ACTE I. — SCÈNE II
formé d'après le thème du charme du Tarnhelm dans Y Or du R h in.
Un changement sensible se produit aussitôt dans l’attitude de Siegfried : avec une passion vite enflammée — h' motif 100 domine la situation — il parle à Gutrune qui, rougissante et troublée, quitte la salle, suivie par les regards d’admiration de Siegfried. Mais derrière elle résonne, au cor bouché, la malédiction cTAlberich < 158) suivie du motif de Brunnhilde, comme expirant et sous une forme étouffée (145). L’association d'idées qui s'établit entre Gutrune et Siegfried — après que l’effet du breuvage enchanté a modifié ses sentiments, —explique la question soudaine du héros : « iV’ as-lu, Gunlher , de femme? wGunther répond que non, en ajoutant qu’il pense à une femme — le thème de la Walkvrie vient nous dire le nom qu’il ne prononce pas — mais qu’il lui sera difficile d’obtenir. « Qu est-il d'impossible? — Suis-je point là?)) demande Siegfried. Le motif de la joie d’aimer (164) qui, sous ces mots, paraît aux bois, produit une impression saisissante.
La félicité débordante et joyeuse d’un amour profond, que respire ce thème aux sons duquel Siegfried et Brunnhilde sont tombés dans les bras l’un de l'autre, accompagne la trahison de Siegfried : cet impitoyable et tragique destin ne pouvait être caractérisé d'une
LE CREPUSCULE DES DIEUX
façon plus frappante. Gunther raconte alors à Siegfried que la jeune lille qu’il désire repose sur un rocher, entourée de flammes; celui-là seul qui franchira le feu pourra prétendre à Brünnhildc. Comme si une trace de souvenir du passé subsistait dans la mémoire de Siegfried, il répété l’une après l'autre en réfléchissant, mais d’une façon à demi machinale, les phrases de Gunther. Les thèmes de l’incantation du feu (caractérisée par les figures tremblotantes de' Loge) et la voix de l'oiseau des forêts qui naguère l'a conduit vers Brûnnhilde, essayent de réveiller sa mémoire : c'est en vain... Le nom même de Brünnhildc ne fait plus sur lui aucune impression car, au cor bouché, nous entendons le thème 161 : l’effet du breuvage d’oubli. Siegfried lui-même est prêt, ayant pris, grâce au Tarnhclm, les traits de Gunther, à traverser le feu et à conquérir Briinnhilde si Gulrune lui est donnée pour prix de son exploit. Gunther et Siegfried décident, pour affirmerleur alliance, de se jurer la fraternité du sang. La malédiction d’Alberich (168) accompagne les préparatifs du serment et les trombones font retentir le motif du contrat. Le même motif (136) résonne lorsqu’ils posent la main sur la corne où tous deux laissent tomber dans le breuvage un peu de leur sang. Le motif 136 forme la conclusion du serment de fraternité comme il en avait formé l’introduction. Il faut mentionner encore un motif, désigné sous le nom de motif du droit * d’expiation (163) et qui accompagne ces mots i « Qui trahit son serment, — qui forfait à l'ami, — que son sang versé — clair au breuvage —