‹ L'anneau d'améthysteChapitre 3 sur 3 · SUR HERCULE ATIMOS · texte numérisé non relu

SUR HERCULE ATIMOS

Le vulgaire rapporte à un seul Hercule des actions accomplies par plusieurs héros de ce nom. Ce qu'Orphée nous apprend de l'Hercule thrace est d'un dieu plus que d'un héros. Je ne m'y arrêterai pas- Les Tyriens connaissent un autre Hercule,, auquel ils attribuent des travaux qui ne sont pas facilement croyables. Ce qu'on sait moins, c'est qu'Alcmène donna le jour à deux jumeaux qui se ressemblaient de visage et qui reçurent tous deux le nom. d'Hercule. L'un était fils de Jupiter, l'autre d'Amphitryon. Le premier mérita par ses actions de boire à la table des dieux, dans la coupe d'Hébé, et nous le tenons pour un dieu. Le second ne fut point digne de louanges ; c'est pourquoi il fut nommé Hercule Atimos.

Ce que je sais de lui, je le tiens d'un habitant d'Eleusis, homme prudent et sage, qui a recueilli beaucoup d'anciens récits. Voici ce que me conta cet homme :

Hercule Atimos, fils d'Amphitryon, reçut de son père, au sortir de l'adolescence, un arc et des flèches, ouvrage de Vulcain, qui portaient aux hommes et aux animaux la mort inévitable. Or, un jour que, sur les pentes du Cythéron, il chassait les grues voyageuses, il rencontra un bouvier qui lui dit :

— Fils d'Amphitryon, un homme irrjffl vole chaque jour quelque bœuf d< u-

peaux. Tu brilles de jeu Si tu peux atteindre œ foleur de bœufs et le frapper de tes flèches divines, lu t'attiras de grandes louai facile de l'approcher. < il plus

ranâs que cens des antres hommes, et très

Atimos promit au bouvier de punir le

L'ANNEAU D'AMÉTHYSTE 39i

brigand et reprit son chemin. S'étant enfoncé dans les gorges de la montagne, il aperçut au loin, dans un sentier, un homme qui lui sembla méchant. Pensant que c'était le voleur de bœufs, il le tua avec ses flèches. Mais, tandis que le sang de l'homme coulait encore frais sur les anémones sauvages, Pallas Athéné, la déesse aux yeux clairs, descendit de l'Olympe et vint, dans la montagne, au-devant d'Atimos, qui ne la reconnut pas, car elle avait pris l'aspect d'un vieux serviteur du roi Amphitryon. Et la déesse lui adressa ces paroles :

— Divin fils d'Amphitryon, cet homme que tu as tué n'est pas le brigand voleur de bœufs. C'est un homme irréprochable.

Tu reconnaîtras facilement le eoupable à l'empreinte de ses pas dans la poussière. Car ses pieds sont plus longs que ceux des autres hommes. Celui-ci, qui est mort, mena une vie innocente. C'est pourquoi tu dois demander avec des larmes au divin Apollon

de le rendre à la vie. Apollon ne refusera point ce que tu lui demanderas si tu tends irers lui des mains suppliantes.

Mais Atimos, plein de colère, répondit : — J'ai puni cet homme de sa méchanceté. Crois-tu, vieillard, que je sois un homme sans discernement et trappant au hasard? Tais-toi, fuis, insensé! Ou je te ferai repentir de ton audace.

De jeunes pâtres qui jouaient avec leurs chèvres sur la pente du Cythéron, avant entendu les paroles d' Atimos, les poursuivirent d'une telle louange que la mont, en retentit et que les pins antiques furent agités d'un long frémissement. El P Athéné, la déesse aux yeux clai lonta

vers l'Olympe neigeux.

pendant Atimos, ayanl repr se trouva bientôt >ur la trace du \ bœufs, dont il aperçut 1<- dos à une p distance. 11 le reconnut facilement a I preinte des pas que cet homme lais

derrière lui sur le sable. Car cette empreinte était bien plus grande que celle des autrespieds humains.

Et le héros songea dans son cœur :

— Il faut qu'on croie que cet homme est l innocent, pour qu'on croie que j'ai tué le coupable, et que ma gloire en éclate parmi les hommes.

Ayant ainsi songé en son cœur, il appela l'homme et lui dit :

— Ami, je t'honore parce que tu es irréprochable et que tu nourris des pensées justes.

