CHAPITRE PREMIER
Description physique de la région
L'Ouest des Hauts Plateaux Constantinois comprend tout l’arrondissement de Sétif et occupe une superficie de 1.289.412 hectares. Cette région est comprise entre les deux puissantes chaînes de l’Atlas tellien et de l’Atlas saharien. Entre ces deux arêtes dévale tout le pays, celui-ci descend en pente douce du Nord au Sud.
La partie Nord, est formée par les derniers contreforts de l’Atlas tellien, d’une altitude moyenne de 1.100 mètres, c’est une région de vallées étroites, mais toujours fertiles et bien cultivées.
Vers le Sud, au contraire, la plaine domine. Cette plaine a une altitude qui oscille entre 1.000 et 600 mètres, légèrement ondulée, et se prolonge ainsi jusqu’au pied de l'Atlas saharien. Au milieu de cette plaine, s’élève une chaîne de montagne aride et courte, qui comprend les monts du Bou Thaleb et des Maadid.
Au point de vue géologique, les crêtes sont d’ori-
gine sédimentaire de l'étage crétacé ; dans la chaîne Nord, dont l’axe est jurassique, domine le crétacé supérieur représenté par des argiles schisteuses et des calcaires, quelques affleurements de léocène apparaissent à l'Ouest, avec leur étage suessonien, riches en phosphates. Quelques ilôts de crétacés moyens et inférieurs se montrent à l'Est et sur les plateaux mamelonnés.
Les plaines sont d’origine quaternaire, et formées d’alluvions anciennes, compactes et profondes dans la région Nord, elles sont riches en phosphates; c’est la région la plus fertile, propre au plus haut point à la culture des céréales, surtout du blé. En allant vers le Sud, ces dépôts d’alluvions diminuent et reposent sur du calcaire (Tuf), qui affleure parfois à la surface. Ils deviennent de plus en plus légers en allant vers le Sud, pour devenir presque nuls dans la zône des Chotts, sur les berges desquels ils sont imprégnés de matière saline les rendant difficilement cultivables. C’est cette dernière région qui fait vivre de nombreux moutons pendant l'hiver et le printemps.
Climatologie
Les plaines élevées qui forment cette région sont .balayées par tous les vents. Les vents de l’Ouest et du Sud-Ouest dominent en hiver et amènent presque toujours [a pluie ou la neige. En été, les vents des secteurs Sud, Nord, Nord-Est alternent ;: ces deux derniers viennent heureusement compenser l'effet étouffant du premier (Siroco).
le
En réalité, il n'existe dans cette région que deux saisons : l'hiver et l’été ; à un hiver rigoureux succède un été chaud. Le froid dure, peut-on dire, de novembre à avril; d'avril à octobre, la température est toujours élevée.
Les minima moyens d'hiver oscillent entre — 1° et — 8°, mais il arrive parfois de voir le thermomètre descendre au-dessous de — 10°, il est à signaler cependant que depuis une dizaine d’années les hivers sont beaucoup moins rigoureux.
Les minima moyens d'été sont de + 14 à + 17.
Quant aux maxima, ils sont en hiver de + 10 à + 15, en été de + 30 à + 35, il n’est toutefois pas rare de voir le thermomètre marquer 40° et 42°.
L'état hygrométrique, qui atteint 70 % en hiver, tombe en été à 40 %, le pouvoir asséchant de l'air est donc très intense, l’évaporation nocturne est considérable.
La moyenne des pluies oscille entre 300 et 400 millimètres, cette moyenne est cependant plus forte dans la partie Nord. Les pluies sont, en général, abondantes d’octobre à mai, celles qui tombent en mars et avril assurent la récolte, même si la sécheresse a sévi d’une façon plus ou moins intense durant les mois précédents. Pendant les mois de mai et juin, arrivent les pluies d’orage qui, malheureusement, sont souvent accompagnées de grêle.
La neïge tombe régulièremnet chaque année, ces chutes plus ou moins abondantes se produisent de décembre à février.
