‹ L'animateur: pièce en trois actesChapitre 29 sur 34 · Scène II · texte numérisé non relu

Scène II

GIBERT, pttîp WHEIL

Gibbbt, seul au téléphone. — C'cst VOUS, Thalabcrt f ... Passez-moi Goffîer et priez Wheil de monter... Ah! au fait, chez les libraires, spécifiez que les vdumes que j'envoie doivent garder leur bande pendant quelques jours!... Je désire qu'on ne feuillette pas... Et puis, spécifiez aussi que j'ai mis dans le <( Yïeat, de paraître » en très gros caractères, « Edition des Cahiers bleus »... je serais reconnaissant à chacun de ces messieurs d'expliquer au public que c'est la première fois qu'il sort de nos presses autre chose que le journal... mais bien que nous comptions devenir à partir de ce jour une maison d'éditions, nous ne publierons que les œuvres de nos collaborateurs ; qu'on le sache bien !... J'édite moi-même. Prenez avec vous quelques membres de la ligue : trois ou quatre.

(Gibert à Wheil qui entre et en raccrochant le récepteur.)

Eh bien?

Wheil. — Terrible I... C'est effrayant !

Gibert. — Tant que çaî...

Wheil. — C'est-à-dire qu'il ne s'en relèvera pas I... Ah! vous êtes un fier bonhomme! Et passez-moi le mot, quel toupet!... c'est admirable d'ailleurs le chapitre que je viens de lire où vous justifiez le titre Lascar le Juste \,., c'est d'un tragi-comique!

Gibert. — ^lon cher, vous fuyez, je ne vous ai pas pris en traitre, je vous ai appelé, je vous ai mis le volume entre les mains. Je vous ai dit : Jetezmoi les yeux là-dessus... c'est le volume qui va démolir définitivement votre ancien ami Dartès. Etant donné vos relations, cette espèce d'indulgence inexplicable que vous avez toujours eue pour lui, c'esf à vous seul de décider si vous voulez me consacres

L*ANII£ATBUR

un article de tête dans le Français... Notez que je ne demande pas votre propre signature!

Wheil. — C'est trop terrible I Je vous assure, trop terrible !... Je vous flanquerai en quatrième page des placards grands comme ça!... Mais vous allez connaître un succès formidable. Vous pouvez vous passer d'un article de tête du Français !...

GiBERT. — Vous ne me blâmez pas, je pense t

WHBtt. — Ah! foutre non... ces gens-là sont abominables!... Le gouvernement est vis-à-vis d'eux d'une faiblesse inconcevable, je Tai dit cent fois à Dartès!... S'il reçoit aujourd'hui une volée de main de maître, tant pis pour lui, comme dit la chaiison : « Fallait pas qu'y aille!... »

GiBERT. — Trois grands quotidiens vont cette semaine même consacrer à Lascar le Juste deux colonneB, il sera regrettable pour le Français que...

Wheil. — Mon cher, la raison principale ce sont les chapitres qui ont trait à la vie privée de Dartès, la correspondance de sa femme avec Meneseal, etc. Que voulez-vous que je fasse, mettez-vous à ma place I Là, peut-être, avez-vous eu tort... êtes-vous allé trop loin ?... L'homme public suffisait.

GiBEBT. — n faut frapper sur tous les endroits faibles de la statue. Il faut saper à la base; l'heure est favorable. Après la brillante ascension de son soleil, il y a une éclipse momentanée même dans son parti, ce parti qui lui doit tant! Son humanitarisme leur paraît suspect, retardataire. Malheureusement, son action sur les foules reste immense. C'est une idole populaire, le tirage de la Lumière monte; ils en sont à deux eent mille! C'est beaucoup! Cet homme est un des cancers de la France!... Tel quel, il dispose d'une quantité innombrable de voix. On peut tout craindre en cas de révolution. Oh! je sais bien qu'on va dire que j'exerce une vieille rancune!...

Wheil. — On dira ce qn'on voudra!... Mais on ne suspectera jamais chez vous la sincérité... c'est l'essentiel !... et voilà un privilège que plus d'un vous envie!... La lutte est tellement plus commode avec cette carte d'identité-là !... J'emporte l'exemplaire, heint...

GiBERT. — Non, pas celui-là... un Hollande... et sans rancune, Wheil !

Wheil. — Demain, je fais panutre en quatrième page un placard grand comme mon haut de forme... pendant six jours de suite!

GiBERT. — Et le septième, vous vous reposez!...

Wheil. — Je vais profiter de ce que je suis venu jusqu'aux Cahiers hleus pour faire un tour de Sénat!... De la rue de l'Echaudé. il n'y a qu'un pas... Je trouverai encore^ je l'espère, le ministre du Commerce à qui j'ai à toucher deux mots d'une affaire d'importation...

GiBERT^ tendant l'exemplaire. — Tenez!...

Wheil. — Mettez-moi une belle dédicace la-dcssus, une dédicace chaleureuse qui portera aussi le témoignage de l'admiration que j'éprouve pour vous, car je vous admire... vous savez...

GiBERT, — Tant que çat

Wheil. — De tout cœur. (Gibcrt écrit et tend Ic lîvre.

Wheîi. lisant.) « A mon Wheil admirateur!... » (ii rit.) Vous avez l'humeur bonne enfant et goguenarde, mon cher!... Et la dent dure!...

GiBERT. — Dartès vous répondrait qu'un dentiste doit prêcher d'exemple.

Wheil. — Quel homme!

GiBERT. « — S'il y en avait une douzaine comme ça... les choses iraient encore mieux qu'elles ne vont!

Le Rédaotettr, entrant. — Monsieur Gibert, il y a le nouveau... le jeune de Crissol, qui voudrait vous être présenté.

Gibert. — Qu'il monte une seconde, je crois bien... Et Thalabert?

Le Rédacteur. •— II est avec eux, il monte.

GiBERT. — Combien sont-ils en basT J'entends un pétard du diable à travers le plafond.

Le Bédacteur. — Une vingtaine, c'est au sujet de...

Gibert, luî faisant signe. — Oui, oui... ça va!...

Il sort.

Wheil. — Je vous donnerai un coup de téléphone dans la matinée demain.

Gibert. — Pourt

WHEn.. — Pour savoir l'effet... et s'il y a du nouveau l

Gibert. — Ah ! bon !... si vous voulez !

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