Et, tirant de son carquois une desflèches forgées par Vulcain, il la donna à. l'homme en prononçant ces paroles rapides :

— Prends 'cotte flèche, ouvrage de Vulcain. Tous ceux qui la verront dans tes mains l'honoreront et tu seras jugé digne de l'amitié d'un héros.

Il dit. Le méchant prit la flèche et s'éloigna. Et la divine Athéné, la déesse aux, yeux clairs, descendit de l'Olympe neigeux.

Elle prit la forme d'un pâtre plein de douceur, et, s'app-ocliant d'Atimos, elle lui dit :

— Fils d'Amphitryon, en absolvant ce coupable, tu as tué l'innocent une seconde fois. Et cette action ne te vaudra pas la gloire parmi les hommes.

Mais Atimos ne reconnut pas la déesse vénérable, et, croyant que c'était un pâtre, il lui dit, plein de fureur :

— Cœur de cerf, outre de vin, chien, je vais t'arracher l'âme I

Et il leva sur Pallas Athéné le bois plus dur que le fer de son arc, ouvrage de Vulcai».

— Le reste manque, dit M. 1 .en posant le papier sur m table.

— C'est dommage, dil II. Goabio.

— C'eetf dôme èffel ! dit M. i geret. J'ai j luire ce teste giec II faut bien se disti

des affMTCS prés

En fiacre dans les premières brumes du soir, madame de Bonmont venait, le cœur serré, revoir Rara et chercher l'anneau d'améthyste. Mais elle craignait quelque malheur. Quand le fiacre, ayant passé le pont de l'Europe, s'arrêta devant la porte de l'ami, madame de Bonmont vit que l'allée était noire de chapeaux et de redingotes. Un mouvement s'y faisait, qui tenait du déménagement et des obsèques. Des hommes entassaient dans un fiacre des cartons et des papiers ficelés. D'autres hommes

396 l'anneau d>aiiéthyste

descendaient une petite malle, et mail de Bonmont reconnut la vieille cantine, pleine de papier timbré, où Rara a tant de fois enfoncé furieusement ses deux bras velus et sa tête empourprée.

Elle demeurait glacée d'effroi, quand entendit la concierge échevelée lui dire à l'oreille :

— N'entrez pas ! Filez vite ! <

et le commissaire avec de la police. Ils saisi des papiers chez votre monsieur mis les scellés partout.

Le fiacre emporta madame de Bonn anéantie. Dans l'abîme où elle se sentait tomber au sortir de son amour songea pourtant :

— Et l'anneau de monseigneur Gui!

qui est sous scellés !...

Il y avait trois mois qu'on en parlait. M. Bergeret comptait à Paris des amis qui ne l'avaient jamais vu : ces amis-là sont les plus sûrs. Ils agissent par des raisons toutes spirituelles, supérieures et absolues, et ils sont écoutés quand ils font un rapport favorable. Les amis de M. Bergeret estimèrent que sa place était à Paris. On pensa l'y faire venir. M. Leterrier s'y employa de tout son pouvoir. Un jour, ce fut fait.

M. Bergeret fut chargé d'un cours à la Sorbonne. En sortant de chez M. le doyen

Torquet, qui lui avait annoncé sa nomination dans les termes les plus corrects, M. B< ■! ret, se trouvant dans la rue, vit les I <T ardoise, les murs de pierre tendre qu'il avait vus tant de fois, le plat à barbe qu balançait sur la porte du barbier, la \ rousse qui servait d'enseigne au laitier, le petit triton de bronze qui crachait de 1 au coin du faubourg de Josde ; et ces choses familières tout à coup lui semblaient étranges. Ces pavés sur lesquels il .v de fois et depuis si longtemps p appesantis par la tristesse ou la allégés par un peu de joie ou d'amiu ses pieds en étaient subitemeai déshabil La ville, qu'il \ levant &

clochers dans le is, lui p

une ville étrangère, déjà lointai réelle, moins une ville que Y ville. Et cette image s<

- comme gnés et diminués à

deux ménagères, le greffier du tribunal, qu'il rencontra, lui avaient l'air de passer sur l'écran d'un cinématographe, tant il sentait peu qu'ils fussent réels, et vivant de la vie dont il vivait lui-même.

Après avoir subi quelques instants ces impressions singulières, il y prit garde, car il avait l'esprit réfléchi et la faculté de s'observer soi-même. Et il se procurait ainsi un inépuisable sujet de surprise, d'ironie et de pitié.

