SCÈNE
Trois filles du Rhin : Woglinde (soprano», WelUjunde (soprano) et Flosshilde (alto) entourent la pointe rocheuse qui, du fond* crevassé du Rhin, s’élève au milieu de la scène et sur laquelle repose l’Or du Rhin
l’or DU RHIN
(Rheingold), trésor doué d’une force magique et dont la garde leur est confiée. Doux et mélodieux comme le jeu des vagues, nous entendons le chant de Woglinde :
- a i l fi.
ËE
^ un
/ : fin,' Y. 1
\Vp i a ! YVag’a î Vogue ma va gue, vogue et (e verse! Wa ga la v» e i a
rr
\va .h
i.la.wei.a.h
wei . a!
Ce chant attire la seconde sœur, Well-
gunde; toutes deux cherchent en riant à s’attraper et plongent en se jouant gaiement. Flosshilde, apercevant le jeu de ses sœurs, avertit leur étourderie : « C'est mal garder — l'or endormi; — sur son repos , — veillez de plus près , — ou maints regrets vous viendront *. » MaisFlosshilde, à son tour, entre dans le jeu ; comme des poissons, elles vont de roc en roc, si bien qu’elles ne remarquent point, avant d’entendre sa voix, le spectateur inattendu qui, entre temps, est sorti de l’ombre du gouffre et les considère d’un œil lubrique. Aux paroles A*Alberich (baryton), le maître des esprits souterrains 1 2 , elles se séparent avec des cris. Alberich, être anguleux
1. Les citations du texte sont faites d’après la traduction d’Al¬
fred Ernst, en usage sur les scènes de langue française: (Note du trad.) à
2. Des Albes noirs (mot en relation .avec le mot alp) ou Alfes (Elfes), c’est-à-dire des esprits qui travaillent dans les ténèbres souterraines (en opposition avec les Albes de la lumière). Lorsque, par la suite, Alberich est désigné comme Nibelung, ce terme se rapporte à la demeure de ces esprits : l’empire d’Alberich s’appelait, selon la légende, Nifelheim ou Nibelheim , c’est-à-dire, domaine des nuages ; et les Nibelungen (ou Niblungen , fils des nuages) sont les habitants de ce lieu.
el laid, excellemment figuré par des dessins musicaux appropriés, entre en scène, caractérisé de la sorte
motif exposé alternativement par les bassons et les clarinettes-basses. L intervalle de demi-ton ici la seconde inférieure — est, dans le cours ultérieur du développement, appliqué comme appogiaturc de seconde supérieure dans un molit lié à 1 activité cl au caractère d'Alberich et qui devient plus tard le « motif tic la corvée » (c’est-à-dire de l’asservissement).
D’abord, les filles du Rhin s’effrayent ; mais ensuite elles se tranquillisent : « Je ris de ma peur,—le monstre nous aime, » s’écrie Flosshilde, au milieu des rires de scs sœurs. L’entretien qui commence alors entre les filles du Rhin et Alberich a été traité par le compositeur avec une extraordinaire délicatesse. Alberich, en des paroles avides, demande aux sœurs de plonger vers lui; l’une après l’autre, sous le masque de propos flatteurs, elles semblent d’abord céder au désir du nain ; elles l’engagent à grimper de roc en roc — chose difficile à sa maladresse, dans cet élément qui lui est étranger, et sur la pierre glissante — pour s’éloigner ensuite en se moquant. Lorsque Flosshilde, elle aussi, dont il avait en dernier lieu recherché les faveurs, s’enfuit en le raillant, il pousse un cri sauvage et douloureux : Hélas! Ilélas! auquel, par une allusion à la puissance d’Alberich, se joint le « motif de la corvée » (qui consiste proprement en quatre motifs de la corvée) : \
j/oR DU RHIN