes branches de lu législature fédérale examinèrent et discutèrent longuement le projet de loi qui leur était soumis et l’adoptèient presqu'à l'unanimité. (1) ”

L'Acte de Manitoba établissait l'égalité officielle des deux lanques : ** L'usage de la langue française et de la langue anglaise, est-il dit dans la clause XXIIT, sera facultatif dans Les débats des chambres de la Législature ; mais dans la rédaction des archives, procès-verbaux et journaux respectifs de ces chambres, l'usage de ces deux langues sera obligatoire ; et dans toute plaidoirie ou pièce de procédure, par devant les tribunaux où émanant des tribunaux du Canada, qui sont établis sous l'autorité de l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord, 1867, et par devant tous les tribunaux ou émanant des tribunaux de la province, il pourra être également fait usage, à faculté, de l'une ou de l'autre de ces langues. Les astes de la Législature seront imprimés et publiés dans ces deux langues.”

Semblablement, l’Acte de Munitoba garantit à la minorité, soit catholique, soit protestante, les droits et les privilèges conférés jusqu'alors par la coutume aux écoles confessionnelles, avec le droit de recours, si ces privilèges étaient violés, au Gouverneur général en conseil et au Parlement.

Citons le texte, à cause de son extrême importance :

“Clause XXII Dans la province, la législature pourra exclusivement décréter des lois relatives à l'éducation, sujettes et conformes aux dispositions suivantes :

“ lo Rien de ces lois ne devra préjudicier à aucun droit ou privilège conféré, lors de l'union, par La loi ou par la coutume, à aucune classe particulière de personnes, dans la province, relativement à l'éducation.

20 IT pourra être interjeté appel au Gouverneur-Général en Conseil de tout acte ou décision de la Législature de la Province ou de toute autre autorité provinciale affectant quelqu'un des droits où privilèges de la minorité protestante ou catholique romaine des sujets de Sa Majesté, relativement à l'éducation.

() /bid p. 36.

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“3o Dans le cas où il ne serait pas décrété telle loi provinciale que de temps à autre le Gouverneur-Général en conseil jugera nécessaire pour donner suite et exécution aux dispositions de la présente section, où dans le cas où quelque décision du Gouverneur-Général en conseil, sur appel interjeté en vertu de cette section, ne serait pas dûment mise à exécution par l'autorité provinciale compétente, alors, et en tout tel cas, et en tant seulement que les circonstances de chaque cas l’exigeront, le parlement du Canada pourra décréter des lois propres à y remédier pour donner suite et exécution aux dispositions de la présente section ainsi qu'à toute décision rendue par le Gouverneur-Général en conseil sous l'autorité de la même section.”

Quand L'Acte de Manitoba eut été voté par le parlement, les délégués le reportérent au gouvernement provisoire, à l'assemblée législative et à la population de la Rivière-Rouge. ‘Il fut alors résolu unanimement par la législature, au nom du peuple, cue l'Acte de Manitoba serait accepté comme satisfaisant et que le pays entrerait dans la Puissance d'après les termes indiqués dans Les actes de Manitoba et de la confédération." C'était le 2f juin. # Le 15 juillet suivant, Sa Majesté proclamait le transfert de la province de Manitoba et des territoires du Nord-Ouest à la Puissance du Canada (1).

L'acte de Manitoba a donc le double caractère d'une constitution et d'un contrat : d'un contrat entre les pouvoirs publics, présents et futurs, du Canada et lés habitants de la Rivière-Rouge, spécialement ceux de langue française : d'une constitution consistant dans les clauses mêmes de ce contrat et garantissant aux habitants du pays, particulièrement aux colons de race française, l'usage officiel de leur langue et le maintien des écoles séparées. T1 n'est donc point au pouvoir du parlement du Canada, bien moins encore de la chambre législative du Manitoba, de changer les clauses de ce contrat ou les articles de cette constitution, contre la volonté ‘des premiers habitants du pays, spécialement des colons de langue française.

Quelques esprits superficiels n'ont voulu voir dans les troubles de la Rivière-Rouge qu'un accident fortuit. se produisant brusquement par l'effet de quelques cerveaux mal équilibrés, sans racine dans le passé, sans conséquence pour l'avenir. ce fut une Lutte de race, de langue et de religion.