— Voici, se dit -il en cette occasion, voici ? que cette ville, où j'ai vécu quinze ans, me devient tout à coup étrangère, parce que je vais la quitter. Bien plus: elle a déjà perdu pour moi, en quelque sorte, sa réalité. Elle n'existe plus dès que ce n'est plus ma ville. Elle n'est qu'une vaine image. C'est que les objets abondants et considérables qui s'y trouvent ne m'intéressaient que parce que je les rapportais à moi. Aussitôt que je m'en détache, ils n'existent plus

à mon sens. Ainsi donc, cette cité popul» assise sur sa colline au bord d'un grand fleuve, cet ancien oppidum des Gai: cette colonie où les Romains bâtirent un cirque et des temples, cette ville forte <]ui soutint trois sièges mémorables, où se- tinrent deux conciles, qui fut enrichie d'une basilique dont la crypte subsiste encore, d'une cathédrale, d'une collégiale, de seize égl paroissiales, de plus de soixante chap< d'un hôtel de ville, démarchés, d'hôpitaux, de palais, qui, très anciennement réunie au domaine royal, devint capitale d'un province et qui porte encore, au fronton du palais du gouverneur, a

•rmoiries entourées de Vertus el de li cette ville, aujourd'hui siège d'un arch d'une Faculté des lettres, d'une Faculté

tees, d'un tribunal de premi et d'une cour d'appel, chef- 1 feu d'un ri département, je la rapportait tout entièi moi seul. Je la peuplais de moi seul. I

n'existait que par moi. Que je parte: elle ; s'évanouit. Je ne me savais pas un esprit . subjectif jusqu'à la démence. On ne se connaît pas et l'on est un monstre sans le savoir.

Ainsi M. Bergeret s'examinait avec une sincérité exemplaire. Mais, venant à passer devant Saint- Exupère, il s'arrêta sous le portail du Jugement dernier. Il n'avait jamais cessé d'aimer ces vieilles sculptures narratives, de s'amuser à ces histoires taillées dans la pierre. Certain diable, qui avait une tête de chien sur les épaules et un visage d'homme sur les fesses, l'amusait particulièrement. Ce diable traînait une file de damnés enchaînés, et ses deux visages exprimaient un vrai contentement. Il y avait aussi un petit moine qu'un ange saisissait par les mains pour le hisser au ciel et qu'un diable tirait par les pieds. Cela plaisait beaucoup à M. Bergeret. Mais jamais il n'avait regardé avec tant d'intérêt ces images qu'il était près de quitter.

402 l'anneau d'amétiiv-

II n'en pouvait détacher idée naïve de l'univers, qu'a là des ouvriers morts depuis j cents ans, l'attendrissait. Il la : aimable dans son absurdité. Il r t de

ne pas l'avoir mieux étudiée jus * ni

considérée avec assez de sympathie. !

que ce portail du Jugement dernier qu'il avait vu doré par le soleil ou i r la

hine, riant dans la blanche lumière ou n de l'hiver, encore un peu de temps et il ne le verrait plus.

Il sentit alors qu'il était lié aux .-hoses

! par des liens invisibles qu'<

I sans peine et il fut pris grandi.' piété pour sa ville. Il i vieilles pierres .t ta vieui iirna <!<> ion clicnii'

le mail un orme qu'il aimai!

i celui j piel il avait

seoir, l'été, au déetki do j

arbre mamb-nant dépouilla

l'anneau d'améthyste 40a

déployait, nue et noire sous le ciel, sa puissante et fine membrure. M. Bergeret le contempla longuement. Le tranquille" géant était sans frissons ni murmures. Le mystère de sa vie pacifique inspira de profondes méditations à cet homme qui partait pour une nouvelle destinée.

Ainsi M. Bergeret connut qu'il aimait la ! terre de la patrie et la ville où il avait éprouvé des tribulations et goûté des joies : paisibles.

