SCENE IV
MADAME DE FOLLEVILLE, CÉCILE
CÉCILE , souriant.
Grâce â Dieu , il y a le rhapitre des accidenls ! Jespère que ça le retiendra.
MADAME DE FOLLEVILLE
Et pourquoi l'éloigner?. . . Cette lettre aurait pu se lire devant lui .-elle ne contient rien de secret ! . . . Cependant, avant do lire, dis-moi donc comruent il se fait que tu veuilles vendre ton château de Verneuil ?
CÉCILE, avec quelque embarras.
J'y suis décidée.
MADAME DE FOLLEVILLE
C'est singulier!. . Ce joli château dont le parc te plaisait tant?
CÉCILE
Je ne veux pas y retourner, et si je trouve à le vendre, je m'en déferai tout de suite.
MADAME DE FOLLEVILLE
C'est à merveille,... car monsieur de Vérigny veut l'acheter.
CÉCILE
Lui? .
MADAME DE FOLLEVILLE
Lui-même ! Écoute : {Elle lit.) « Madame, « Permettez-moi de m'autoriser du voisinage « pour demander la faveur de me présenter « chez vous. Madame de Verneuil veut vendre « la terre qu'elle possède en Normandie , et « je désire en faire l'acquisition. Elle est ab- « sente de Paris, et, si j'attendais son retour, « un autre pourrait obtenir ce château que je « veux avoir à tout prix. Veuillez donc me « permettre de m'entondre avec vous : mon « intention étant d'ailleurs d'accepter toutes « les conditions de la vente. J'attends « dres à l'auberge du village. Je « Madame, de croire, etc. »
AETHDE DE VÉRIGNV.
CÉCILE, qui a paru fort agitée pendant la
lecture.
(A part.) Ce château à lui? ... jamais!
MADAME DE FOLLEVILLE
Eh bien ?
CÉCILE
Répondez , ma tante. (Elle la fait asseoir, lui met à lamain le papier et la plume.) C'est moi qui vais dicter.
MADAME DE FOLLEVILLE
C'est assez juste ; cela te regarde.
cf;ciLE , dictant vivement, u Monsieur, ma nièce no veut plus vendre sa « terre , e( moi je ne peux pas vous recevoir « chez moi. >> Signez, ma tante.
MADAMi; DE lOLLEvu-LK , ctonnée.
Es-ttrfolie, Cécile?. . . ïoi qui voulais la vendre tout (le suite?. . .
CÉCILE
J'ai changé d'idée.
L'.^NNEAU D'ARGENT.
<iS MADAME DE FOLLEVILLE.
Oh ! Cela n'est pas possible.
CÉCILE
Eh bien , ma tante , je ne veux pas vendre ma terre à monsieur de Vérigny, et je ne veux pas qu'il vienne ici.
MADAME DE FOLLEVILLE
Mais écrire ainsi à un homme comme lui, si distingué , que le monde recherche , que les hommes estiment , que les femmes se disputent?. ..
CÉCILE
Un fat !
MADAME DE FOLLEVILLE
Que tu accueillais si bien l'hiver dernier! CÉCILE, avec amertume.
Moi ?. . . Je le recevais parce qu'il était reçu partout ; parce que tout le monde l'invitait ! . . . Le monde est si indulgent ! . . . lia une tolérance si méprisable pour certains torts .' . . . Je suis toujours révoltée quand j'entends appeler cette criminelle indulgence de la douceur ,
de la bonté, du savoir-vivre ! Je trouve,
moi, qu'il vaudrait mieux mille fois rester seule, que de se contraindre en recevant des gens qu'on n'estime pas, qu'on ne peut pas estimer.
MADAME DE FOLLEVILLE
(Elle l'a écoutée assise, en l'examinant avec ctonnement.) Que s'est-il passé , ma chère enfant?. . . C'est grave , à ce qu'il paraît?. . . Toi , si calme et si bonne d'ordinaire, tu dis aujourd'hui du mal de tout le monde en général, et tu es en colère contre monsieur de Vérigny en particulier ! Tout cela n'est pas naturel , et il me faut une confidence complète
CÉCILE, s'efforcant de rire.
Vous me faites rire, ma tante, avec vos confidences!... Je dis... sans y mettre d'importance... que le monde est trop indulgent, monsieur de Vérigny trop fat, et monsieur Placide trop maladroit. {En ce moment un domestique apporte une harpe où il ne reste que trois cordes). Voyez plutôt dans quel état arrive la harpe de cette chère Aglaé ! . . . Ce sera commode pour faire delà musique ! . . . Trois cordes ! . .. {Elle va à la table . plie le papier que sa tante a écrit, et y met l'adresse.) Daniel, portez ceci à monsieur de Vérigny, à l'entrée du village.