‹ L'anneau du Nibelung de Richard WagnerChapitre 84 sur 124 · ACTE III. — SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III. — SCÈNE III

dormeur : un Ilot de cheveux blonds s'en échappe. « Qu'il est beau » balbutie le jeune homme étonné ; avec des mots d’admiration il écoute le sommeil du dormeur. Il veut détacher la cuirasse, qui semble l’oppresser; c’est en vain. 11 détache prudemment l’armure. Au premier regard, il recule effrayé, aux sons maintes fois répétés du motif du désir d’amour (117 a). « Ce n'est pas un homme ! » Plein de saisissement et d’agitation il fixe la dormeuse; et toujours, le remplissant d’angoisse, retentit le motif de ce désir d’amour, qu’il sent et ne peut expliquer. Dans son touchant désarroi, il appelle sa mère : « Mère! mère! Entends ma voix ». Ici Wagner montre encore sa maîtrise à savoir, dans une scène dont l’ensemble a tant de puissante grandeur, aller amoureusement dans le détail, à se montrer psychologue, musicien et poète avec une si incomparable linesse de sensibilité, jointe à une technique si accomplie. Sur un accompagnement de syncopes aux inquiètes pulsations, le souvenir de sa mère appelle le motil de la détresse des Walsungen (80). Il s’élève de degré en degré, toujours plus animé,

toujours plus haletant : p — cresc. — f cresc.

f — diminuendo — p — violto cresc. < /f ; le tout en quelques secondes. Les valeurs des notes s’abrègent ; les notes initiales des motifs s’élancent toujours de plus loin. Le motif de la détresse des Walsungen s’est de nouveau transformé inconsciemment, comme par une nécessité intérieure à peine perceptible à l’auditeur, en motif du désir d’amour, pour retomber ensuite, épuisé, des hauteurs du fortissimo dans l’évanouissement d’un tendre piano ! Notre héros, lui aussi, a suc-

SIEGFRIED

combé aux impressions qui l’assaillent avec tant de violence : il est tombé sur le sein de Brünnhilde.

Mais comment éveiller la jeune femme ? A la pensée que l’œil encore fermé pourrait l’aveugler d’un éclat inconnu, il tremble : « Serais-je un lâche — c'est donc la crainte /«Cependant, le motif 117 a, par une transformation de ses figures en simples triolets, s’est élevé et se perd en un trémolo tandis qu à la bassele motif de la détresse des Wàlsungen prend aussi la forme de triolets. Siegfried s’écrie : « O mère ? mère? — Ton /ils valeureux ! — Paisible , dort une femme — qui va lui apprendre la peur . « Son « Éveille-toi « reste sans effet : alors, il se risque : « Puisons donc la vie — aux /leurs de ses lèvres — quand f en devrais mourir!» Le motif de l’annonce de la mort — d’abord aux bois puis, pendant le baiser de Siegfried, aux trombones pp — lui dit que sur ces lèvres il vient de boire la vie et la mort. De frémissants accords de harpes s’élèvent tandis que Brünnhilde s’éveille : « Gloire à l'astre ! — Gloire au ciel l — Gloire , Flamme du jour ! — D'un long repos — c'est mon réveil ! — Quel est le fort — qui m'éveilla? »

Avec une joie triomphante le motif de Siegfried (88) lui répond, accompagné parles bois, résonnant d’abord aux cors, puis aux trombones. Brünnhilde sait maintenant que son vœu le plus ardent est accompli et, au comble du ravissement, elle s’écrie :

Page 1