Monseigneur Guitrel, evêque de Tourcoing, adressa au président de la R blique la leti^e suivante, dont le texte fut publié in extenso par la Semaine religùuse, la Vérité, Y Étendard, les Etudes par plusieurs autres périodiques du

« Monsieur le Président,

» Avant de porter à vos oreilles de jus plaintes et des revendications trop bien fondées, laissez-moi jouir, durant un c moment, de la douceur profon le de me

sentir en parfait accord avec vous sur un point qui doit en effet nous être commun; souffrez que, pénétrant les sentiments qui ont dû vous agiter en ces longs jours d'épreuve et de consolation, je m'unisse à vous dans un élan patriotique. Oh ! combien a dû gémir votre cœur généreux, quand vous avez vu cette poignée d'hommes égarés jeter l'injure à l'armée, sous prétexte de défendre la justice et la vérité, comme s'il pouvait y avoir une vérité et une justice en opposition avec l'ordre des sociétés et la hiérarchie des puissances établies par Dieu lui-même sur la terre ! Et de quelle joie ce même cœur a été rempli au spectacle de la nation levée tout entière, sans exception de parti, pour acclamer notre vaillante armée, l'armée de Clovis, de Charlemagne et de Saint-Louis, de Godefroy de Bouillon, de Jeanne d'Arc et "Se Bayard, pour embrasser sa cause et venger ses injures! Oh! avec quelle satisfaction

n'avez-vous pas contempl

<se de la nation déjouant !

des orgueilleux et des mécha

» Certes, on ne peut nier que l'honneur d'une si louable conduite ne r< à la

France entière. Mais votre re^ perspicace, Monsieur le Président, p n'avoir pas reconnu la tète des soutiens de Tordre i sances. Ils y étaient au pn ing,

saluant avec respect, avec confia; et ses chefs. Et n'était-ce point là place des servi! eurs de Celui qui être nommé le Dieu des arn selon la forte expression de B sanctifiées en prenant ce n que vous r toujour

plus sûrs appuis de rite. Et not; pas refusée aux se la

ffOUve ri p 'ii • ! 1 1

l'anneau d'améthystl 107

de paix et nous rendre l'obéissance aimable ! Cependant nos coeurs exuitent en contemplant cet appareil guerrier, qui nous fait respectables au dehors, et en vous voyant vous-même environné, sur votre siège d'honneur, d'un brillant état-major, à l'exemple du roi Saùl, si grand par le courage et le caractère, qui attachait à sa personne les guerriers les plus braves. Nom quemcumque viderai Saul virum fortem et aptum ad prœlium, sociabat eum sibi. (I Reg. XIV, 52.)

» Oh ! que je voudrais terminer cette lettre comme je l'ai commencée, par des paroles d'allégresse et de contentement, et qu'il me serait agréable, Monsieur le Président, d'associer votre nom vénéré aux conclusions de la paix religieuse, ainsi que je viens de l'associer aux avantages remportés, sous nos yeux, par l'esprit d'autorité sur l'esprit de discussion! Mais, hélas! il n'en saurait aller ainsi. Il fout que je vous présente un grand sujet

1 iHREÀO D'AMÉTHYSTE

d'affliction et que je contriste votre âme par le spectacle d'un grand deuil. J'accomplirai un devoir inéluctable en ramenant votre esprit sur une plaie saignante et qu'il faut fermer. Je suis intéressé à vous dire des vérités douloureuses, et vous êtes intéressé à les entendre. Mon devoir pastoral m'oblige à parler. Assis, par la grâce du Souverain Pontife, sur le siège du bienheureux Loup, successeur de tant de saints apôtres et de tant de pasteurs vigilants, serais-je l'héritier légitime de leurs travaux admirai»!

n'osais les continuer? Alii laboraverw* vos in labores eorum introistis. (Ecc. VIII. Il convient donc que ma voix, si s'élève et monte jusqu'à vous. Il con\ aussi que vous prêtiez à m une

oreille attentive, car le sujet dont je entretiendrai est digne «les méditations d'un chef d'État. Prineeps vero ea, qua prin I M h. \ \ XII I

• Mais comment l'aborder, ce

se sentir immédiatement envahi par une douleur accablante? Gomment vous exposer, sans verser des larmes, l'état des religieux dont je suis le chef spirituel ? Car c'est d'eux qu'il s'agit, Monsieur le Président. En pénétrant dans mon diocèse, quel spectacle déchirant a frappé mes regards ! Sur ie seuil des maisons pieuses consacrées à l'éducation des enfants, à la guérison des malades, au repos des vieillards, à l'instruction de nos lévites, à la méditation des mystères, je n'ai vu que des fronts soucieux et des regards affligés. Là où naguère régnaient la joie de l'innocence et la paix du travail, s'étendait maintenant une sombre inquiétude. Des soupirs montaient vers le ciel, et de toutes les bouches s'échappait le même cri d'angoisse : « Qui recueillera nos vieillards et nos malades? Que vont» devenir nos petits enfants? Où irons-nous prier ?» Ainsi gémissaient, aux pieds de leur pasteur, en lui baisant les mains, les religieux et les religieuses

du diocèse de Tourcoing, dépouillas êe l< biens, qui sont le bien des pauvi veuves et des orphelins, le pain des cl le viatique des missionnaires. Ainsi nos réguliers exhalaient ces plaintes touchantes, le coup de la ruine, attendant que les agents du fisc, violant la clôture de nos vierges et la grille des sanctuaires, vinssent saisir les vases sacrés sur l'autel.