La vérité est que

Les anciens possesseurs du pays prirent les armes pour repousser cette domination superbe des Anglais protestants arrivant de l'Ontario et mena-

QG) Mgr Taché ; Une paye de l'histoire... p, 37.

eant de faire dans le Manitoba ce qu'ils avaient fait dans l' Acadie, la Floride et tant d'autres pays. Ils prirent les armes, et bien qu'ils aient dû se soumettre, ils ont réussi à faire triompher leur cause, et par un traité solennel conclu avec le gouvernement fédérai, obtenu que la constitution de la nouvelle province dont ils allaient faire partie reconnût et garantit tous les droits dont ils avaient joui jusqu'alors. * Les habitants d'origine française, dirons-nous avec Mgr Taché, soucieux de l'usage de leur langue, en réclameérent la reconnaissance officielle : l'A cte de Manitoba établit et sanc- Des

parents étaient inquiets au sujet de l'enseignement religieux dans

tionna cette reconnaissance de la manière la plus explicite. les écoles : ils demandaient que les écoles fussent, comme avant

l'union, des écoles séparées. Les ministres négociant au nom du gouvernement promirent qu'il en serait ainsi, et dans l'Acte de Manitoba, on ajouta de nouvelles garanties à celles qui étaient

contenues dans l'Acte de l'AmériqueBritannique du Nord, 1867(1)”.

ll. Les lois liberales de 1890 et la persecution de la race francaise au Manitoba

C'est, nous l'avons déjà remarqué, le propre des anglomanes,. c'est-à-dire des Anglais protestants quiont le fanatisme de langue et de religion, de ne jamais désarmer,et, après une défaite, d'épier le moment de la revanche. Is ont été contraints de laisser aux colons de race française une libre place au soleil de Manitoba, Is cherchent longtemps l'occasion de reprendre la lutte. Enfin cette occasion se présente en 1890.

La province de Manitoba passa, en 1888, d'un gouvernement conservateur à un gouvernement libéral.

Au Canada, Les conservateurs, quelque honorable que soit ce parti, ne sont pas tous dévoués à l'Eglise catholique et à la race française : il se rencontre parmi eux des protestants fanatiques et haineux de l'Eglise, des Anglais haineux de la race francaise, des orangistes et des francs-maçons, en général hostiles à la langue

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Qt) Mgr Taché, Une page de l'histoire des écoles de Manitoba pp. 37-38

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1 Pp. 37-38

francaise et à la religion catholique. Cependant, dans les circonss tances critiques, l'ensemble du parti s'est montré généralement respectueux de l'Eglise, équitable envers la race française, sincèrement attaché à la constitution canadienne, qui établit l'égalité des deux langues et des deux religions comme son principe fondamental.

Les libéraux au contraire, sauf néanmoins des exceptions qui sont peut-être plus nombreuses au Canada que dans la plupart des autres pays, sont, comme partout,'opposés par principe et par esprit à l'Eglise catholique, jaloux de son autorité et ennemis de sa liberté, Au Canada, coinme dans tous les pays, le Tibéralisme est œnticatholique. Et comme au Canada, il va la plus étroite union entre la religion catholique et la race francaise, les Tibéraux du Canada sont tombés en très grand nombre dans langlomanie : 1à, plus que partout ailleurs peut-être, le libéralisme a generalement eu le caractere spécial d'être antifraneais

Cependant, on put croire quelque temps que le nouveau gouvernement libéral du Manitoba ne porterait point atteinte aux droits des catholiques français,

Lors de la campagne électorale de Saint-Francois-Navier, qui avait été la bataille décisive entre les deux partis, Joseph Martin, (1) l'un des chefs du parti libéral, avait solennellement déclaré “ que l'intention des libéraux n'avait jamais été de combattre la langue ou les institutions des catholiques français, et il fit appel à la confiance des électeurs, leur demandant de supporter (de soutenir) le candidat libéral... I alla plus loin, et ne dit pas seule-

ment que les libéraux n'avaient aucune intention hostile contre ces institutions, mais il fét une promesse positive, au nom du parti libéral, de Les respecter, disant que les Hbéranx nelestromperaient pas. (2)°

