SCÈNE III
con ordre, le Tarnlielm , tissu métallique qui possède la faculté de rendre invisible, ou même défaire prendre une autre forme ; il voudrait bien le détourner à son prolit. Alberich, qui veut réduire son frère parla force, lui fait lâcher le tissu, ramasse le heaume et met son charme à l’épreuve. Ce motif (23), par sa modulation
dans un ton éloigné (23 a) représente le charme, c’està-dire la métamorphose en une forme étrangère, tandis que le retour à l'harmonie' initiale représente le retour à la forme originelle. Essentielle est la parenté de ce motif avec celui de la corvée (7), pour désigner l’emploi que son possesseur actuel fait du Tarnhelm. — « Nuit et brume — nul aspect ! », dit la formule magique d’Alberich, et Mime, effrayé, ne voyant à la place de celui-ci qu’une colonne de nuées, gémit sous les invisibles coups de fouet de son perfide frère. Les coups de fouet de l'orchestre, sous la forme du motif de la corvée dont la première note se réduit jusqu a
l’or DU RHIN’
n’ètrc plus qu’une appogiature liée au motif de la forge, accompagnent les paroles moqueuses d’Alberich et les sévices qu’il exerce contre son frère, ainsi que la menace d’Alberich à ses sujets : « Ho ho ! Ifoho ! — Niblungen tous—seul maître est Alberich! » Wotan et Loge qui se sont entre temps approchés aperçoivent Mime gémissant, écrasé par la douleur et qui, après n’avoir voulu d’abord rien avoir à faire avec ces étrangers, confiant ensuite en leur pitié, leur dit la cause de sa douleur et exhale sa rage impuissante contre Alberich, tandis que dominent le motif de la forge et le motif de la corvée sous la forme que lui donne l’exemple 22 (et aussi en renversement). Un motif (24), appliqué spécialement à Mime (voir également Siegfried) et qu’on doit désigner sous le nom de « motif de la réflexion » — et, le plus souvent, de la réflexion va j nc — apparaît pour la première fois au début du récit de Mime sous les mots : w Qui m aidera ? » , Wagner y emploie d'une façon fort originale 1 intervalle de quinte diminuée (<— 1 u ! ) :
Wotan et Loge voient bien qu’il ne sera pas facile de se saisir du gnome ; seule la ruse (motif de Loge) peut les conduire au but. Mais ce bref entretien est interrompu par un trait ascendant, d une décisive énergie, qui nous présage leur succès. C est ce que trahit aussi un éclat de rire des deux compagnons, si bien que Mime, frappé, regarde les dieux et demande avec méfiance : « Avec vos demandes, — qu'est donc votre race ? »