Scène VIII
RENEE, M" DARTES
Renée. — C'est vous, Jeannef... Vous allez mettre ça, en pneu, tout de suite. (Elle lève la tête.)Toi, ici!... Comment es-tn entrée T
M"* DABTèa. — J'allais sonner, j'ai trouvé la porte ouverte!...
Renéb. — La porte ouverteT... C'est Wheil qui est sorti le dernier... Est-ce que...
M"' DaktÈ8, vivement. — Il faut venir ici pour te trouver, puisque, depuis cinq semaines, tu ne réponds même pas à mes lettres et que tu refuses tout rendez- vous... Alors T.. .
Renée. — Si papa te voyEÛt ici, chez lui !...
M"* Dartès. — Eh! bien, quoi!... Nous somme* séparés, mais on peut avoir ù se parler!... Il y a d'ailleurs peu do chances qu'il me voie, puisqu'il est en face, en train de signer le pacte... l'affreux
LA PETITE ILLUSTRATION
pacte qui va faire de lui un paria et de toi, ma chérie, peut-être une victime.
Renée* — Ahl ah! tu espionnes!
M""* Dabtès. — J'étais en bas avec une foule de badauds et de reporters... Quand j'ai vu ton père traverser la rue, je n'ai pu résister à l'envie de monter... J'avais vu ton petit visage à la fenêtre...
Renée. — Mais j'y songe de plus en plus !... Est-ce que, par hasard, tu ne serais pas venue avec WheilT... J'imagine très bien l'auto de Wheil te déposant au coin de la rue!... Est-ce que tu ne serais pas derrière la démarche qu'il vient de faire auprès de papa, et n'est-ce pas lui qui a laissé intentionnellement la porte ouverte?
M™* Dâbtès, haussant les épatiies. — Je ne sais pas ce que tu veux dire!... J'ai en effet vu Wheil et Donadieu descendre d'ici avec ton père... C'est tout... Wheil a repris son auto et il est reparti rapidement par la côte de Saint-Cloud... Embrasse-moi, veuxtu t... (Renée lui tend le front.) On peut, rester cinq minutes f
Renée, après une hésitation. — Si tu veux!
M"* DaRTÂS, posant son sac sur la table. — AlorS, la
folie est consommée !... H a accepté, ma pauvre petite !
Renée. — Ne me plains pas, je t'en prie I...
M*** Dartes. — Quand la porte du caboulot s'est ouverte, il a été salué par des vociférations!... H va connaître les ivresses de la popularité. Toi aussi. Renée... Hélas!
Renée. — Mon père pouvait à son gré accepter ou refuser, ma tâche et mon devoir seraient restés les mêmes !...
M"* Dabtès. — Que va-t-il advenir de toif... Alil j'ai le cœur serré... serré! Jusqu'au dernier moment, j'ai espéré qu'il se reprendrait, que tu l'empêcherais de conmiettre cette folie!...
Renée, entre les dents. — Tu es donc bien sûre qu'il a accepté!..
M"* Dartes. — Oui... Je l'ai vu entrer au bras de Denadieu... Si ce n'était pas fait, je te connais, tu me l'aurais déjà dit...
Renée. — Pas sûr!... La crainte de te voir triompher trop haut m'aurait peut-être empêchée !...
M"* Dartès. — D'ailleurs, ton silence à mon égard,. depuis un mois, laissait pen de place à l'espérance... Dans nos dernières entrevues, j'ai bien constaté les progrès effrayants de notre dissension! Renée, pourquoi n'as-tu pas voulu venir chez moiT...
Renée. — C'est que, précisément, ces dernières entrevues avaient été très pénibles... très blessantes aussi, maman !... Tu m'as tenu, contre papa, des propos de plus en plus odieux... Et puis, je n'étais pas assez maîtresse de ma langue!... Tu me faisais parler... j'avais peur de trahir la pensée de papa dans des heures aussi graves où il réclamait le silence et la méditation!...
M"* Dartès. — Oh ! cette phraséologie dans ta bouche !... Je la reconnais ! Je l'ai entendue près de vingt années!...