Ces promesses étaient-elles sincères ? Ou étaient-elles + une pure fourberie ? Que ceux qui connaissent les événements qui ont suivi, répondent, En tout cas, le tour réussit, et l'élection de Saint- François-Xavier se trouva escamotée, (le terme n'est trop fort) par le parti libéral.

pas

Cette élection fut un échec si considérable pour le ministère conservateur, qu'il se retira, et Thomas Greenwav, chef du parti Libéral, fut chargé de former une nouvelle administration. “II

(1) Ceux qui vivent loin du Manitoba, et sont peu au courant de son histoire, seraient peut-être tentés de prendre Joseph Martin pour un nom et un personnage français. Le nom est anglais et Le personnage est un anglomane de la pire espèce,

(2) Discours de M, James Fischer, aiors président de l'Association provinciale des dibéraux, à l'assemblée législative de Winnipeg, le 2 mars 1893. Cité par Mgr Taché, Une page... p.64.

chambre avait eu satisfacti mas Gree tration, e aucune ol

, : cabinet c« promesses afin de dissiper les rumeurs que la crainte mettait en q, spécial

circulation.... Il voulut lui-même, comme chef de l’administra- donna Le tion, donner l'assurance formelle et positive que son gouverne- ledit M. G ment n'entreprendrait rien, ni contre les écoles catholiques, ni “ Le] contre l'usage officiel de la langue française, ni même contre le allé à l'oft , 11: . DICL nombre des représentants de l'élément français. (2)

choisit de suite pour procureur général l'honorable Joseph Murtin, celui-là même dont les promesses si explicites et si positives, faites à Saint-François-Xavier au sujet des écoles et de la langues française, avaient assuré le triomphe de son parti (1).”

“Le nouveau chef du cabinet, d'après ses propres convictions et les conseils de ses amis, crut à propos de faire, lui aussi, des

trai l'hon

M. Greenway se rendit à l'archevêché et, comme Mgr Tache ge de Sa ( était malade et au lit, il dit à son vicaire général, le R. P. Allard Greenway “ qu'il avait été appelé pour former un nouveau gouvernementmessage e dans cette province et qu'il désirait le fortifier en prenant danstout sera son cabinet, parmi les membres français de la Législature. celuiGrandeur qui plairait à l'archevêque.” “ Là dessus, raconte le R. P. Allard.vela les as

dans une déclaration solennelle qu'il fit plus tard, je lui fis la “Lo I remarque que je ne croyais pas que Sa Grandeur favoriserait “2 I l'entrée d'aucun membre français dans la nouvelle administration, “30 I sans condition et sans une entente préalable, au sujet de certai-pas déran

H 1: ts De) , nr tn x F nes questions de grande jiinportance pour Sa Grandeur. ” M. Mais 1 Greenway m'assura qu'il avait déjà parlé de cela avec ses amis,

Les a et que M. Greenway était parfaitement consentant à garantir.gce f

sous son gouvernement, le maintien et la condition de ce qui

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existait alors au sujet ‘“ lo Des écoles catholiques séparées,

l’'écraser 1 u de poli 1orite, le 4

. | a religion Je reçus les assurances dudit l'hon. M. Greenway telles que gg donc, ]

citées plus haut et lui promis que je les ferais connaître à Sas Hhéri

Grandeur l’Archevêque, et lui dis de plus que je croyais que Comble dar

assurances ainsi faites rassureraient beaucoup Sa Grandeur. (3) "+ catholiq Le R. P, Allard et M. Greenway convinrent d’une nouvellphomus (,

entrevue le lendemain à 9 heures du matin, au bureau de My sé de

Alloway. pour transmettre et recevoir la réponse de Mgr Taché engager ‘ Pour accomplir ma promesse, poursuit le narrateur, ledit

| Fer ; itre et do jour de ladite entrevue, je visitai Mgr l'Archevêque dans Sälate qui |

“ 20 De l'usage officiel! de la langue francaise,

30 Des divisions électorales françaises.

(1) Une page..., p. 64, —

(2) Ibid. (1) Ibid.

