MADAME DE FOLLEVÏLLE , PLACIDE DE MELYAL, CÉCILE
CÉCILE , à Placide, en riant.
Je parlais de vous.
PLACIDE
Que de remerciemenls ne vous dois-je pas pour me faire connaître ainsi à madame de Folleville , que je vois pour la troisième fois seulement.
MADAME DE FOLLEVILIE, SOuHant.
Grâce à ma nièce , nous voilà d'anciennes connaissances.
PLACIDE
Et j'ai commencé à eu prendre tous les droits, en m'occupant de vos plaisirs , mesdames.
CÉCILE
Comment ?
Vous aurez , ce soir , de la musique , grâce à moi. . . J'ai prié quelques artistes de me rejoindre ici . . . et j'amène aussi des instruments ! . . Des cornets à piston, des ophicléides, des trombonnes... Oh! ce sera.,.
CÉCILE, riant.
A n'y pas tenir, à ce qu'il paraît?
PLACIDE
Vous verrez !
CÉCILE, riant.
Cest-à-dire que nous entendrons!.. Et que trop, peut-être?
PLACIDE
Oh ! madame de Verneuil aime à me contrarier !.. Je ne m'en fâche pas!., mais j'oublie que je me suis chargé d'une commission, une lettre... (Il la tire de sa poche.) de monsieur Arthur de Vérigny.
CÉCILE, reculant.
Ah!
PLACIDE
C'est pour madame de Folleville.
MADAME DE FOLLEVILLE
Donnez, monsieur; je vous remercie. (Pen^ dant qu'elle Ut d'un côté , les autres continuent la conversation.)
PLACIDE
Ma sœur ne tardera pas à venir, mais elle n'a Jamais voulu mouter dans mon briska ; elle prétend que je trouverais le moyen de verser , même avec une voiture inversable.
CiCILE.
Elle a raison ! . . . L'autre jour , ce bon monsieur do Verpy...
PLACIDE , riant.
C'est vrai !.. Il sortait de chez vous avec moi; il était à pied, j'avais mon tilbury. .. «Je- « tez-moi à l'entrée de la Chaussée-d'Antin, me « dit-il, je vais faire une visite, et je serais « bien aise de n'être pas crotté 1... » Je l'ai jeté en effet sur le boulevard, mais, je ne sais comment cela s'est fuit, c'était du huut de mon tilbury.
Ain ; tlii baiser au porteur.
CÉCILE
Voyez pourtant ! Un fiîs de la Victoire Par cent combats aux dangers, aguerri, Pouvait mourir, malgré toute sa gloire,
Tué par votre tilbury !
Il serait mort sous votre tilbury !
PLACIDE
Oh ! non madame En accrochant ma roue ,
J'eus le bonheur de le verser Juste au milieu d'un épais tas de boue. ...
Il ne pouvait pas se blesser.
CÉCILE, riant.
Et lui qui ne voulait pas être crotté!
Au reste, je suis bien aise qu'Aglaénesolt pas
venue avec moi :
faire une surprise
j'ai proûté de cela pour lui J'ai mis sa harpe dans ma
voiture; elle la trouvera en arrivant ici, CÉCILE , souriant.
Je gage qu'elle est cassée,
PLACIDE
Je l'ai placée moi-même.
CÉCILE , riant.
Bon !
MADAME DE FOLLEVILLE, qui rt lu.
Cette lettre m'est bien adressée , en eÉfet , par monsieur Arthur de Vérigny , mais il n'y est question que de toi, ma nièce.
CÉCILE
De moi? (Regardant Placide avec inquié' tude.) Monsieur de Melval, vous arrivez. . . Si vous vouliez prendre quelque chose ?
PLACIDE
Merci , Madame !.. Je n'ai besoin de rien .
CÉCILE
Vous reposer du moins?
PLACIDE
Pour deux lieues faites en voiture, je ne peux pas être fatigué.
CÉCILE , à part.
C'est juste ! Je veux qu'il s'en aille il
restera ! (Haut.) Ah! vous devriez apporter ici la harpe d'Aglaé.
PLACIDE, allant vers la sonnette.
Si Madame le permet, je vais sonner un domestique.
CÉCILE, vivement.
Y pensez-vous?.. Après l'avoir placée vous même dans la voiture, risquer qu'il lui arrive quelque chose, faute d'y veiller.
PLACIDE
Ah ! vous avez raison , Madame ! . . . J'y vais moi-même. (Il fait quelques pas.) CÉCILE, à elle-même.
Enfin !
PLACIDE , revenant.
Si cependant
CÉCILE
Oh ! . . . mais allez donc , Monsieur 1 . . ,
»LAClDE.
Oui, oui ; . . . mais je roviens le plus vite possible. (Il sort.)