‹ L'anneau du Nibelung de Richard WagnerChapitre 20 sur 124 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

L’accompagnement de l'orchestre, soutenant cette phrase d’une harmonie de cor anglais et de bassons, accompagnée de pizzicati des cordes, éclaire le meme soupçon. Ils ont à peine assuré Mime de leurs bons desseins à son endroit que déjà les motifs de la forge et de la corvée, unis aux coups de fouet déjà mentionnés, annoncent Alberich qui paraît, chassant devant lui les travailleurs de Nibelheim. En baisant l'anneau tandis que dans un mouvement un peu élargi et pianissimo le motif de l’anneau retentit au cor anglais, à la clarinette et à la trompette, d’un geste de commandement et avec des paroles d’autorité, il contraint leur paresse à l’obéissance immédiate. Aux contrebasses, tubas et trombones, le motif de la corvée fait entendre sa pressante menace.

Alberich, après avoir abordé rudement les étrangers, se laisse prendre aux paroles d’admiration et d’hypocrite flatterie de Loge, dont les paroles sont accompagnées des petits traits chromatiques qui caractérisent ses discours insinuants; il se vante de sa puissance, de son anneau, de son heaume. Loge fait mine de ne pouvoir croire aux charmes du heaume et invite Alberich à lui montrer son art; celui-ci met le heaume, prononce la formule, et à sa place vient se dérouler un énorme serpent. Le motif qui fait allusion à la naissance du gigantesque reptile est celui qui, plus tard, dans Siegfried , désignera Fafner métamorphosé en dragon : c’est, aux tubas, basse et contrebasse, une figure qui — avec de petites variations — reproduit admirablement les sinuosités et le redressement du monstre :

l’or du riiix

Les dieux, feignant i’effroi, complimentent Alberich ; mais, dit Loge avec ruse : « Mais si lu t'en/les — peux-tu te faire — petit et mince? — C'est Là pour moi le vrai — moyen de fuir le danger : — Mais l'œuvre passe ton art. »

Pour montrer aux dieux qu’il peut également remplir ce vœu, Alberich se change en crapaud. Un coup de main... et le sot nain est pris. Ils enlèvent le heaume au crapaud et Alberich est bientôt ligotté. Le motif de Loge lui dit, en raillant, que la ruse a eu raison de lui. WotanetLoge le traînent, enchaîné, avec eux, en remontant, par la sortie de la crevasse, vers le monde d’en haut. Les coups de marteau des Nibelungen ^deviennent de plus en plus faibles ; de nouveau la scène disparaît derrière des vapeurs de soufre (motif de Loge) qui, s’éclairant peu à peu, laissent voir le décor du burg divin, encore caché et qui, comme à la fin de la scène u, est encore voilé d’une lumière blême. Aux sons du motif de la corvée, Wotan et Loge ont ramené leur prisonnier à la lumière du jour.

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