ENCRES
sculptures sont rares au quatorzième Salon du Pour l'Art; et il faut savoir gré au gouvernement de ne pas avoir compris également les peintres dans la même distribution de commandes productives, car l’actuelle exposition aurait irrémédiablement souffert de leur abstention. Et voilà comment ni Victor Rousseau, ni Pierre Braecke ne nous montrent aucun ouvrage. Or, c’est un simple bijoutier qui a assumé la tâche vaillante de suppléer à cette défection involontaire et de la palier le mieux possible. Il y a réussi; pourtant, tout préoccupé de ce devoir, il ne lui a pas été possible de se consacrer à ses travaux favoris; et c’est la raison pour laquelle nous chercherons en vain, aujourd’hui, ces merveilleux joyaux qui font de Philippe Wolfers, leur auteur heureux etinventif, le plus merveilleux, le plus somptueux de nos néo-Renaïissants... Et il faut avouer qu’il eût été vain de vouloir chercher à remédier aussi à sa désertion à lui, en ce domaine qui lui est propre. Cela ne veut pas dire que Philippe Wolfers ne soit qu’un joaillier. Oh! que non. Il a vraiment le sens de la sculpture, la compréhension de la forme, la perception de la plasticité. Mais de par ses goûts raffinés et luxueux, il fait songer à ces artistes grecs de bas empire qui alliaient les matériaux les plus précieux et relevaient la matière du bronze, de l'argent, de l’or et de l’ivoire en y enchâssant des perles et des pierreries ét y répandaient l'éclat des émaux. Combien les splendeurs de la première Byzance doivent alimenter la nostalgie de Philippe Wolfers! C’est ce que nous pensions en admirant sa Maieficia, buste de jeune femme taillé dans le porphyre rouge et qui semble, en sa chair mate, ferme et attirante, comme une divinité orientale, une Astarte phénicienne, par exemple, dangereuse aux hommes, mais si pleine de séduction et de mystérieux enchantement... Des serpents enlacés font une vivante coiffure à ce visage, dont le calme singulier s’accorde si bien avec la forme pure et idéale des seins sous lesquels le battement du cœur paraît s’alentir... Quel contraste, en notre songerie, cette tête ceinte de reptiles ivoirins mordant des gemmes ne fait-elle pas à l’horrifiante Méduse, casquée aussi de vipères, qu’on conserve aux Offices, et qui, attribuée à Léonard de Vinci, serait en
vérité l’œuvre d’un des nôtres, un peintre flamand dû xvre siècle... On sait avec quelle nervosité précise Philippe Wolfers modèle ou taille des corps de femmes; il semble vouloir exprimer toute la grâce subtile de leur beauté. Qui n’a pas admiré l’harmonieuse théorie du Cycle des Heures, vu naguère en plâtre et exécuté cette fois en marbre? Elles sont douze, en des attitudes qui expriment clairement, pittoresquement, leur rôle fugitif dans l’éternelle histoire d’un jour. Et l’on se plaît, après avoir observé la gradation jusqu'à la Nuit, de retourner vers cette image miendormie de l'heure initiale; on reprend poétiquement les mailles de la chaîne frissonnante que ces figurines nouent en unissant leurs poses, en mariant leurs mouvements, en prolongeant celui de la figure qui les précède et en annonçant déjà le geste de celle qui les suit... Dans un surtout de table en argent, chacune des deux anses est constituée par un groupe de deux femmes adossées et comme alanguies. Mais pourquoi les bouts de cette jolie production mineure nous montrent-ils des pleureuses, assurément bien drapées etimpressionnantes, mais d’une expression peu en rapport avec l’atmosphère régnant autour de la table qu’elle doit orner ? À moins que ce surtout ne soit réservé uniquement à des repas de funérailles ou à des «enterrements » de vies de garçons... Dans son lutrin en bronze, dont la tablette est supportée par un hiératique échassier de bronze, Philippe Wolfers donne la mesure de ses dons de décorateur, chercheur et habile.
C’est de lui encore que sont les parures précieuses et discrètes qui enjolivent une exquise statuette en ivoire d’Isidore De Rudder : Pandore. Combien est simple et harmonieux le geste de la divinité qui tient dans sa main droite la boîte au fond de laquelle est restée l’Espérance. Nouveau Vulcain..… chryséléphantin, De Rudder a ouvré cette image de la première femme avec un plaisir visible. La pose est calme et reposée; la figurine s'appuie sur le pied gauche, le genou droit est plié en avant, dans une attitude tranquille et sûre. L’épouse que dédaigna Prométhée semble nue, tant la délicate draperie mouillée qui l'enveloppe est légère et transparente. Les formes de cette femme sont savoureuses et fermes dans leur puissance
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