ACTE II. — SCÈNE IV
Brünnhilde, aux sons du motif de la Walkyrie (146) bondit furieuse au milieu du cercle formé par les hommes, arrache la lance des mains de Siegfried et pose sur l’arme sa propre main afin de prêter ellemême serment. Ce n’est point par simple commodité, ni pour remplir une formule musicale que Brünnhilde fait entendre son serment exactement sur les mêmes notes‘(dans la mesure où les paroles le permettent) (pie nous venons d’entendre dans la bouche de Siegfried : il y avait là une nécessité interne, s’agissant d’indiquer par là que les deux serments sont également justifiés et que tous deux jurent avec la même conviction de leur inattaquable bon droit (sans parler de l’effet vraiment saisissant que doit faire sur l’assistance ce double serment où chacun jure le contraire de l'autre sur les mêmes notes). Pour renforcer les deux serments, le motif de la perte < 17b) s'y joint, tandis que la quinte diminuée, si caractéristique de Hagen, intervient parfois triomphalement, au mépris de l’harmonie de l’ensemble. Et vraiment, l’émoi est général î Qu importe que le motif 147, réclamant son droit, essaye en vain de se faire jour parmi les masses sonores ? Siegfried traite de « bavardage féminin » la juste indignation de Brünnhilde ; et tandis qu'il s’approche un peu de C.unther, il exprime son regret que le Tarnhelm ne l’ait sans doute pas suffisamment dissimulé (motif de Loge 149 et motif du charme du Tarnhelm, B 23). « Rancœur de femme — pause bientôt », pense le héros, redevenu joyeux. A vrai dire, le motif de l’anneau (139) aux altos lui signifie que cette rancune féminine est plus profonde ; mais, insouciant, il invite les
LE CRÉPUSCULE DES DIEUX
hommes à reprendre leur gaîté. « Palais et bois — gai sans mesure — vont me voir aujourd'hui . » — Joyeusement, comme pour narguer les iristcsscs de la scène précédente, Siegfried mêle sa voix aux appels de noce des hommes (motif 177) et à ses mots : « Qui d'amour se charme », les bois, les cors et les violons font entendre en fragments le motif du renoncement à l’amour (R 42), le motif aux sons duquel, dans l'Or du Rhin , Alberich apprend que l’anneau — et avec lui la puissance qu'il confère — appartiendra à celui-la seul qui renoncera à l’amour (voir nos explications dans notre analyse de l’Or du Rhin). Avec une joie bruyante — les motifs 177 et 178 essayent de donnera la scène une sorte de couleur nuptiale — les hommes et les femmes suivent, dans la maison, Siegfried qui enlace Gutrune. — Mais derrière eux résonne, aux sons du cor, le motif de la malédiction (158).