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quelque chose de magique dans la facture, si aisée, si conforme à l'idéal même du peintre; son Temps houleux, son Clair de lune à Nieuport, sont des œuvres complètes. Le Jour de fête fait penser à Türner, que Marcette n’a cependant jamais vu; dans ce morceau, le pavoisement joyeux des barques enveloppées en une ambiance estompée se prolonge dans le ciel houleux qui semble boire toute la tendre et ravissante polychromie de ces bâtiments effacés.

Moins coloriste dans la vraie acception du terme, moins irradiant, Baseleer est tout aussi prestigieux, tout aussi large et emporté qu'Alexandre Marcette. S'il a moins de finesse, moins de délicatesse dans les tons changeants de ses horizons embrumés ou lumineux, s’il à moins d'âme aussi, il met peut-être en ses réalisations maritimes une vie matérielle plus ardente, plus intense, une sorte de panthéisme fougueux qui remplit les océans et les estuaires de la violence joyeuse ou dramatique du mariage de Poséidon et d'Amphitrite.. Il en résulte des effets plus décoratifs et plus véhéments, tendance accentuée encore par le métier de l’artiste, souvent appuyé, alourdi par l'emploi de la gouache, qui rend trop matériels les éléments, ainsi qu’il appert surtout de la Jetée. Ce qui nous attire le plus dans l'envoi de Baseleer, c’est le Matin, d’où se dégage un charme simple, sobre et captivant.Entre le dernier peintre et Emile Hoeterickx, le contraste est extrême. Celui-ci hante le littoral, mais se contente d’y copier les scènes aimables de la vie des plages, sans oser gagner le large. Cela manque de grandeur et de mouvement et, à force de vouloir envelopper ses figures, le peintre les place dans un brouillard qui rend difficile leur respiration. Regardez à ce propos le Retour des pêcheurs d'Islande, à Dunkerque, et le Soir d'été; on respire mieux dans la Marée basse, un joli groupement de mioches sur la grève ensoleillée.

Il y a aussi certaine grandeur dans la Marine d'Henri Stacquet, le bel et vaillant aquarelliste dont la perte récente est si sensible pour notre école; l’accord des gris de l’eau, des nuages, des quais constitue une tendre symphonie à laquelle participent les gens qui marchent dans la rafale. Nous aimons aussi les intérieurs du maître regretté, ces intérieurs hollandais peints sur des papiers

rugueux et où, au moyen de larges touches de couleurs épaisses et feutrées, l’ancien directeur de la Société des Aquarellistes parvenait à mettre ce joli sentiment des choses qui distingue tous les ouvrages de sa seconde manière. La vaste Mer houleuse de Hans van Bartels est une œuvre non réussie. Il y a certes un mouvement plein d’éloquence et de force dans les vagues monstrueuses qui déferlent au-dessus de l’estacade, mais la monochromie du tableau est aussi désagréable qu’inexacte. Car le ciel, la mer,les premiers plans et les horizons, tout est traité dans une tonalité blanche et grise qui supprime tout relief et tout jeu des éléments. Assurément, la nature, même si à certaines heures elle paraît uniforme de couleur, montre dans cette uniformité mille nuances dont un œil délicat sait tirer le merveilleux parti qui nourrit les ouvrages définitifs et émus.

Un autre mariniste étranger, le Français André Suréda, est d’un réalisme pittoresque, dont la froideur de sentiment est corrigée souvent par la nervosité du dessin, surtout lorsqu'il campe ses types de marins. Le poisson que tient en main un de ses Pêcheurs de raies bretons est un morceau superbe et truculent. Tout à côté, le ciel emporté, bien qu'un peu floconneux, sans doute, du Clair de lune de M. Hans Herrmann, nous séduit par sa sincérité. Les eaux aussi attirent M. Alexandre Benois, non pas les eaux de la mer, ni des fleuves et des rivières, mais les eaux des bassins qui sont comme les miroirs des parcs désolés. Il peint les bassins de Versailles, avec les statues et les groupes de bronze qui ornent leurs bords et les ifs taillés qui les encadrent. Malheureusement, s’il établit avec assurance ces sites pittoresques, il n’en évoque pas l’âme et ne parvient pas à nous communiquer la mélancolie délicieuse et l’abandon navrant de ces parterres liquides autour desquels M'° de la Vallière fut la première à promener sa taille élégante.

