ACTE I. — SCÈNE I
Le thème 153.. qui traverse souvent l'entretien, cède maintenant devant les thèmes qui se rapportent aux actes de Siegfried, motifs de l’anneau et de l oi* du Rhin (cf. Prélude) et du dragon (R 25 et S 101), qui, moins importants pour le Crépuscule des dieux ne peuvent être cités ici, en raison des dimensions de ce livre. A la suite de ces motifs sont employés exclusivement le motif de victoire (S 112, mélange du motif du glaive victorieux et de l'appel du corde Siegfried) le motif du glaive victorieux (140) et le motif de la corvée (156) :
ce dernier désigne encore le pouvoir qu’assure à Siegfried, sur les Nibelungen, la possession de l'anneau, mais dans la suite du drame, il sera employé comme motif du malheur, pour désigner les malheurs qui menacent Siegfried. Mécontent et irrité, Guuther va et vient dans la salle : à quoi bon lui avoir donné le désir d'un bien qu’il n’a pas la force de conquérir? Mais Hagen a son plan : « Mais que Siegfried Vamène ici, — lors sera Brünnhilde à toi. » L art persuasif de Hagen et aussi ses railleries sont accompagnés d'une phrase dont voici la forme fondamentale (157). Tous les motifs qui se rapportent àlïagen
6(R 7). Motif de la corvée ou du malheur
ont pour caractère commun de commencer plus ou moins par un intervalle (septième, ou quarte et quintes, souvent diminuées). On ne peut s’empêcher de penser que
LE CRÉPUSCULE DES DIEUX
Wagner a vu concentrée et personnifiée en Hagen et clans tous ses actes une seule action, le meurtre <le Siegfried, et chacun des motifs précédemment cités semble nous montrer la lance du meuiliici s abattant, même lorsque Hagen — comme dans le cas présent n'est point caractérisé d’une façon aussi bru¬
tale que, par exemple, dans le motif 152, son motif essentiellement caractéristique. Gutrune, dans son plan, doit d’abord s’attacher Siegfried ; ensuite, il suftira d’une prière pour obtenir de Siegfried qu’il aille chercher une femme pour le compte de Gunther. « Tu railles, aigre Hagen! — Pour lui quel charme aurais-je? » demande Gutrune. Mais là encore Hagen sait se tirer d’affaire. « Eh! songe au philtre secret... — Tel brave qu'il te plaira — par son pouvoir sera tien. — Vienne donc Siegfried ici. — Qu'il boive le philtre enivrant',— avant toi la femme qu'il vit.... — s'efface, tombe en oubli. » (Motif 161.) Gunther et Gutrune entrent dans le plan de Hagen, mais comment mettre la main sur le héros ? — Or voici que, sur le Rhin, retentit un cor (motif du corde Siegfried, 144) et Hagen, qui va voir dehors, annonce qu'un héros avec son coursier remonte le tleuve en barque. Ce doit être Siegfried, car aucun autre n’aurait la force d’avancer si vite à la rame, contre le courant. Hagen interpelle 1 arrivant : « Hoiho! Héros , qui cherches-tu ? — Le fils puissant de Gibich » répond celui-ci. Hagen l’invile à aborder ici. Mais l’auditeur attentif ne peut méconnaître le salut de Judas de Hagen, car le « Los! Siegfried! — cher vaillant » par lequel il accueille le héros retentit, à l'unisson du trombone, avec le motif de la malédiction