SCENE IL MADAME DE FOLLEVILLE , CÉCILE
MADAME DE FOLLEVILLE, entrant par la porte à droite de l'acteur.
Cécile ! . . Elle n'entend rien !. . (Elle s'approche.) Cécile !..
CÉCILE
Ah ! vous voilà, ma tante î
> MADAME DE rOtLEVILLE.
Encore plongée dans tes réflexions !.. Tu ne m'entendais seulement pas !
CÉCILE , embarrassée.
Je lisais , et ma lecture. . .
MADAME DE FOLLEVILLE
Oui, ta lecture t'intéressait si vivement, qae tu avais laissé tomber ton livre sans t'en apercevoir !.. Ah ! je le répéterai toujours : il y a quelque chose.
CÉCILE
Ma tante ! je vous en supplie !
MADAME DE FOLLEVILLE
Non !.. je parlerai !.. Tant que ta ne parleras pas.
CÉCILE , souriant.
Alors. ..
MADAME DE FOLLEVILLE
Alors , j'en dirai beaucoup, n'est-ce parf?.. Mais, comment se taire, quand l'inquiétude tourmente ?
Ali; . Jo ne peux pns liou\ur le mot.
Toi , que je chéris dès l'enfanee, Qui me rappelles mes beaux jours ;
J'ai besoin de to confiance, S
Je veux yourirc à tes amours ; A mon âge on aime, ma clière, Commo un soldai ncux et jieiL'Ius, Entendre parler de la guerre, Où par malheur on ne va plus.
CÉCILE
Ma bonne tante!
MADAME DE FOLLEVILLE
Oui, ta vieille tante, qui, malgré ses So^xante-slx ana,^ se souvient encore assez poik* ptkàvbif -ilon^erniiK'Jjon conseil. Il y a quinze jours, j'appren !s que lu es à Paris , malade... Une maladie do langueur, dit-on ? des évanouissements. . . des maux de nerfs ! . . . Cela me donne des soupçons. Le médecin ordonne lair de la campagne et des distractions!.. Mes soupçons se confirment!.. Quand le mal n'est pas de leur compétence , les médecins le recommandent au grand air.
CÉCILE, souriant.
Et vous voilà , ma tante , à faire des conjectures , des suppositions ?
MADAME DE FOLLEVILLE
Oui ! mais pour savoir au juste ce qu'il en est, je pars aussitôt pour Paris. cÈciLr.
Et vous m'y trouvez seule ! . . . car , au mois d'aoïjt, tout le monde est dispersé: ceux qui ont des terres s'y confinent; ceux qui ont de l'argent sont sur les grandes routes ; ceux qui n'ont ni argent , ni terres, se croient obligés de disparaître, parce que la mode est de s'ennuyer séparément l'été, après s'être ennuyé riilver en commun.
MADAME DE FOLLEVILLE
Tu faisais plus que t'ennuyer, Cécile, tu souffrais ! Je te propose de t'eramener ici, dans mon château , à quinze lieues de Paris. . . C'est un séjour charmant ; et je t'y vois triste , dolente ... Si tu avais encore ton vieux mari, je comprendrais cela ; mais , veuve au bout d'un an de ménage, tu es riche et libre !.. Qui t'empêche d'être heureuse et gaie ?
CÉCILE
Mais je suis très-gaie et très-heureuse , ma tante.
MADAME DE FOLLEVILLE
Quand une jeune femme a ccgoure do gaitélà, c'est toujours quelqu'un qui la cause... Au printemps dernier , tu étais à la campagne, dans ta terre de Verneuil ; tu y réunissais nombreuse et joyeuse compagnie ; il y avait bal , concert , comédie. . . tous les plaisirs champêtres... Tout-à-coup, tu pars précipitamment pour Paris, sous prétexte d'une aflairo. .. c.'ciLE, vivement.
Un procès , au sujet de la succession de mon mari.
MADAME DE FOLLEVILLE
Comme si les affaires empêchaient les i)Iaisirs à vitigl-trois ans! Il y a lemps pour lout. J/élonnoiiient a été grand pour ta société, obligée do se disperser subitement I Enliu, cela est venu jusqu'à moi.
CÉCILE
Est-ce que je puis empêcher le monde de parler ?
MADAME DE FOLLEVILLE
Voyons ! De qui se composait cette société réunie chez toi?.. Qui en formait le personnel?.. D'abord M. deVerpy...
CÉCILE, riant.
Vieux colonel de l'Empire , qui a gagné les invalides.
MADAME DE FOLLEVILLE
C'est mon voisin et mon ami ! Il a un neveu charmant , M. Arthur de Vérigny, qui , diton. ..
CÉCILE , l'interrompant.
J'avais encore chez moi Aglaé de Melval. . . ma meilleure amie.
MADAME DE FO:.LE VILLE
Qui a un frère, M. Placide de Melval ? Ah! la sœur de celui qu'on aime devient si vite notre meilleure amie .
CÉCILE
Notre amitié date du couvent, et il parait que le frère d'Aglaé , M. Placide , ne vous est pas connu?
MADAME DE FOLLEVILLE
Je l'ai vu deux fois : il a un beau nom , de la fortune... C'est aussi un voisin de campagne. . . Je sais , de plus , qu'il est très-brave. CÉCILE , moqueuse.
Oh ! oui !.. de première force à l'épée , au pistolet!., et toujours blessé quand il se bat!
MADAME DE FOLLEVILLE
Mais je t'assure que M. Placido de Melval est très-obligeant ; qu'il est très-bon ; qu'il est. . . CÉCILE , l'interrompant en riant.
Insupportable'. . C'est un de ces incommodes personnages qui ne font rien à propos.
MADAME DE FOLLEVILLE
Alors , je ne te conseille pas d'en faire un mari.
CÉCILE
Imaginez qu'il vous fatigue sans cesse de soins importuns ! . . Ouvrant la fenêtre, si vous avez froid, et vous éloufiant avec votre chàle , si vous avez trop chaud. . . Ne manquant Jamais, dans un salon , d'amener à vos cotés la femme que vos détestez , et d'entraîner dans une autre pièce celui avec qui vous aimez à causer... Enfin , quand je vois arriver quelque part M. Placide de Melval , je suis certaine que vont arriver avec lui mille ennuis de tous genres.
IN DOMESTijuE, annonçant.
Monsieur Placide de Melval! {Les deux femmes rient. )
CÉCILE, riant.
C'est une trahison , ma tante I
MADAME DE FOLLEVILLE, itl.
Il était invité avant le panégyrique.