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FRANÇOIS BEAUCK : L'Effroi (Dessin)
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délicate : c’est une Pandore flamande dont la chair blanche est comme animée sous le ciseau d’un artiste qui sait donner de la grandeur à des œuvres si minuscules.
On dirait vraiment que les statuaires de Pour l'Art se sont entendus pour ne présenter cette année-ci que des morceaux aimables et peu transcendants. Ainsi, Henri Boncquet nous montre deux compositions allégoriques de la plus charmante fantaisie, d’une grâce, dirions-nous, dixhuitième siècle. Boucher aurait aimé cette plastique délicate et dodue. Ces appliques sont probablement destinées à soutenir des poutres ou des retombées d’arcades. Parmi un attirail bucolique : crotales, flûte de Pan raisins, masque de faune, ou parmi un attirail industriel : engrenage, enclume, feuilles de chêne, trois amours se groupent, en des attitudes observées et vivantes ; les formes grassouillettes donnent à ces œuvres un vif éclat de santé, qui s'accorde, d’ailleurs, admirablement avec le rôle de ces figurines unies, lesquelles constituent, à vrai dire, des chapiteaux. Qu'ils soient vus de face, de côté ou de dos,ces amours sont, làchons le mot, d’une espièglerie ravissante et rieuse. Les deux ouvrages de Jean-Baptiste Sprimont sont encore malhabiles; il y a dans cette sculpture un mauque de santé et de vérité dont ce nouveau venu pourra se dépouiller en piochant avec courage et en regardant la nature avec plus d’attention raisonnée. Son groupe en plâtre : Jeunes Gens, est plein de réminiscence et manque, par conséquent, de personnalité; la musculature des deux corps nus ne tient pas, ne fonctionne pas; les membres ne donnent point l'illusion d’être attachés au corps et leur jeu en paraît faussé. Pourant le jeune artiste sait observer et sait mettre du sentiment dans son travail; ainsi, le geste de l'éphèbe inférieur qui unit ses mains est d’un naturel qui dégage un charme presque poétique. Cette partie du groupe à de la couleur et, dans l’ombre que lui fait le buste de l’autre figure, la forme des bras se fait extrêmement gracieuse et aisée. Il y a aussi de l’exactitude dans la statuette de femme, également en plâtre, qui est placée à l’entrée du Salon; mais ce qu’il faudrait recommander à Jean-Baptiste Sprimont, c’est de fouiller davantage sa facture et de la baser sur une analyse plus compréhensive, plus serrée de la vie humaine.
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Le « bas de fenêtre » qu’expose Hector Thys nous fait regretter la... retraite obstinée de ce magicien des carreaux translucides. Noblesse oblige et, pour être au niveau réel de sa valeur, le signataire detant de « vitres » fameuses devrait nous montrer des ouvrages plus considérables et plus complets que le petit vitrail assurément coloré et original, mais insuffisant tout de même, qui le représente au Pour l'Art. Ce sont des tournesols dont les corolles de vermeil, encerclant des cœurs de bronze, se dressent sur des pédoncules d’or aux feuilles d’émeraude qui se dessinent sur un fond d’indigo irradiant. Les tons chantent et se marient; mais on est en droit de réclamer à ce probe et puissant artisan d’art plus qu’un simple bouquet d’hélianthes, que celles-ci soient nouées en gerbes avec la plus exquise légèreté.
Pour finir ce second et dernier article, signalons l’envoi de Léon Sneyers, le jeune architecte auquel on doit le pavillon congolais de la défunte Exposition de Liége; il a rassemblé, à la cimaise, les dessins corrects et sûrs de trois monuments funéraires : ceux de Franz Wüllner et de Hayer, à Cologne ; celui de Poils, à Bruxelles. Chose assurément curieuse, on découvre dans la vision de Léon Sneyers l’influence de deux maîtres auxquels est due notre florissante renaissance architecturale. On ne peut nier qu’il y à quelque chose de la ligne de Victor Horta dans les soubassements de la seconde œuvre, tout comme on songe à Paul Hankar quand on regarde la troisième composition. Cette double influence est peu sensible, mais existe; et le meilleur éloge à adresser à Léon Sneyers, c’estde constater qu’il s’est inspiré avec une extrême délicatesse, avec une intelligente pondération, de l'exemple de ces deux novateurs. En effet, bien que l’on y trouve des réminiscences subtiles, le talent du bâtisseur est expressif et personnel. Il est parvenu à manier avec distinction les courbes et les droites dans la conception de monuments qui, par leur caractère de sobriété, sont des choses vraiment neuves. Mais où Léon Sneyers a-t-il mis ses idées en créant la singulière pendule, debout dans la première salle? Lui, que la réflexion etla raison animent cependant sans cesse, il nous offre un cadran carré! C’est profondément choquant.