(3) Déclaration solennelle faite par le R. P, Allard, le ler Avril 1892, devanttion solenne Alex. Haggart, commissaire en BR.

chambre à coucher et lui rapportai en détail et fidèlement ce qui avait eu lieu dans ladite entrevue, Sa Grandeur exprima sa satisfaction et me donna instruction d'assurer l'honorable Thomas Greenway qu'il ne mettrait aucun obstacle à son administration, et que je pourrais lui dire que Sa Grandeur n'aurait aucune objection à ce que M. Prendergast fit partie du nouveau cabinet comme représentant français, et Sa Grandeur me demaninte mettait en qa spécialement d'exprimer à M. Greenway la satisfaction que le l'administra- Jui donnaient les assurances et les promesses faites à moi par

son gouverne- Jedit M. Greenway.

catholiques, ni

le Joseph Muret si positives, et de la langue (1).”

pres convictions , lui aussi, des

‘“ Le lendemain matin, conformément au rendez-vous, je suis même contre leayé à l'oftice de M. Alloway, à Winnipeg, et là encore, je rencon- (2)” trai l'honorable Thomas Greenway, et lui communiquai le messamme Mgr Tach® ge de Sa Grandeur, qui fat donné tel que relaté plus haut, et M. 1, le R. P. Allard.Greenway m'exprima alors sa satisfaction personnelle pour ledit 1 gouvernementmessage et pour l'attitude de Sa Grandeur, et m'assura alors que en prenant danstout serait fidèlement observé entre son gouvernement et Sa Législature. celuiGrandeur ; et alors encore, et en termes spécifiques, il me renoue le R. P. Allard.vela les assurances que :

tard, je lui fis la “ 1o Les écoles séparées catholiques, leur favoriserait “ 20 L'usage officiel de la langue francaise, e administration, “30 Le nombre des divisions électorales francaises ne serait

1 sujet de certai-pas dérangé pendant son administration, (1) * Grandeur. ” M. Mais bientôt toutes les promesses furent oubliées. a avec ses amis, Les anglomanes voyaient leur race, d'égale qu'elle était à la itant à garantil-gce francaise lors de l'annexion, devenue quatre fois plus nomdition de ce Qüipeuse : pouvaient-ils résister plus longtemps à la tentation l'écraser leur ennemie ? Si quelques libéraux, par esprit d'équité u de politique modérée, voulaient respecter les droits de la mise, 1orité, le gros du parti pouvait-il s'abstenir de faire la guerre à a religion catholique quand il était au pouvoir ? Les anglomaenway telles Quegs donc, poussés par leur haine de la race française, l'ensemble s connaître à Ses libéraux, conduits par leur esprit antichrétien, Ss'unirent en- > croyais que Cé-emble dans une puissante coalition contre la minorité française Sa Grandeur. (3) + catholique de la province. Le chef du ministère Iui-même, nt d’une nouvellghonus Greenway, dans la crainte d'être supplanté par un autre au bureau de Mypef ot de perdre sa haute position, accepta le triste honnenr se de Mgr Tachésengnger et de diriger une lutte qui lui répugnait à plus d'un e narrateur, ledittre et dont il prévoyait peut-être les funestes suites : nouveau hevêque dans Säjjate qui pouvait se laver les mains en protestant que, s'il faisait

(1) fbid.—M, Alloway, témoin des deux entrevues, a confirmé, par une céclaer Avril 1892, devanttion solennelle faite Le 1er avril 1892, la déclaration du R, P, Allard.

le procès à une race innocente, il agissait par lîcheté plutôt que în : par haine. <omme | On commença par remanier les circonscriptions électorales, de leurs éec manière à noyer le plus possible l'élément français dans l'élément gon de le anglais. sionnelle , Un recensement fait en 1870 avait constaté que les catholiques ventions

et les protestants étaient à peu près en nombre égalet “vivaient vaient ôt dans des paroisses exclusivement anglaises et exclusivement fran- sans être caises, ou mieux, exclusivement catholiques et exclusivement pro- Le g testantes.” C'est pourquoi la province avait été * divisée en 24 prit de & collèges électoraux, dont 12 parmi les Français et 12 parmi les nationale Anglais (1) En 1874, les circonscriptions électorales avaient reçu par les fa de nouvelles délimitations fondées sur l'augmentation de la popu- avec ln n lation, sans que leur nombre eût été élevé. Mais en 1888, elles fondame furent complétement remaniées et portées au nombre de 38, dans Laiss un but d'hostilité contre la race française. Il n'y eut plus que 5 dans cett. divisions électorales où la population française fût en majo- persécutic rité, (2) récit, sim) Les élections générales qui suivirent ce remaniement forti- dans le cl fièrent le gouvernement libéral : 33 libéraux furent élus contre 5 victimes « conservateurs ; dans les 5 divisions françaises, 5 libéraux l'empor-de la Sect térent. (3) une enceiji La bataille allait s'engager tout de bon sur la question vitalesi retentis

