‹ L'année artistique 1906Chapitre 12 sur 44 · TS MS · texte numérisé non relu

TS MS

travée pleine d'ouvrages d’Isidore Verheyden; à côté d'œuvres achevées, finies, qui montrent le regretté paysagiste dans la complète réalisation d’une vision puissante et alerte, des toiles peu poussées, des annotations, des esquisses plus ou moins amples et qui permettent de juger avec quelle probité admirable, quelle conscience forte et enthousiaste, il entreprenait la traduction des coins de pays où il travaillait avec une ardeur émouvante et exemplaire.

sul LA SCULPTURE

Bien que beaucoup moins nombreux que les peintres, les statuaires invités cette année par M. Octave Maus forment cependant un groupe fort intéressant et qu’on se plaît à étudier avec la même attention, et la même surprise, que celui des manieurs du pinceau. Néanmoins, leur compartiment offre une diversité inférieure; il n’y a pas là le produit de visions ethniques variées, qui nous initieraient à la direction nouvelle de la sculpture moderniste en plusieurs pays. En effet, parmi les huit artistes dont les plâtres etles bronzes se trouvent dans les salles du Musée moderne, sept demeurent à Paris. Une seule, et c’est une compatriote, travaille à Bruxelles. Parmi les autres, il est vrai, un est Allemand, l’autre Bohémien ; mais rien ne différencie de manière bien péremptoire leur tempérament et leur expression de ceux des artistes du pays où ils sont établis et dont ils subissent visiblement l'influence.

Des deux Belges, deux femmes, qui exposent à la Libre Esthétique, M'° Louise Mayer est la plus douée et la plus audacieuse. Le choix de ses interprétations n’est pas toujours des plus heureux; ainsi ses Etudes de mains sont plutôt une composition laborieuse. Rien n’est plus singulier que ce demi-tronc de femme, aux chairs plantureuses, qu’agrippent, que saisissent six ou sept mains attachées à des tronçons de bras dont on ne devine pas très clairement les gestes.

En ces fragments de membres, M'® Louise Mayer a mis le souci d’une recherche scrupuleuse de l’anatomie et de la forme. Pourtant combien est frissonnant de vie le sein

lOOE—

gauche de ce fragment de buste. Nous retrouvons cette vie intense en sa plénitude dans les bustes de bébés : Tite et Tête d'enfant : les moues en sont exquises et jolies et les traits marqués avec aisance. Ces jeunes physionomies respirent véritablement. Plus poussé encore est le Buste d'homme ; le mouvement de la tête est naturel, le métier est pittoresque et la ressemblance se devine fidèle.

Quant au Buste de vieillard, c’est un morceau supérieur encore, où les qualités d'observation de M1 Mayer deviennent de la psychologie.

L'art de M'e Yvonne Serruys est naturaliste ; cette Flamande de Menin est devenue, dans l’atmosphère parisienne, une Française aimant, par instinct, la jolie nervosité des formes... Elle rend ces formes, parfois anguleuses, avec une grande vérité. Sa Femme à l'éponge est bien vue, bien campée, tout comme la Femme au bas, un autre petit bronze, si simple de mouvement exact, si charmant de signification. Les deux danseuses nues du Passe-main évoluent dans un rythme quiles apparente aux personnages élégants de Victor Rousseau. Non seulement M'° Serruys s’est fait une personnalité presque latine, mais encore parvient-elle às’assimiler les caractères plastiques des maîtres français du xvrri* siècle. Qui, en admirant ce joli groupe, cependant gauche par endroits, intitulé : Le Faune et les Gosses, ne se rappelle cet incomparable J.-Ch. Marin, de la collection de M. Henri Rochefort : Satyre enlevant une Bacchante ?

Me Serruys semble être une sœur esthétique de M. Aristide Maillol; on sait que celui-ci est élève de Bourdelle, lui-même un élève de Rodin. Ne croyez pas cependant que son talent s'apparente à celui de l’auteur d’'Eve et de Saint Jean-Baptiste; autant l’art de celui-ci est pénétrant, étudié, approfondi, fouillé, autant M. Maillol est superficiel et élémentaire. Il a épousé un tout autre principe que son... ancêtre intellectuel, principe qui ne s’accorde aucunement avec l'orientation de la statuaire moderne. Et c’est ce manque de sincérité chez M. Maillol qui nous fait goûter sans enthousiasme les productions voulues de celui qui futle «lion » du dernier Salon d'automne. On se demande à quel titre? Car, bien que recherché, ce que nous montre l’artiste

SR: à LENS

de Marly-le-Roi n’est pas pour communiquer une émotion bien remuante. Donc, M. Maiïllol simplifie, et dans sa simplification il va jusqu'à l’uniformité. Il vise à l’archaïsme, ainsi que le démontre son Masque en terre cuite, qui a l’air d’être quelque reproduction punique, un visage de Tanit, par exemple, béat et plat. Ses deux statuettes en bronze et en céramique ont certaine justesse dans leur attitude compassée, mais sont bien superficielles dans l’analyse de la forme. Ce sont des masses pesantes, boudinées, des visages inexpressifs et fades. Les seins sont en bois et les yeux vagues et perdus. Le « mouillé » de la draperie de la première de ces œuvrettes est plutôt sec.