Il est des choses qu’il ne faut point essayer de modifier, car leur forme immuable est basée sur une logique éternelle. Quelqu'un s’aviserait-il de représenter un soleil avec des angles ou de fabriquer des tonneaux cubiques?... Léon Sneyers a commis là une erreur de goût et d'équilibre. On le lui pardonne volontiers, car aux gens de talent il faut accorder pleine indulgence. Ce sentiment, nous l’exprimons avec d'autant plus de plaisir, que nous considérons ce quatorzième Salon du vaillant et transcendant cercle Pour l'Art comme un de ceux qui prouvent péremptoirement combien notre art est toujours vivace et combien les jeunes viennent prendre dignement, à chaque combat nouveau, place à côté de leurs aînés.
L'EXPOSITION o o PAUL RENOUARD
Lundi 29 janvier.
On sait que le gouvernement a décidé de commémorer la célébration du soixante-quinzième anniversaire de notre Indépendance par un album illustré qui reproduira, par le crayon de nos artistes les plus habiles, les mille aspects des fêtes jubilaires. La direction de ce vaste travail avait été confiée à M. Paul Renouard, qui s’est chargé de l’exéeution d'une importante partie des planches. M. Renouard est Français; et l’on n’ignore pas que le choix fait de lui par le ministère de l’intérieur et de l'instruction publique avait été accueilli dans nos milieux esthétiques par une surprise assez vive. Le talent de l’artiste étranger est cependant remarquable, et tous ceux qui s'étaient un peu formalisés, par pur chauvinisme d’ailleurs, de la faveur qu’on lui avait accordée, verront tomber leur prévention, après avoir visité l'exposition du Cercle artistique et littéraire. M. Renouard a réuni à la cimaise de la petite salle les originaux de ses dessins; et la première impression qui se dégage de cet ensemble vraiment magistral, c’est l’accent de sincérité dont chacun des croquis est empreint.
M. Paul Renouard est non seulement un probe dessinateur, mais un psychologue profond. Son trait gras et savoureux se plaît à définir les formes et à en marquer le détail. Ce n’est pas un métier facile et léger, rendant l’à-peu-près des êtres et des choses; chez lui, hommes et objets ont leurs silhouettes exactes, bien définies, bien arrêtées, tranchant avec précision sur leur milieu, se découpant avec intensité sur leur atmosphère ambiante. On constate ce principe non seulement dans ses cartons poussés et fouillés, mais dans ses simples annotations, notamment dans cette série de pages si prestes, si spirituelles, prises dans les pavillons exotiques de l'Exposition de Liége. Exa-
minez ces bouts de papier : ils parlent avec autant d’éloquence que des compositions difficiles et achevées; la facture en est aisée et volontaire, mais basée sur une stricte réalité, sur un pittoresque naturel; aucun coup de crayon qui n’y ait sa signification, aucune hachure qui n’ait sa raison d’être. Point de surabondance de détails, car un croquis sobre parle davantage qu’un croquis surchargé, où le travail trop méticuleux alourdit la signification du sujet. Ces qualités étaient l’essentiel apanage de Jean Gigoux; en les faisant siennes, M. Paul Renouard se rattache à ce maître prestigieux qui illustra si spirituellement, si incomparablement, le Gil Blas de Le Sage. L'observation de M. Paul Renouard est d’une pénétrante compréhension; il ne campe pas uniquement ses personnages tels qu'ils sont, tels qu’on les voit d'ordinaire. Mais, avec une verve délicate, il rendra aussi leurs travers, en accusant leurs mouvements coutumiers, en soulignant si finement ce qui dans leur allure est particulier et personnel. Avec ce système, un autre tomberait dans la charge, dans la caricature. L'artiste français, lui, se contente de conquérir ainsi le caractère. Est-il rien de plus juste, de plus amusant, de plus vécu, que l’Ouverture du Concours de tir de la garde civique, où sont réunis, en des poses variées, opposant des tailles longues à des tailles courtes, des corps maigres à des corps replets, des uniformes pleins à des uniformes làâches, les officiers supérieurs formant l'état-major de la milice citoyenne? Il y a là dedans et de la bonhomie et de la perspicacité. C’est aussi ce qu'on retrouve dans les portraits, si prestement enlevés, de beaucoup de personnalités industrielles et politiques du pays; non seulement ils sont ressemblants, mais presque familiers, dans la belle acception du terme. Les effigies de M. Ernest Solvay, de M. de Trooz, sont parmi les meilleures de cette série. Cependant, la figure que M. Paul Renouard réussit le mieux est celle du Roi. Il l’a représenté en beaucoup de circonstances ; que ce soit en des dessins complets, en des esquisses hâtives et enlevées, le souverain se montre dans la vérité singulière de ses attitudes habituelles. La majesté de la haute stature, la marche un peu lente et penchée, le masque sympathique où, dans la