PROLOGUE DE LA TRILOGIE
Le prélude de l’Or du Rhin csl un chef-d’œuvre sous tous les rapports, car l’artiste est parvenu à y atteindre l'idéal que se propose l’art : la victoire de l'esprit sur la matière. Il n’y a plus ici d’hommes ni d’instruments, de sons aigus ou graves, faibles ou forts, mais une mystérieuse activité et le règne de forces élémentaires ; et c’est en retenant notre souffle que nous écoutons la première note du prélude.
L’état originaire du repos, une éternité dont le cours échappe pour nous à toute mesure, s’illustre par le mi bémol des contrebasses, doublé à l’octave, qui, du commencement à la fin du prélude, se fait entendre sans aucune interruption, comme lé fondement de l’être et du devenir. La note que
4. Les chiffres marginaux désignent les pages du livret, traduction française d’Alfred Ernst. (Schott frères, Mayence, Paris.)
r ran ■ mi
12 l'or du riiin
le basson y ajoute à* la cinquième mesure (la quinte juste si bémol) est choisie avec une entente raffinée des particularités de leur accord : car elle ne nous trouble pas, mais renforce seulement en nous le sentiment de l'attente de ce qui va se produire. Cet accord mystérieux dure pendant seize mesures... Alors un mouvement se dessine dans les profondeurs :
Cor '—'
Les forces jusqu’alors sommeillantes tendent à l’activité, et la croissance de cette force se manifeste par la séquence mélodique qui germe du son fondamental. L’atome suit l'atome — la note suit la note ; un centre de forces s’est formé. La base harmonique d’un développement mélodique étant trouvée, après trentedeux mesures, vient s’ajouter à l’élément jusqu'alors purement harmonique l’élément mélodique du « devenir », emprunté à la matière de l’état originaire :