PURE ET
sement continu. Malheureusement, plus l’animal s’améliore, plus son exigence est grande.
5° L'importation de mulets de poids, en général des Poitevins, a été essayée. Cette méthode a été aussi vite abandonnée, parce que trop onéreuse, parce que le ratelier n’était pas suffisant et que les pertes par suite des conditions climatériques étaient trop élevées.
6° On a aussi importé des juments d’origine française et des baudets poitevins ou pyrénéens pour les accoupler, pensant qu’ainsi les sujets nés et élevés dans le pays s’accoutumeraient mieux au climat ; la difficulté de nourrir de tels animaux, les pertes élevées subies, tant parmi les géniteurs que parmi les produits, les a fait abandonner. 2
7° La production mulassière par accouplement de la jument française avec le baudet indigène, donne des résultats appréciables, mais le prix des juments est trop élevé et les pertes trop grandes.
8° La méthode qui a donné les meilleurs résultats est la production du mulet issu de la jument barbe et du baudet importé. Le baudet pyrénéen est l’étalon généralement choisi. On obtient ainsi des sujets de 350 à 400 Kkg., répondant assez bien aux besoins de la culture moderne.
De toutes les méthodes employées pour solutionner le problème de l'animal de culture dans nos régions, la production mulassière a obtenu le plus de suffrages ; aussi, depuis quelques années, s’est-on appliqué à l'améliorer. Aussi bien chez l’'Européen que chez l’Indigène, cette production du mulet a pris une très
grande extension. Le mulet est pour nos pays l’animal de culture parfait, et à côté de son rôle de tracteur, c’est aussi l’animal à tout faire. M. Trouette, Inspecteur du Service de l’'Elevage en Algérie, demandait, en 1910, qu’on s’occupât du mulet avec plus de soin ; son appel a été entendu ; depuis cette époque, la production mulassière des Hauts Plateaux Constantinois a changé du tout au tout ; les progrès dans cet ordre d’idée sont incontestables, le mulet s’est rendu indispensable à la ferme.
Avant Ia guerre déjà, un Société d'élevage avait été fondée à Sétif, ayant pour but l'amélioration du bétail en général, et, en particulier, celle du mulet. La guerre est venue interrompre les efforts dés colons de cette région, mais dès que les circonstances l’ont permis, les travaux d'amélioration de la production mulasière ont repris et se poursuivent sans relâche.
Nous allons maintenant essayer de démontrer pourquoi le mulet a pris ce rôle prépondérant dans la
traction agricole.
Pourquoi sur les Hauts Plateaux Constantinois le mulet a-t-il été choisi comme animal de trait
Malgré l’extension prise par la culture dans l’Ouest des Hauts Plateaux Constantinois, l’élevage n’a pas été cependant négligé; la production animale de cette région est asez importante et dans cette production © l'industrie mulassière occupe une large place.
La production mulassière dé la région suffit non
seulement aux besoins de la consommation locale, mais elle fournit un nombre suffisant de sujets pour pouvoir approvisionner d’autres régions de l'Algérie.
Le marché de Sétif est le point où se donne rendezvous tous les acheteurs de mulets ; à côté du marché de Sétif, on trouve encore bien pourvus de ces animaux ceux de Bordj-Bou-Arréridj, Saint-Arnaud, Colbert, tous trois dans l’arrondissement de Sétif.
Il faut, avons-nous dit plus haut, pour la culture moderne un animal suffisamment fort pour trainer charrues et espicadoras, mais aussi assez rustique pour pouvoir se contenter, tout en fournissant un gros travail, des ressources fourragères du pays, et enfin assez résistant pour pouvoir s’accoutumer aux rigueurs du climat et aux conditions d’existence qui lui sont imposées.
Nous avons déjà vu que le cheval barbe, ou plutôt maintenant le cheval arabe barbe (1), était absolument impropre au service du trait ; le cheval breton s’acclimate bien dans nos régions mais son exigence au point de vue nourriture est trop forte. Les croisements breton-barbe donnent des animaux qui ne sont pas déplacés à la ferme :; cependant, quoique moins exigeants au point de vue ration que les bretons purs, ils demandent encore plus que le mulet, et ont aussi moins de résistance au travail.
(1) Le service des Remontes entre les mains duquel est placé en Algérie la production du cheval a voulu modifier le type barbe en introduisant du sang arabe, On a ainsi des sujets, peut être beaucoup plus fins, accusant plus de distinction, mais loin de satisfaire les besoins de l’Agriculture.
A la ferme on a besoin de force et non d'élégance.
Fate VAR
Toutes ces raisons font que le mulet a été choisi comme animal de trait ; aussi chacun dans la mesure de ses ressources élève le plus de mulets possible, et améliore aussi sa production au point de vue qualité.
Ce qui vient d’être dit s’applique à l’éleveur Européen, mais le mulet s’est rendu aussi indispensable chez l’Indigène. Celui-ci, malgré son amour proverbial du cheval, délaisse de plus en plus son élevage ; aujourd’hui, il prend le même soin pour élever un bon mulet qu’autrefois un cheval.
Il s’est rendu compte que le mulet s’adaptait mieux à ses besoins tant au point de vue tracteur qu’au point de vue porteur.
Le mulet pénètre même dans les régions du Sud qui, jusqu’à ces dernières années, ne produisaient que du cheval.
Si l’Indigène fait encore du cheval, c’est par habitude, c’est ausi parce qu'il peut parader dans les fantasias, parce que le Service des Remontes lui distribue tous les ans des primes, et qu’aussi il est fier de posséder une carte du Beylick ; mais au-dessus de toutes ces raisons, s’il mène ses juments à la station de monte, c’est qu’il va courir la chance d’avoir des pouliches qui feront plus tard, en grande partie, des juments mulassières.
Ainsi, le mulet s’est rendu indispensable par sa rusticité, par ses aptitudes aux différents travaux qui lui sont demandés. Mais au-dessus de toutes ces raïisons, il en existe une autre pour laquelle il a complè- ment pris la place du cheval ; c’est la raison Profit. L’éleveur, qu’il soit Européen ou Indigène, fait du
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mulet parce qu’il est certain que cet élevage lui rapportera beaucoup plus que celui du cheval et qu’il comporte moins d’aléas. Il sait que lorsqu'il mènera son mulet au marché, qu’il soit indemne de tares, qu’il soit jeune, vieux ou taré, il trouvera toujours un prix de son animal et dans la plupart des cas un très bon prix. Au contraire, le placement d’un cheval est beaucoup plus difficile ; si son propriétaire n’a pas la chance de le vendre à la Remonte, qu’en fera-t-il ?
M. Trouette, en 1910, a déjà fait remarquer que « l’industrie mulasière a toujours laissé à ceux qui l'ont pratiquée des bénéfices assurés et plus rapides que ceux retirés de la production chevaline ».
Depuis cette époque, les bénéfices retirés de l’élevage du mulet se sont encore accrus. Même en tenant compte de la dévalorisation actuelle du franc, la va-. leur du mulet augmente chaque jour, et cela malgré lintensification de la production. Les demandes de mulets augmentent sans cesse ; de tous les coins de l'Algérie on demande des mulets, et la production actuelle est encore loin de pouvoir satisfaire à toutes les demandes.
Ainsi le mulet est d’un rapport plus élevé et moins aléatoire que le cheval. Etablissons maintenant le prix de revient de chacun d’eux.
Prenons pour exemple un muleton issu de jument barbe ou de jument breton-barbe et de baudet importé, et un poulain de trait croisé (breton-barbe), et voyons ce que chacun d’eux a coûté à son proprié-
taire pour être amené à l’âge où il pourra être mis