» Tel est l'état où nos communaui gieuses sont réduites par l'application ces lois d'acer. t1 -t de ces

d'abonnement, si Ton peut dispositions d'un texte irob mi-

nel. Ges expi

ne sembler on

examine la

pivl.

par!

minute «Ta!

commun, il est inique de leur en faire payer d'autres. C'est une première injustice qui saute aux yeux. Je vous en ferai paraître d'autres. Mais, déjà sur ce point, permettezmoi, Monsieur le Président, d'élever une protestation aussi ferme que respectueuse. Je n'ai pas l'autorité suffisante pour parler au nom de l'Église tout entière. Toutefois je suis certain de ne pas m'écarter de la bonne doctrine en proclamant ce principe essentiel du droit, que l'Église ne doit pas l'impôt à l'État. Elle consent à le payer. Elle le paie à titre gracieux, mais elle ne le doit pas. Ses antiques exemptions découlaient de sa souveraineté, car le souverain ne paie pas. Elle peut les revendiquer toujours, à tout moment, et dès qu'il lui conviendra de le faire. Elle ne peut pas plus renoncer au principe de ses exemptions qu'à ses droits et à ses devoirs de reine. Dans le fait, elle montre une admirable abnégation. Voilà tout. Ces réserves étant faites, je poursuis ma démonstration.

» Les congrégations sont soumises en matière de finance:

» 1° Au droit commun, comme je viens de le dire ;

» 2° A la mainmorte ;

» 3° A un impôt de quatre pour cent sur le revenu (lois de 1880 et 1884) ;

» 4° Au droit d'accroissement, dont on a prétendu corriger les effets monstrueux par un droit dit d'abonnement, en vertu duqu> gouvernement prélève annuellement, sur la part présumée ttes membres décédés, onze francs vingt-cinq pour cent, en y comprenant les définies. Il est vrai que, par uni douceur, qui n'est en réalité qu'un raffi m Mit d'injustice et de perfidie, la loi «lispose que les établissements hospitaliers ou scolaires pourront être allégés de cette cha en raison de leur utilité, comme si les maisons où nos - filles prient 1 1 donner les crimes de la France et d'éclairer

et plus utiles encore que des pensionnats et des hôpitaux !

) Mais il fallait diviser les intérêts par la difitrence des traitements. On espérait ainsi disloquer la résistance. C'est encore dans cet esprit qu'on a fixé à trente pour cent pour les congrégations reconnues et à quarante pour cent pour les congrégations non reconnues la taxe annuelle sur la valeur des biens meubles et immeubles, en sorte que ces dernières, incapables de posséder, sont bonnes pour payer, et môme pour payer plus que les autres.

» Je me résume. Aux impôts de droit commun s'ajoutent, pour accabler nos congréganistes, ceux de mainmorte, ceux de quatre pour cent sur le revenu et ceux dits d'accroissement non point allégés, mais alourdis par ceux dits d'abonnement. Est-ce tolérable? Y a-t-il un exemple au monde d'une aussi odieuse spoliation? Non, vous êtes contraint, Monsieur le Président, de reconnaître qu'il n'y en a point.

» Aussi, quand les religieux de mon d cèse ont demandé à leur pasteur ce qu'ildevaient faire dans l'état où ils étaient réduits, pouvais-}e leur répondre autrement que par ces seuls mots : « Résistez ! C'est » un droit et un devoir que de s'oppos» » l'injustice. Résistez. Dites : Nous ne pou- » vons pas. Non possumus. »

y> Ils y sont résolus, Monsieur le Président; et toutes nos congrégations, autorisées ou non, enseignantes, hospitalit contemplatives, destinées aux retraitai ecclésiastiques ou vouées à la préparation des missions étrangères, toutes, malgré l'inégalité du fisc à leur égard, sont féSotlMB à une égale résistance. Elles ontcomj> sotis des aspects divers, ta braitemenl quêteur inllipnt vos prétendues lois est un ment inique et leur commande tinn

concertée pour la «l*-0 -n-^ commune. 1 résolution esl m<-lw;inl Pappu^

après l'avoir- prépari îs assui

l'anneau d'améthyste 41S

point manquer à l'obéissance que je dois au prince et aux lois et que je vous accorde pleinement, par principe de religion et de conscience; je suis assuré de ne point méconnaître votre puissance, qui ne peut s'exercer que dans la justice. Ecce in justitid regnabit rcx. (Paralip. XXII, 22.)

