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feuillage déchiqueté d’un arbre ont une transparence bleutée. Mais il n’y a pas de plans dans ce tableau, car le lac, par exemple, qui brille dans la distance, a plus de vigueur que les objets que nous pouvons toucher du doigt. Que viennent faire aussi ces contours indigo aux mains et le ridicule trait de bleu de Prusse qui prétend donner le sentiment de la paupière baissée? C’est une liberté qu’on s’empresse de laisser pour compte à cet artiste extravagant. De l’air règne dans les cadres de M. Thomas-William Marshal; on dirait que l’impressionnisme, en traversant la Manche, s’est réfréné, s’est adouci, a rentré ses griffes. Le luminisme de ce jeune Anglais n’a rien de barbare; il est même plutôt gris, tendre et doucereux. Tout ici est en placidité, sinon en correction; la palette a des bleus fort délicats et dans la vue de Villefranche, prise de la Petite- Corniche, il y a des qualités d'exécution qui font songer à la fois à Cézanne et à Coppieters, mort prématurément, comme on sait, il y a trois ou quatre années. Citons aussi le Reflet, un coin du même port de Villefranche, d’une transparence de tons fort légère. M. Georges Barnolf se rattache à M. Marshal par la finesse de sa vision; ilinterprète Paris avec un pittoresque un peu fondu, un peu ténu, mais avec un charme intime; l'ambiance est exacte, et bien que trop gris d'habitude, trop effacés, ses sites sont d’une vérité incontestable. L'Etude de neige est parmi les meilleures toiles de cet artiste.
Au bord de la mer, M"° Dannenberg nous présente une femme géante et nue, assise dans le sable à côté d’une autre femme debout, qui n’a que sa chemise. On peut s'étonner qu’en ces lieux rendus avec chaleur, le spectacle de ces chairs communes, veules et flasques, n’ait point attiré une foule énorme. Ce qui nous permet de supposer qu’en ce pays maritime le peuple aime exclusivement les belles formes élégantes. Quelques beaux fruits appétissants ont tenté le pinceau habile de M'° Bertha Zuricher. Des essais gauches, informes et inexistants portent la signature mystérieuse de M. Jean Puy. Des qualités de coloriste se découvrent en M. Henri Matisse; mais ses toiles sont faites avec une rapidité mécanique. Le métier de M. Edward Diriks est laborieux; mais ses paysages
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marins ont de la grandeur et parfois de l'émotion. Ses Nuages en mer ont la gravité imposante d'un paysage antarctique.
Après avoir signalé encore l’envoi, assez faible, de M'e Paulette Deman, nous nous occuperons des artistes dont la vision est plus sereine, plus saine et aussi plus impressionnante, si pas tant impressionniste. C’est tout d’abord l’Allemand M. Félix Borchard, un des exposants les plus personnels de la Libre Esthétique ; il a du style et de la simplicité, de la puissance dans la ligne et de la fraîcheur dans le ton. Les À mies sont une toile tout imprégnée d’un charme moral, avec sa figure ombrée au second plan, à la façon de Fantin-Latour. Le grand tableau : Un Jour d'été, est une note joyeuse, claire et rutilante. Rien de plus juste dans sa légèreté que le visage d’une des deux femmes, comme vêtue à la mode du siècle dernier, où le parasol blanc projette une ombre transparente; le vert de l’écharpe est d’une suavité presque immatérielle. Le métier est sobre et savant, sans rien de lourd, car la brosse reste alerte et sûre. C’est une sûreté de métier plus maîtresse encore qui distingue M. Auguste Oleffe; celui-ci prend définitivement place parmi les beaux peintres de notre pays; nous avons déjà eu le plaisir de parler souvent de la richesse singulière de sa palette et du sentiment exquis de son âme; cette fois il nous montre trois toiles qui marquent une nouvelle étape dans sa carrière si pleine d'avenir. Ce sont toujours les tons saphirés et nacrés qu’on aime en ses ouvrages; mais le métier en devient plus nerveux, plus verveux aussi et plus solide dans sa délicieuse rutilance. En ses intérieurs, l’air circule et les choses vibrent sous sa caresse invisible. Est-il un autre peintre chez nous qui sache interpréter avec tant d’enchantement et de vérité subtile les objets et les fleurs qui ornent le meuble d’acajou dans sa Dame en gris? Et quelle finesse somptueuse dans les mauves et les gris de la tapisserie sur laquelle se découpe la silhouette sympathique et vécue de la figure féminine assise devant une table surchargée de suaves faïences bleues! Dans Avant le festin, dansle Déjeuner, il y a les mêmes qualités d'observation et de couleur; un accord parfait règne entre les choses inertes et les
choses animées et une atmosphère vibrante les drape et les harmonise.
On devine aisément que M. Louis Thévenet, en ses exquis intérieurs, s'inspire des principes de son jeune maître; mais il parvient à donner à ses interprétations un caractère bien original. Ces deux derniers artistes appartiennent au « Labeur »; c’est à ce cercle qu'avait exposé jusqu’à présent le Hollandais M. W. Paerels. On est heureux de le retrouver à la Libre Esthétique, avec une demi-douzaine de tableaux sortis d’une vision égale, adorant les gris, les tonalités amorties; il y a pourtant dans la nature, si enveloppée qu’elle puisse paraître, des accents qui soulignent certains plans. Neige est une belle page, sincère et sentie, d’un aspect decoratif élevé. Un tout jeune débutant, M. Jean Le Mayeur, donne des promesses énormes en des toiles éclatantes, où le soleil règne impérieusement et réchauffe; voir, à ce propos, À la Ferme rose et le frissonnant Coin de verger. À côté de ces ouvrages, ceux de M. Richard Heintz, bien que très influencés par Emile Claus, paraissent déjà traditionnels; néanmoins, ils sont d’une poésie calme et attirante.
Dans la petite salle, on a rassemblé les dessins; ceux, discrètement rehaussés, de M. René Gevers sont d’une exécution raffinée et d’une séduction un peu mystérieuse dans leurs aspects vespéraux. Les portraits de M. Eugène Dopchie sont fouillés avec un souci de psychologie pénétrante; c’est moins effarant que les productions de M. François Beaucke, mais c’est plus savant. Ses coins de la ville de Gand sont d’un pittoresque parfois méticuleux, mais si sincèrement saisi. L'envoi de M'e Laure Albenitz est énorme; une quarantaine de dessins et d’aquarelles, où la toute jeune fille du compositeur espagnol — elle a à peine quinze ans — fait preuve d’une dextérité et d’une verve absolument inconcevables. Ces « Pages d’album » révèlent encore peu de personnalité; il y a là une influence multiple, où l’on devine Zuloaga, Toulouse-Lautrec et d’autres... Mais Me Albenitz excelle extraordinairement à typer avec un modernisme parfois... rosse les personnages dont la silhouette, la pose ou les traits conquièrent son attention. Il y a, àla Libre Esthétique, toute une