des écoles. # Une

Les écoles avaient été jusqu'alors, les unes catholiques, les au- nent dans tres protestantes : les /coles catholiques pour les enfants catholi-1ous dit : ques, et les écoles protestantes pour les enfants protestants : les‘ nombre unes et les autres établies par la loi, recevant l'argent public au‘ bis bien

pro vata du nombre des élèves : les unes et les autres soumises à enleva I: un Conseil général où Bureau d'Education, qui se divisait en 2 me qui é sections : La section cathoiique, chargée d’administrer les écoles ca- *“ Com tholiques ; la section protestante chargée, avec le Surintendantiement de protestant, d'administrer les écoles protestantes. astres. enu d'Edi était fait 5 PT Le Fe 7 aillet 188.

(2) Il y aurait un mémoire fort intéressant à faire sur l'habileté du gouvernement, à ES libéral du Manitoba à noyer les électeurs de langue française dans les électeurs an-ler , l’ém glais et protestants. Ainsi dans l’aneienne Montagne de Pembina, où nous écrivons ces pages, les hommes de langue française forment une population compacte, comprenant (1 M. P les paroisses de Saint-Liéon, Saint.Alphonse, Notre-Dame de Lourdes, Bruxelles, Ma-$ nt pris riapolis, etc. Cette population est unie, sur un territoire distinct, par sa langue, SL Quest cana religion, ses mœurs, ses intérêts : cependant, on a su scinder cette population en troiscrétaire-pro

tronçons, noyés chacun dans une majorité anglaise, O gouvernement parlementaire ..nt Lure à LA PA JS ‘At parée de © représentation de tous les groupes et de tous les intérêts... ,! . e le linceuil

(3) Six catholiques furent élus : MM. Lagimodière, Martin Jérôme, A, F. Mart trop courtd tin, Prendergast et Thomas Gelley, libéraux, Roger Marion, conservateur. iché, Une pa

() Une page de l'histoire des Ecoles de Manitoba, p. 43.

eté plutôt que Eu vertu du système d'instruction publique, les catholiques <omme les protestants avaient la faculté d'orgauiser eux-mêmes s électorales, de leurs écoles et de les voir assistées par des fonds publics, A rai- : dans l'élément gon de leur caractere distinctif, toutes les ecoles étaient confesgionnelles où séparées : à raison de leur caractère légal et des subles catholiques ventions financières accordées sur le budget public, elles pousalet “ vivaient vaient être appelées mubliques, communes, et même nationa!es, usivement fran- sans être neutres, antichrétiennes et sans Dieu. Jusivement pro- Le gouvernement libéral et anglomane du Manitoba entre- “ divisée en 24 prit de supprimer ces anciennes écoles séparées, publiques et t 12 parmi les nationales dans un sens rationnel et chrétien, et de les remplacer les avaient reçu par les fameuses écoles nationales où publiques des Etats-Unis, ation de la popu- avec la neutralité scolaire et la langue anglaise comme conditions ; en 1888, elles fondamentales.