Renée. — Tu vois, toujours, dès les premiers mots, ta haine t'emporte!
M"* Dartès. — Ne t'éloigne pas ainsi... avance !...
(Elle lui prend les mains.) NoUS deux. Renée... noUS
deux... devenues des ennemies!...
Renée. — Oh !
M"* Dartès. — Des étrangères en tout cas I... Comme c'est triste I comme c'e3t lamentable!...
Renée. — Je te répète ce que je n'ai jamais cessé de te dire : il ne tient qu'à toi qu'il en soit autrement!... Cède!... Raeeommode-toi avec papa!...
M"* Dartès. — Tu emploies innocenunent des mots d'enfants... C'est une chose rendue impossible!... Je te l'ai expliqué cent fois! Il n'y a pas que les incompatibilités d'idées !... Tout est fini entre ton père et moi.
Renée. — Alors, même s'il avait renonoé à la politique, tu ne serais pas revenue f...
M"* Dartès. — Non!
Renée. — Oh !... Mais , qu'est-ce qui s'est donc passé tout à coup entre vous... qui rend «tout rapprochenient impossible?... Si tu le voulais vraiment, tu le pourrais... Si, si... et c'est ça que je ne te pardonne pas...
M"* Dartès, fermement. ^- Non!...
Renée. — Et puis, que vais-je supplier là?... Je suis bien bête !... Tant pis !... On m'a donné à choisir ma route, je l'aie choisie!
M"** Dartès, avec un mouvement précipité vers elle. —
Ce n'est pas une raison pour que je te perde, moi! Et je te perds pour toujours!... Je le sens.
Renée. — Tu l'auras voulu!...
M""® Dartès. — Cette accusation inique!... et sans cesse la même!... Tu me rends injustement responsable d'un état de choses qui a la force d'une fatalité!... Tu es murée dans ta résolution implacable, dans ton rôle de servante de grand homme!... Ah! si tu pouvais connaître la pauvre et simple humanité de tout cela !... Mais tu as raison, n'en parlons plus !... Ce qu'il y a de certain, c'est que la privation de toi m'est intolérable!... Je ne m'habitue pas à l'idée que le soir, quand je rentre, tu n'es plus là... Je t'appelle, je te cherche !... Oh ! rassure-toi, je ne suis pas venue essayer de t'attendrir ! Je sais que ta volonté n'est pas de celle qu'on fléchit.
Renée. — La tienne non plus... Vois-tu, quand deux êtres en sont arrivés oii nous en sommes, le mieux est de ne plus se faire souffrir! A quoi serviraient des mises en présence perpétuelles, des chagrins inévitables, puisque, forcée d'opter, je suis résolue à rester avec lui jusqu'au bout !
M"* Dartès. — Jusqu'au bout !... Ah ! tu te rends bien compte de ce que cet engagement contient de renoncement et peut-être même d'épouvante! Voilà ce qui m'indigne... Voilà ce que je suis venue te crier une dernière fois!... Cet homme n'a tout de même pas le droit de disposer ainsi de ton avenir!... Quand je songe à la vie qui f attendait, élégante, claire, facile... au mariage auquel tu étais destinée!...
Renée. — Penh!... Tu me fais hausser les épaules... Quelle puérilité!
M""* Darius. — Mais si, mais si... cela compte aussi ! Par la force des choses tu vas rouler dans les bas-fonds populaires!... Tu seras dépréciée, gâtée!... Oh ! il faut que je te sauve malgré toi-même ! Il le faut!
Elle s'approche de Renée, presque en suppliant.
RsNÉBL — Papa va arriver d'une minute à l'autre... Avais-tu quelque chose d'autre à me dire f ...
M"* Dartès. — Renée, mon amour chérie, reviens chez moi passer quelque temps! Tu seras libre, tu verras ton père tant que tu voudras, bien entendu... tu...
ReNÉE^ l'interrompant avec une froideur immobile. — H
va monter... As-tu quelque chose d'autre à me dire?...
