‹ L'anneau de GygèsChapitre 10 sur 18 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

RAYMOND {dans te fond), ALBErtT, EUGENIE. ALBER.T (bas à Eugénie).

Feigoons de ne pas l'apercevoir.

EUGÉNIE (de même).

Quoi, vous voulez....

ALBERT (de même].

Sans cela je suis perdu.... (Art«<)Oui, mademoiselle, je suis enchanté de trouver l'occasion de vous témoigner mon admiration pour les vastes connaissances de monsieur votre père.

RAYMO?iD (à pan).

Mes vastes coanaissances.... le charmant garçon!

EUGÉNIE

Je ne suis guère en état de vous répondre sur ce sujet; car mon père lui-même trouve les miennes bien bornées.

RAYMOND

Hum! petite ignorante!

EUGÉNIE

Air : j'en guette un petit de mon âge.~

« Instruis-toi, me dit-il sans cesse j

» Une femme doit aujouid'liui

» Réunir talens et sagesse ,

)) Pourfixer lechoixd'un mari.»

A ce bonheur je ne puis donc prétendre;

Hélas! je ne sais rien encor ... .

ALBERT

Pour vin savant vous seriez un trésor ; n aurait tout à vous apprendre.

RAYMOND

Eh! mais, c'est une espèce de déclaration. ALBERT.

Est-ce que les sciences n'ont aucun attrait pour vous , belle Eugénie; et un épouxqui partagerait le goût de monsieur Raymond, ne serait-il pas du vôtre ?

EUGÉr^lE.

Si je me marie, j'ai bon espoir que mon époux ne sera pas «n savant.

ALBERT (b:^s).

Vous m'enchantez.

RAYMOjND (à part).

Elle me désespère.

EUGÉNIE

Je veux être aimée sanspartnge de celui à qui Je donnerai mon cœur, et je ne pourrais soufTcir que le penchant qu'il aurait pour les sciences me privât d'une partie d'un bien que je désire tout entier.

ALBERT

Ce n'est point un partage : les sciences occupent l'esprit ; mais l'amour reste toujours maître du cœur.

EUGÉME.

On dit cependant que l'ajnourest incompatible avecrélude.

ALBERT

Détrompez-vous, Eugénie; l'étude éloigne quelquefois de l'objet de sa tendresse celui qu'enflamme le noble désir d'acquérir des connaissances ; mais le poëte, le philosophe, le

savant se livrent avec plus d'ardeurà leurs recherches, quand ils savent que leurs succès leur mériteront un éloge de la îjeauté. Oui , c'est dans l'amour qu'ils trouvent le stimulant le plus vif de leurs travaux et leur plus douce récompense. RAYMOND (â part.) Bien parlé.... Voilà le gendre qu'il me faudrait.

EUGÉNIE

Vous faites de l'union des sciences et de l'amour un tableau si flatteur, qu'il change toutes mes idées.

RAYMOND ( à pan ).

Est-ce qu'elle serait disposée à l'aimer ? ALBERT.

Air du trio du Calife.

I Dissipez mon inquiétude ,

Cliarnia nte Eugénie, en ce jour ; Croyez bien que ma seule étude Serait de \ivre pour Tamour.

RAYMOND ( h part ).

llss'aiment, fortune imj revue!

Ah! cachons-nous bien à leur vue.

EUGÉNIE

0 Ciel !

ALBERT

Qu'avez-vous ?

EUGÉNIE

Malgré moi , Je tremble u'espoir et d'effro'.

RAYMOND (àpart).-

Monient heureux , surprise extrême j

Ils n'osent dire : je vous aime ;

Mais auprès d'eux , déjà mon cœur

Se réjouit de leur bonheur.

Enîemcle. ( ALBERT, EUGÉNIE.

Moment heureux, ô trouble extrême !

Je n'ose dire : je vous aime ;

Mon ) , ^,> o . , ,

c 5 pereestla: noire bonheur

Son J ^

Pourra-t-il attendrir son cœur.

ALBEKT.

Al'espoir du sort le plus doux, Permeltezqiieje m'abandonne

EUGÉNIE

Ail î je dépens de mon père.

RAYMOND (très-h.iuL).

Aimez-vous, C'eStun pcre qui vous rordonne.

(7/ tourne le chatcii de sa bague et se met entre eux) j

Jîe voici!

ALBERT (jouant l'étonnement).

Dieu! quevois-je!

EUGÉNIE (même jeu).

Eh! quoi!

C'est vous , mon père ! •

RAYMOND

Eh ! oui, c'est inox

f RAYMOND.

I Je ris de leur surprise cxlrême. \ Vous pouvez dire : je vous aime , H Le pl.'iisir iiiit Lattre raon cœur; I Oui , je feraiivotre bonheur.

Ensemble. \ ALBERT et EUGÉNIE . ^

Moment heureux , surprise extrême !

Je puis prononcer: je vous aime

:, > père l'ap'prouve et son cœur Oon y ^'

Veut assurer notre bonheur.

ALBERT

Quoi! monsieur, vous daigneriez. ..

RAYMOND

Oui, mesenfans^ vous serez unis... Je n'avais qu'un désir, c'était de donner mon Eugénie à un savant... Vous l'êles, et vous couvenex à ma fille; nous vous arrêtons au passage.

EDGÉNIE.

Mais, mou père, où élicz-vous donc, pour entendre ce que nous avons dit?

RAYMOND

A les côtés. (àJlbcrt.)Cda l'étonné, (à Eugénie.) Vois-tu cet anneau ? Eli bien, pour me rendre invisible à tous les yeu» il suffit de cela, liens... (// fait le mouvement.)

EUGÉNIE

Ah! mon Dieu!

Page 1