» Dans son encyclique Diuturnum illud, S. S. Léon XIII a expressément déclaré que les fidèles sont dispensés d'obéir aux pouvoirs civils dès que ceux-ci donnent des ordres manifestement contraires au droit naturel et divin. « Si quelqu'un, est-il dit » en cette admirable lettre, se trouvait placé » dans l 'alternative d'enfreindre ou les ordres » de Dieu ou ceux du prince, il devrait suivre » les préceptes de Jésus-Christ et répondre, » à l'exemple des apôtres : — Mieux vaut » obéir à Dieu qu'aux hommes. — Agir » ainsi, ce n'est pas mériter le reproche » d'être désobéissant; car les princes, dès » que leur volonté est en opposition avec la

» volonté et les lois divines, excèdent leur » pouvoir et corrompent la justice. Dès lors, » leur autorité est sans force, parce que, là » où elle n'est plus juste, elle n'est plus.

» Ce n'est pas, croyez-le bien, sans de longues méditations que j'ai encour religieux dans la résistance nécessaire. J'ai considéré les dommages temporels qui pourraient en résulter pour eux. Ces consul > tions ne m'ont point arrêté. Quand nous dirons à vos publicains : Non possumus, vous tenterez de vaincre notre constance par la force. Mais que faire pour cela? Saisir congrégations reconnues ? L'oserez-vous V congrégations non reconnues? Le pouri vous ?

» Aurez- vous le triste courage de vendn nos meubles et les objets consacrés au culte? EH -'il est vrai pourtant que ni l'humilité premiers ni la sainteté d les soustraire à votre rapacité, il faut que vous sachiez, il faut que les femmes

enfants de vos collaborateurs sachent que , du fait de procéder à une telle vente, on encourt l'excommunication dont les effets terribles effrayent môme les pécheurs endurcis. Il faut que tous ceux qui consentiraient à acheter quelque objet provenant de ces ventes illicites sachent qu'ils s'exposeraient à la môme peine.

» Et si même nous sommes dépouillés de nos biens, chassés de nos demeures, le dommage n'en sera point pour nous, mais pour vous qui vous couvrirez des hontes d'un scandale inouï. Vous pourrez exercer contre nous les plus cruelles représailles. Nulle menace ne saurait nous intimider.

Nous ne craignons ni la prison ni les liens. Ce sont les bras chargés de chaînes des pontifes et des confesseurs qui ont délivré l'Église. Quoi qu'il arrive, nous ne paierons pas. Nous ne le devons pas, nous ne le pouvons pas. Non possumus.

» Avant d'en arriver à cette extrémité,

j'ai cru devoir, Monsieur le Président, vous faire connaître la situation, dans l'espoir que vous l'examinerez avec ce zèle du cœur et cette fermeté de l'âme que Dieu communique aux puissants de la terre qui se fient en lui. Puissiez-vous, avec son aide, remédier aux maux intolérables que j'ai exposés à vos yeux! Dieu veuille, Monsieur le Pi Dieu veuille que, quand vous examinerez l'injustice du fisc à l'égard de nos religi* vous vous inspiriez moins de vos ce:

que de vous-même î Car si 1< prendre des avis, c'est le sien qu'il suivre. Selon la parole profonde i non,

le conseil est dans le cœur de Dion comme une eau profon funda, sic consilium in corde XX, 5.)

» Daignes agréer, ir te Pr

le profond respect avec lequrl. çl

» Kn Tourcoiug. i

La lettre de Sa Grandeur Monseigneur î'évêque de Tourcoing avait été rendue publique le 14 janvier.

Le 30 du même mois, V Agence Bava communique aux journaux l'information suivante :

« Le conseil des ministres s'est réuni hier à l'Elysée.

» Il a été décidé, dans ce conseil, que le ministre des cultes formerait, devant le Conseil d'Etat, un recours pour abus contre Monseigneur Guitrel, évêque de Tourcoing, au sujet de sa lettre au président de la République. »

Page 1