M"* DaRTÂS, le rouge lui est monté au visage. — Tu me
renvoies!... C'est bien!... C'est bien!... Quelle peine!
(KUc se recule, mortifiée, humiliée. Un grand silence, gêné, puis
changeant de ton.) Oh! J6 ne me faisais aucune illusion... aucune. La preuve, tiens, que je pressentais que notre rupture allait être définitive, irréparable, c'est que je venais te rendre certains comptes que j'ai Jt te rendre!... Je te les apportais... regarde!
Elle va à la table, et ouvre son sac.
Renée. — Des comptes?... Quels comptes as-tu à me rendre f... Je ne comprends pasf...
M"* Dartès. — Renée, tu as atteint ta majorité, et la vie nous sépare brutalement. Sois libre. Désormais, nous allons encore nous heurter, même de loin... car, je te l'avoue très franchement, je combattrai résolument les idées de ton père dans mon journal I...
Renée. — Je n'en doutais pas.
M"* Dartès. — Tu daigneras seulement m'accorder les rendez-vous qui sont nécessaires pour régler certaines affaires!... Je ne me vois pas faisant appel à un notaire pour des communications comme celle que j'ai à te faire aujourd'hui!... A moins que tu veuilles -bien, comme je te l'ai demandé, venir chez moi, où nous parlerons à tête reposée?...
Renée. — De quoi peut-il bien s'agir?... Eclairemoi d'un mot... Je verrai s'il y a lieu de prendre rendez- vous I
M"* Dartès. — Tu es de glace, décidément !... Assieds-toi, je t'e * prie... rien qu'une seconde !... Quelques mots d'affaires, pas autre chose!
Renée, s'asseyant à la table. — Je ne vois pas bien...
M"** Dartès. — Oh! c'est sans grande importance, mais il faut tout d« même que tu sois mi^e au courant... Voilà... Ta fortune personnelle se réduit à peu près à néant! Tu possèdes vingt actions de chemin de fer, trente actions du journal le Progrès.,, Ton père a cru devoir m'envoyer encore le montant des coupons; je t'avertis que je ne les accepterai plus à partir d'aujourd'hui.
Renée. — Si c'est pour de pareils règlements que tu as cru devoir me relancer jusqu'ici!...
M""* Dartès, très simplement, d*un ton presque détaché.
— Ce n'est pas tout, en effet!... Je désirais t'apprendre une chose qui serait venue à ta connaissance d'ici peu!... Il s'agit de l'exécution d'un vœu testamentaire... Sache donc que ta majorité te rend virtuellement propriétaire d'une petite villa à Veulesles-Roses !
Renée. — Moi? Qu'est-ce que c'est que cette histoire?
M"* Dartès. — Oh! bien peu de chose !... une bicoque au bord de la mer, avec un bout de terrain... Ne t'illusionne pas!... Cela peut constituer tout de même un petit avoir. Dans la crise que tu vas traverser, qui sait s'il ne te sera pas agréable de posséder un coin de repos pour faire halte!...
Renée, amusée. — Comment suis-je propriétaire d'une villa ?... D'où me vient cette richesse ?... Et comment se fait-il qu'on ne m'en ait jamais rien dit jusqu'ici?
M"* Dartès. — Il y a une quinzaine d'années, Ménescal, (Un temps, un froid.) notre vieil ami, que tu as peu connu, car tu étais trop petite, a eu l'idée en mourant de partager ses biens à quelques amis... Il ne laissait aucune famille... A moi fut léguée cette bicoque de Veules-Ies-Roses !... Mais, sans doute, MéAescal avait-il deviné que je ne l'habiterais pas... Craignait-il qu'elle fût vendue par la suite?... Je n'en
sais rien !... En tout cas, il avait mis une condition... c'est qu'à ta majorité, la villa te reviendrait à toi, en personne... Il t'aimait beaucoup, Ménescal, tu t'en souviens?... Voici, d'ailleurs, la lettre où cette volonté est exprimée... Tu la liras ; je te montre tout de suite cette phrase: « Je désire, ma chère Geneviève, qu'en souvenir de moi cette villa revienne à votre petite Renée, quand elle aura atteint sa majorité et... »
Renée. — Donne... donne vite!... (Elle lit.) Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire?... Comment se fait-il que tu ne m'en aies jamais ouvert la bouche?... C'est la première fois que j'entends parler de cette villa... qui t'appartient pourtant depuis quinze ans !...