Les Grecs, et particulièrement les Ioniens et les Doriens du vu° et du vi siècle nous ont laissé des figures masculines nues qui paraissent avoir inspiré M. Aristide Maillol ; mais ces ouvrages anciens sont tout imprégnés de la personnalité encore malhabile, mais volontaire des artistes d'alors; on sent, à les étudier, une difficulté matérielle autant que morale à atteindre, à posséder une beauté plus réelle, plus séduisante. Mais telles qu’elles sont, ces statues raides, austères et hiératiques, nous parlent avec un charme intense puisqu'elles sont les créations sincères et convaincues de ces statuaires évoluants dont les petitsfils allaient anéantir les Perses et édifier le Parthénon. On ne recommence pas cette sculpture, si ce n’est par snobisme ou par parti pris, Car rien n’est, et ne sera jamais pareil à cette atmosphère qui la vit éclore. On ne prétendra pas que l’art de M. Maiïllol soit un art sorti de notre époque fiévreuse et inquiète, qui n’ignore rien de l’origine, des procédés, de la technique des écoles de tous les temps. Si l’on fausse ainsi son tempérament, c’est que l’on n’écoute point en soi, qu’on n’obéit point à cette sensation originale dont parle Taine et qui est l’essence même de toute réalisation. Tout au plus examinerons-nous avec curiosité les figurines en bronze de M. Maillol, qui ont de jolis mouvements, des poses heureuses ; mais quelle lourdeur dans les membres! Certaines chevilles, certains poignets ontl’épaisseur d’un mollet ou d'un avant-bras. Pourquoi tenir si peu compte des proportions? Toutefois, ces travaux ont un style décoratif « monumental »; ils affirment que

ou

M. Maillol a de quoi devenir quelqu'un s’il consent à être lui-même et à ne point aller chercher au loin un terrain qui ne convient pas à la florescence de sa vision.

Combiennousluipréférons l'Allemand Bernard Hoetger, dont le talent tout plein de réminiscences de certains maîtres modernes n’en est pas moins d’une loyauté indiscutable. C’est un amant de la vie plantureuse; son buste en bronze Fécondité est d’une facture puissante et savoureuse, d’une noblesse de symbole imposante; tout y respire la santé de l’esprit et l'abondance du sang généreux. Le Tisserand assis est, par la facture, bien du même sculpteur; les vêtements sont taillés avec ampleur; l’impression en est toutefois moins personnelle, tout comme celle que dégagent deux autres petits bronzes pittoresques et typiques : Le Haleur et Charbonnier et Coltineur; ils rappellent Meunier, sans posséder la gravité du maître disparu, ni son coup d’ébauchoir large et nerveux. C’est surtout le masque au nez obtus, au front déprimé des héros du chantre du travail qu’on retrouve chez les personnages de M. Hoetger. La vision de celui-ci est encore indéfinie; victime lui aussi de souvenirs trop absorbants, il ne sait dépouiller complètement ses interprétations d’influences d'autrefois ; la tête de son Torse de femme a des traits communs à la famille antique. Une autre figurine en bronze, dépourvue de tête et de bras droit, pourrait être le produit d’une fouille sur l’'Acropole... On croirait se trouver devant un fragment du n° siècle avant l’ère chrétienne, tant il y à là une liberté de métier facile et tant la patine du métal est ragoûtante...

Ce sont là des choses réussies, si pas voulues ; elles nous remémorent une historiette absolument authentique dont la même salle de l’Ancienne Cour fut le théâtre au début de cet hiver. Un cercle y organisait son exposition annuelle, et, à la veille de l’ouverture, un des membres, jeune sculpteur indécis, apporte une énorme femme de plâtre, aux tendances archaïques. On la monte devant les camarades qui en discutent les mérites etles défauts. Chose curieuse, le jeune statuaire tombe d’accord avec eux pour reconnaître que le bras gauche est mal attaché à l’épaule et compromet l’effet de tout le torse opulent. En un tour de

Joueurs de cartes en Campine

DEXONXE

ALEXAXNDI

jen EL ge

FRANZ VAX HOLDER : Etude de profil

Page 1