‹ L'anneau du Nibelung de Richard WagnerChapitre 54 sur 124 · ACTE III. — SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III. — SCÈNE I

tendre comme issii du motif 59 : ce qui était alors dans le devenir est maintenant accompli en partie ; au devenir s’oppose déjà la destruction. Au reste, la forme même du motif 59 montre déjà dans son contour cette ligne ascendante et descendante, qui prend ici plus d expression. Ici la détresse des dieux est déjà devenue le destin des dieux.

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Ce motif accompagne une grande partie du récit que fait ensuite Brünnhilde, pour illustrer les paroles de la Walkyrie qui, portant Sieglinde devant elle sur sa selle, accourt hors d’haleine au milieu de ses sœurs. Les Walkyries apprennent avec stupeur la désobéissance de Brünnhilde contre Wotanet elles se refusent à lui porter secours. En vain Brünnhilde demande un cheval pour Sieglinde qui, maintenant, souhaite surtout la mort. « Plonge ton glaive en mon cœur ! » supplie Sieglinde. Mais Brünnhilde rend à Sieglinde toute son énergie par ces mots : « Vis , pauvre femme, — l'amour l'ordonne ! — Sauve le gage — que de lui tu reçus ; — un Wdlsung vit dans ton sein ! » A la supplication pressante et angoissée de Sieglinde, demandant protection pour elle et pour son enfant, les Walkyries répondent en l'avertissant de fuir au plus vite; Brünnhilde lui conseille de se diriger vers l’Est, pour éviter plus sûrement Wotan, car c’est à l’Est, au fond

LA WALKYR1E

de la foret, que réside Fafner, sous la forme d’un dra¬

gon (motif du dragon).

Wotan a des raisons de fuir ce lieu : « Pars sur V heure, —vers l'Est hâte-

<>7 (H 25 ) Motif du dragon

Tuba O.Bassf*'

toi! y) Ces mots de la Walkyrie et les suivants sont une iidèle image musicale de l’agitation intérieure qui les fait jaillir. Divisée rien qu’en courts fragments, interrompue par maints silences, chacune de ces petites phrases détachées commence sur une note élevée et s’abaisse ensuite comme si le souffle manquait à Brünnhilde. Néanmoins il y a dans chacun de ces courts fragments mélodiques une chaleur extraordinaire, une tendre et aimante compassion ; l’orchestre remplit les petits silences par des motifs d’orchestre hâtifs et détachés. Peu à peu, le discours se calme et gagne en iorce; l’accompagnement prend aussi de la cohésion et, sous les trémolos en croches des flûtes, hautbois et clarinettes, le chant nous fait entendre, accompagné à l’unisson par les cors, le plus beau a sa manière des motifs héroïques du drame entier, le motif de Siegfried (68). Là-dessus, Brünnhilde tire de son vêtement les fragments du glaive de victoire, quelle a recueillis sur le lieu du combat; elle les donne à Sieglinde en lui recommandant de les bien garder pour son fils qui, un jour, doit brandir le glaive reforgé : « l)e moi [qu'il] reçoive son nom ; — « Siegfried » Joyeux et 1 ainqueur! » Le motif du glaive vient alors, dans un puissant crescendo , annoncer le salut. Au comble de la joie, Sieglinde commence son remerciement par le mol if de la toute-puissance de l’Amour (69), qui revient

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