M"' Dartès. — On t'en a parlé... Tu Tas oublié, certainement... Il n'est pas posssible qu'on ne t'en ait pas parlé !... D'ailleurs, cette maison était si petite!... De plus, je n'ai jamais pu supporter l'air de la mer, tu le sais!... Alors, je l'ai louée à bail, et, ma foi, je ne m'en suis plus jamais occupée... que pour quelques réparations de temps en temps!...
Renée. — Comment se fait-il... que papa non plus ne m'en ait jamais parlé?... Il sait... bien entendu... que cette maison t'a été léguée à toi?...
M™* Dartès. — Comment voudrais-tu qu'il en fût autrement?
Renée. — Alors... je ne m'explique pas non plus son silence à ce sujet? Attends, attends... Connaît-il aussi l'intention de Ménescal que la maison me revienne à moi personnellement?... Cette lettre que tu me communiques... il en a eu connaissance?
M"* Dartès. — A la lettre que je viens de te remettre, j'ai joint différentes correspondances qui te montreront le caractère affectueux de cette donar tion... Il y a visiblement des phrases qui ont été écrites pour que tu les lises plus tard!...
Renée. — Tu n'as pas répondu à ma question.
M"* Dartès. — Laquelle?
Renée. — Ce vœu et cette lettre sont-ils connus de mon père?
M"* Dartès. — Mais... certainement... je crois... oui !...
Renée. — Certainement, et je crois!... Voilà deux mots qui jurent terriblement ensemble!
M"* Dartès. — C'est-à-^îre que l'événement est déjà si lointain que je ne me rappelle pas exactement si cette lettre lui a été montrée...
Renée, avec un mouvement de répulsion craintive. —
Non !... Assez !... N'allons pas p^lus loin !... Tout ceci ne me regarde pas!... La villa t'appartient... elle est à toi!... c'est bien à toi qu'elle a été léguée...
M"* Dartès. — Pas le moins du monde...
Renée. — Qarde-la... Assez, maman!... Je refuse, un point c'est tout.
M"* Dartès. — Mais...
Renée. — N'insiste pas... Je ne veux participer en rien à ton passé I Les raisons d'amitié de Ménescal pour toi sont explicables. Mais je désire demeurer à l'écart de tout ce qui concerne ce passé-là!... Je te prie même de reprendre ces lettres!... Tu as eu des scrupuleSb.. Ce vœu, ce désir exprimé dans ces lettres t'y contraignaient!... Je ne doute pas une seconde d'ailleurs que ce fût 'là un expédient de la part de Ménescal... pour empêcher que la maison fût mise en vente dans une débâcle d'argent! Peutêtre aussi en cas de contestation !... C'est cela, n'est-ce pas?... C'est à ce sentiment que correspond sans
LA PETITE ILLUSTRATION
doute une pareille détermination T... N'est-ce pas toimême qui viens de me le direT
Elle parle avec une volubilité intens^
M"* Dartès. — Peut-être... oui!...
Renée. — Eh bien, voilà qui est réglé ! Ma vie est exclusivement rivée à celle de mon père!... J'en accepte tous les aléas... J'en subirais toutes les misèresi si elles se présentaient, avec la même allégresse!... Cette ezistence-là| je l'inaugure les mains vides!... Je n'accepte et je n'accepterai rien jamais que de lui !
M"* Dartès. — Oh ! alors tu n'acceptes pas parce que ceci vient de moi?... Voilà ce que tu veux me faire comprendre, n'est ce past
RSKâs, les yeux pétillanU de rage. — Parfaitement !•••
M"* Dabtès. — Oh I c'est d'une cruauté, ce que tu dis làl... Est-ce que tu t'en rends bien compte, Renée f... C'est tout simplement atroce!
