SCÈNE XVÎI
<^ AGi.A£, riant.
Oh !.. . mais laissez-moi donc garder mon sérieux.
PLAcinn.
C'est comme je vous le dis !.. . M. de Véri— gny est le meilleur parti de notre connaissance ; et c'est à moi seul. . .
AGLAÉ , gaiement.
Vous ne voulez pas que j'aie le plaisir de penser qu'il m'épouse un peu pour moi !
Ah ! . . . si vous n'aviez pas eu de frère !
ASLAÉ.
Eh bien?
PLACIDE
Pauvre enfant ! . . .
AGLAÉ , étonnée .
Hein?...
PLACIDE, à part.
C'est singulier comme elle est tranquille !
AGLAÉ
Ah ça , que vouliez vous me dire de si sérieux?. . . A votre air, j'ai cru que vous alliez encore me faire de la morale, comme cela vous arrive quelquefois, et vous savez qu'alors je n'y comprends rien ni vous non plus.
PLACIDE
Ah ! ce serait le cas ou jamais de faire de la morale ! Ce monde, chère Aglaé, est une étrange chose.
AGLAÉ, riant.
Là ! vous ne pouvez toucher à rien sans le briser! pas même à un vers d'un grand poète! Vons y mettez une syllabe de trop.
PLACIDE
Qu'importe ? Il ne s'agit pas de poésie , mais.. .
AGLAÉ
De morale?. ..Tenez, mon frère, laissez là l'une et l'autre. J'ai peur que vous n'ayez fait quelque maladresse, et c'est maintenant moi qui veux parler sérieusement ! Comment monsieur de Vérigny vous a-t-il demandé ma main?
PLACIDE, d'un ton mystérieux.
Il m'a tout dit :
AGLAÉ, étonnée.
Tout?...
PLACIDE, de même.
Je sais que vous n'avez aucun tort. . . que lui seul les a tous !
AGLAÉ , de même.
Comment?
PLACIDE, de même,
Qu'en compromettant votre réputation, votre avenir.. ,
AGLAÉ, de même.
Lui?... Mais qui l'avait porté à avoir ces torts-là envers moi ?
PLACIDE, d'un air important.
Nous autres hommes , ma chère Aglaé, nous avons des idées , des habitudes qu'il n'est pas
permis aux femmes de connaître Eh ! mon
Dieu oui !.. . C'est mal, sans doute , c'est trèsmal!... Mais nous regardons comme des bagatelles, comme des folies , ce qui est très-grave
pour vous. . . ce qui décide souvent du bonheur' de toute la vie pour une femme. . .
AOLAÉ , qui l'examine d'un air stupéfait. C'est absolument comme si vous faisiez de la morale , mon frère î . . . Je ne comprends pas un mot de tout ce que vous dites. (Elle s'est levée. J
PLACIDE
Pardon, ma sœur, pardon ! . . . C'est alors aux parents , au frère surtout d'une jeune personne , à contraindre celui qui l'a compromise. . . AGLAÉ, vivement.
Que dites-vous? Contraindre ?. . .
PLACIDE
Oui , quand il hésite. . . Mais ici ce n'est pas le cas; après une explication où, je dois le dire, sa loyauté a égalé son courage, je n'ai eu qu'à consentir à un mariage qui vous met à l'abri des propos du monde ! . . . Je n'ai pas eu besoin de vous consulter : vous ne pouviez épouser que monsieur de Vérigny.
AGLAÉ, stupéfaite.
Bah!...
PLACIDE
Malgré la... la légèreté de sa conduite en cette occasion , c'est l'homme le plus e4imable que je connaisse; riche d'ailleurs, spirituel. . . . Puis, enfin, ce mariage était nécessaire!... La délicatesse, l'honneur, la promesse que je m'étais faite à moi-même de veiller sur vous, d'assurer votre bonheur... J^es raisons que vous savez. . . Voilà ma chère Aglaé. . . .
AGLAÉ, riant.
Voilà... voilà pourquoi votre fille est muette !
Ah ! . . . Rire encore quand je vous parle do vos plus chers intérêts ! . . .
AGLAÉ
Mais si je vous répète que je ne vous comprends pas?
PLACIDE
C'est moi qui ne comprends pas voire obstination. Eh bien! ma sœur , voici qui vous donnera l'explication que vous sembloz attendre '.., Tenez, Aglaé, rei)renez cette bague. (Il lui remet l'anneau d'argent.)
AGLAÉ
Celte bague. . . entre vos mains ?. . .
PLACIDE, avec importance.
Je la tiens de monsieur de Vérigny.
AGLKi-., stupéfaite.
De monsieur de Vérigny?
PLACIDE
Vous comprenez A présent, et vous voyez qu'il sérail inutile de prolonger celle conversation. Je vais chercher voire fiancé, qui est retourné à son auberge dans le village, et, après avoir trmt fait pour votre bonheur , je m'adresserai à vous pour que vous contribuiez au mien , pour que vous serviez mes espérances auprès de madame de Vcrneuil.
AGLAÉ
Permettez, mon frère, permettez..,
pLACinr.
Pas un mol de plus, Aglaé !... Vous voyez que je sais tout, et vons devez vous souvenir.
^ ÀGLAÉ.
Mais
PLACtDK.
Attendez-nous : je reviens dans peu d'instants avec monsieur de Vérigny.