nbre de 38, dans Laissons le récit au grand champion de la race française y eut plus que 5 dans cette lutte scolaire, à la premiere et grande victime de la e fût en majo- persécution libérale, à l'illustre Mgr Taché, En écoutant son récit, simple et exact comime un procès-verbal, nous entendrons, aniement forti- dans le chef, tous les soldats de cette lutte mémorable, toutes les ent élus contre 5 victimes de cette grande iniquité, M. Bernier, alors surintendant Libéraux l'empor-de la Section catholique du Bnreau d'éducation, qui depuis, dans une enceinte illustre, ne cesse de demander justice avec une voix a question vitalesi retentissante, M. Prendergast, etc. (D) # Une histoire bien ancienne et que l'on enseigne ordinairetholiques, les au- nent dans les écoles confessionnelles, même dans celles des juifs, enfants catholi-ious dit : * Le riche avait des brebis et des bœufs en très grand protestants : les‘ nombre ; mais le pauvre n'avait absolument rien hors une breirgent publie au: bis bien petite... Mais un étranger étant venu chez le riche... il autres soumises à‘ enleva la brebis de l'homme pauvre et apprêta un metsà l'homse divisait en 2° me qui était venu chez lui (Les Rois, IT, c. 12. strer les écoles ca- ‘ Comme l’histoire se répète, voici ce qui arriva, Le gouverle Surintendanthement de Manitoba avait des centaines de mille, des millions de astres. À côté de lui se trouvait la section catholique du Buenu d'Education qui, à force d'économie et même de sacrifices, ’était fait un fonds de réserve conformément à la loi. Le 12 uillet 1889, l'honorable Secrétaire d'Etat écrivit à M. T. A. Ber-

Lileté du gouvernement, ,, …,, . à :

a teur an-ier”’, l’'éminent surintendant catholique, “pour demander la re-

na, où nous écrivons ces h compacte, comprenant (1, M. Prendergast avait donné sa démission de ministre dès que le gouverneourdes, Bruxelles, M-ent eut pris une attitude hostile à la race française et à la religion catholique, not, par sa langue, StJ} Quest canadien, journal hebdomadaire fondé et dirigé en grande partie par l'hon. butte population en trOÏScrétaire-provincial, disparut avec lui..,..,. Cette feuille tombait, après s'être souement parlementaire nt parée de fleurs littéraires pleines de parfum et de fraicheur ; elle devenait comel e le linceuil de la carrière ministérielle qui l'avait fait naître. Ces deux existences, A £ . Mar trop courtes, étaient ensevelies ensemble, victimes de la même trahison ” Mgr He AN \ché, Une page de l'histoire des écoles de Manitoba, pp. 10-11

mise du fonds de réserve, en ajoutant : ‘ Cette demande ne porte “ que sur un détail d'adrainistration interne et nullement sur la ‘ propriété des deniers en question, laouelle est définitivement acquise et ne pourru souffrir de doute en aucun temps.” (1)

Les fonds de réserve, formant une somme de $13,879.47, furent remis au gouvernement le 22 juiilet, Aucune des lois alors existantes n'autorisait le gouvernement à reprendre ces fonds, et la justice la plus élémentaire voulait qu'ils fussent employés au bénélice des écoles catholiques auxquelles ils appartenaient.

La section catholique du Bureau d'Education fit des instances pour que cet argent fût distribué aux écoles On ne tint La somme fut versée Le trésorier provincial

aucun compte de ses justes réclamations.

dans les fonds consolidés de la province.

la comptait comme une des économies opérées par l'administration. C'était purement et simplement une spoliation illégale et une flagrante injustice.

* La brebis du pauvre était tondue, il ne restait plus qu'à l'égorger et à la servir en pâture aux étrangers Venus dans le pays (2).”

Le 13 février 1890, le Procureur Général Joseph Martin, celuilà même qui avait fait les promesses dans la campagne électorale de Saint-Francçois-Xavier, présenta à la chambre législative deux projets de loi intitulés Bill concernant le département de l'Edueation et Bill pour Les écoles publiques. * Les deux projets contenaient collectivement 227 clauses ” ou articles. dont 171 avaient été empruntées aux Statuts refondus d'Ontario, 81 étaient des reliques des anciens Actes d'écoles de Manitoba ; les 25 autres étaient d'un erû nouveau.” (3).

La seconde lecture fut demandée le # mars. #* C'est alors que commencèrent les débats, Dès le début, il fut facile de constatei que le gouvernement avait enchaîné la volonté de ses partisans : les 5 ministres et leurs 20 fidèles appuis formérent, tout le temps, et pour tous les votes, une phalange que rien ne put mouvoir ni émouvon, pendant huit jours et plusieurs nuits. Les représentant: catholiques, qui n'étaient que six.... multipliérent leur: assauts par des amendements nombreux : ils tentérent en vain de faire une impression quelconque sur leurs amison adversaires politiques d'autrefois : toujours, on leur répondit par un vote de 25 .... M. Prendergast s'éleva à la hauteur de la situation, servi qu'il

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