Renée, sourdement. — Laquelle est la plus atroce de nous deuxf
M"* Dartès. — Alors, dans ton cœur... ton père seul compte!... Je ne suis rien, moif...
Renée. — Lui d'abord!... Lui, par-dessus tout!... Vous l'avez voulu ainsi!
M"* Dartès. — Malheureuse!...
Renée. — liui, qui a eu toutes mes pensées I... Lui, qui n'a pas été aimé par toi!... Lui, qui n'a pas eu sa part d'amour, et qui la méritait pourtant parce qu'il avait toutes les dignités, toutes les bontés!... Lui, que je vénère!...
M"'* Dartès, les mains aux oreilles. — Cruelle!... va, continue... Chaque mot est un coup de couteau !
Renée. — Lui, de qui je tiens ce qu'il y a de meilleur en moi!...
M*"* Dartès, bondissant. — Mais ce n'est pas vrai I... Tu es mon sang aussi !... Tu es ma fille !... Ce que tu as de bon, ce que tu as de meilleur en toi, tu me le dois!... Tu es ma fille, entends-tuf
Renée. — Comme je suis la sienne!...
M"* Dartès. — Tu es ma fille!...
Un grand silence, un silence terrible.
Renée, biêmt. — Ah! ça, voyons, voyons... depuis cinq minutes que tu me pousses à bout, c'est à se demander si je perds la tête! Où veux-tu en venirT... J'ai tout à coup l'intuition d'une perfidie, mais elle serait, telle venant de toi I... Qu'est-ce que tu veux insinuer f... Pourquoi cette exclamation que tu viens de pousser f... Je retiens une interrogation monstrueuse.
M"* Dartès, avec passion. — Eh bien, ne te demande rien!... Ecoute-le simplement comme il vient d'être poussé, ce cri qui me monte des entrailles !... Ecoute celle qui te dit : « Viens, ma chérie !... ne me renie pas ! » Pour qu'une mère torturée, désespérée qu'on lui arrache son enfant, en arrive à lui crier ça : u Ce n'est pas ta route !... ta route est avec moi !... » il doit y avoir des raisons irrésistibles!... Viens, ma chérie !... Tu ne peux pas renier de tes pai'ents celui qui des deux est ta chair même... celle qui..
Renée, avec un cii déchirant. — N'achèvc pas... non... non!... Dis-moi vite, très vite que ce n'est pas possible... que je comprends mal!... que je suis infâme d'imaginer ce que j'imagine... C'est que ce serait à se jeter par le fenêtre de désespoir et d'horreur!... T'en rends-tu compte f Alors, ce serait vraif... Alors,
je... (Un court silence, puis elle pousse un cri atroce et tend les
' btas vers la porte en criant de toute sa douleur.) Papa!...
papal...
M"^ Dartès. — Voyons... mon enfant... ne t'affole pas !... Maintenant, voilà que tu vas trop loin dans tes suppositions !... Voyons...
Renée. — Papa!... Papa!...
M"* Dartès. — Le désespoir,... la jalousie, peutêtre aussi... ont égaré mes paroles !... Je me suis mal exprimée. Ce n'est pas sur un mot qui m'a échappé que tu peux conclure à une pareille fatalité...
Renée, la repoussant — Non!... Tu ne serais pas assez misérable pour dire de toi une chose pareàle, si la vérité n'était pas éclatante, si tu n'en étais pas sûre !... Va-t'en !... Je ne te pardonnerai jamais le mal que tu viens de me faire!... Tu m'as enlevé ma seule fierté de vivre!
M"* DaRTÉS, se rectdant, et sourdement — Ma chérie...
tu as horreur de moi... n'est-ce pasf
Renée. — C'est de moi que j'ai horreur, maintenant. (Kn sanglotant d'un désespoir incommensurable.) Papa!
au secoui^s!... Ta fille!... ta petite fille!
A ce moment on entend, la porte de l'antichambre s'ouvrir.
M"* Dartès. — Fais attention.
Renée fait des efforts surhumains pour ravaler ses larmes. Dartès entre.