Le gros fléau de l’agriculture c’est la gelée ; celle-ci
2e AU
arrivant au moment de la floraison, compromet les récoltes en diminuant les rendements d’une façon extraordinaire,
Régime des eaux
La région ne comporte que deux rivières importantes, l’une le Bou Sellam, desservant le réseau méditerranéen, l’autre l’Oued Ksob, le réseau saharien. Le débit de ces cours d’eau est variable; abondant en hiver et au printemps, il devient presque nul en été. L'agriculteur, à part quelques riverains privilégiés, ne peut pas compter sur le secours de ces Oueds, il n’a de bienfaits à attendre que de l’eau du ciel. Peu de colons cependant ont négligé cette question de l'eau; des recherches ont été faites, des sources ont été captées, des puits ont été creusés, et ainsi, dans la plupart des exploitations, on dispose de suffisamment d’eau pour les besoins normaux de la ferme et aussi pour irriguer une petite parcelle de terre de culture.
Cette pénurie d’eau, qui n’est pas particulière à la région que nous étudions ici, préoccupe à l’heure actuelle les pouvoirs publics ; il existe maintenant en Algérie une politique de l’eau. Des projets de barrage pour retenir les eaux d'hiver existent, certains même ont reçu un commencement d'exécution. Pour notre région, des travaux d'aménagement de l’Oued Ksob sont prévus ; il est à souhaiter que ces travaux soient faits le plus rapidement possible, car ils donneront à toute la partie Sud du pays, une plus-value
tn ne
énorme, tant au point de vue culture des céréales, qu’au point de vue élevage.
Régime de la propriété
L’Européen exploite, à l’heure actuelle, un minimum de 100 à 150 hectares, qui forment la superficie moyenne de la petite propriété. La moyenne propriété va de 150 à 300 hectares; la grande, au-dessus °de 300. Cette propriété a été constituée pour l’Européen, soit par l’attribution de concessions gratuites pour la création de nouveaux villages,dits Centres de Colonisation, soit par la vente aux enchères publiques de lots concédés de gré à gré avec de larges facilités de paiements, soit enfin par achats directs aux Européens ou aux Indigènes.
Chez l’Indigène, à la suite de la promulgation du Senatus Consulte de 1863, les terres furent classées en terres domaniales, en terres communales, quelques rares propriétés individuelles (terres melk), et en propriétés collectives (terres arch). Les superficies culivées par les Indigènes varient en moyenne de 8 à 40 hectares. A côté de ces propriétés courantes, il existe aussi des fermes arabes de 100 à 400 hectares ; il est utile de noter que depuis quelques annés l’Indigène tend de plus en plus à racheter la terre.
À côté des propriétés constituées, il existe aussi des Biens Communaux qui servent en général de ter- rains de parcours aux troupeaux, ces biens communaux portent le nom de Communaux de Centres et
IoE
sont destinés aux Européens, d’autres s’appellent Communaux de Douars et sont réservés aux Indigènes.
Le bétail peut donc trouver sa nourriture, soit dans les propriétés privées, soit dans les communaux, qu’ils soient de centres ou de douars.
L'Européen se livre surtout à la culture des céréales, mais lorsque la situation et la nature du sol de sa propriété le permettent, il ne néglige pas la culture de la vigne, de certaines plantes fourragères, de la betterave, des pommes de terre. L’Indigène, à part
quelques privélégiés qui ont à leur disposition un peu d’eau et qui foni du jardinage, fait uniquement des céréales.
Mais chez tous, à côté de la culture, l'élevage n’est pas négligé. Celui-ci n’a cependant pas la place qu’il devrait occuper. Après l’avoir beaucoup négligé pour se livrer uniquement à la culture, les Européens et les Indigènes esayent, à l’heure actuelle de lui donner la place qu’il mérite. Ils comprennent qu’il est pour eux une source de richesses sérieuse, comportant peut-être moins d’aléas que la culture. Souhaitons que tous les efforts faits pour donner à l’élevage la place qu’il mérite se généralisent, ce sera pour le plus grand bien du pays et pour celui des éleveurs.
Cultures
La nature du sol de l’ouest des Hauts Plateaux Constantinois se prête d’une façon parfaite à la culture des céréales. Aussi cette culture a-t-elle pris