Délaissons un instant les physionomies de la nature, pour examiner les physionomies de l'humanité. Et tout de suite arrêtons-nous devant l’Adolescent à la casquette de Jacob Smits. Cette effigie est d’un matérialisme magnifique qui s’allie avec la vérité morale perçant à travers les

A.-F.-J. DUQUESXE : Chaumière ensoleillée à Vieux-Reng (Nord)

LÉANDRE GRANDMOULIN : Appréhension (Buste marbre)

yeux grands ouverts de ce jeune garçon robuste. Les chairs ont cette santé rayonnante que l’artiste campinois sait si bien rendre; l’œuvre, avec ses fonds solides et enténébrés, avec les ombres du visage puissantes et veloutées, avec ses clairs chauds et fermes, est toute remplie des qualités supérieures de ce coloriste de tout premier ordre dont les œuvres portent tellement l’empreinte qu’il n’est poiut nécessaire qu'il les signe. Charles-W. Bartlett est loin d'atteindre à cette merveilleuse compréhension de la vie physique et psychologique. Ce maître anglais, qui a créé tant de choses splendides et émouvantes, accuse une décadence incompréhensible et regrettable. Ses trois cadres font penser à des images gentilles, à des vignettes agrandries, ravissantes, mais sans caractère, séduisantes mais dépourvues de profondeur. La couleur elle-même, qui autrefois était vive, forte, savoureuse, est devenue fade et sans accent. En somme, ce n'est que dans l’Etude de vieille Bretonne, tête fouillée et vivante, qu’on retrouve encore la trace des qualités de cet artiste qui nous captiva si souvent jadis par le naturisme pénétrant de sa vision pittoresque et novatrice.

Il est d’autres figuristes remarquables à la quaranteseptième exposition des aquarellistes, M. Gaston La Touche, notamment, toujours fidèle à sa vision chaude et bistrée, attendrie et enveloppée à l'extrême. Dans son Souvevir de Bretagne, il a dessiné autour de la sainte table une triple théorie de fillettes à coiffure blanche, qui attendent la communion. Elles sont placées à contre-jour d’une fenêtre gothique, où, au milieu du vitrail doré par la vive lumière du dehors, des anges translucides embarrassent leurs ailes dans les étroits espaces des meneaux flamboyants. Il règne en cette composition un sentiment de tendre ferveur, de silence et de recueillement.Nous aimons moins le Portrait d’un graveur, exécuté avec la même ampleur et la même gravité attentive, mais qui manque d’accent physique. Tout à côté, Par les champs, de M. Ludwig Dettmann, paraît bien pâle, bien superficiel, d'une observation creuse des personnages et d’un entendement vague de la nature. C’est comme du très mauvais Laermans décoloré... Cela n’existe plus du tout lorsqu'on

s’approche du magnifique morceau que M. Frank Brangwya intitule : Un puits turc. Quelle chaleur joyeuse, quelle puissance équilibrée, quelle rutilance magique! On dirait d’une gageure, car peu de peintres modernes sont capables d'établir un accord si splendide parmi des colorations suprêmement solides et vives. Pourtant, il y a un grand défaut dans cette œuvre : préoccupé avant tout de la vérité de la couleur et de l’éclat, le maître britannique subordonne cette observation à l'observation de l’ambiance, ce qui produit une confusion dans le groupement des personnages, si naturellement saisis. Mais l’ensemble fait songer à une fanfare entendue d’un peu loin ou à l’amalgame chantant des vieux tapis orientaux.

M. Alexandre Robinson s’apparente à M. Brangwyn, bien qu’il n’ait pas la légèreté de sa touche, la pureté de sa palette et la nervosité de son contour. Il est plus pesant, plus opaque, puisqu'il a adopté un métier décoratif où il s'applique à peindre par plans étendus, au moyen de couleurs gouachées souvent sèches et arrêtées. Néanmoins, la mise en page est constamment pittoresque, ainsi que le prouvent une fois de plus les Petites mères hollandaises, un morceau d’une exécution énergique. Quelle terrible et absolue antithèse ces cadres opposent à ceux de M. George Battini, un Italien qui veut être plus Parisien que... Lutèce elle-même... Il rassemble dans des bars élégants, ou soi-disant tels, des femmes et des hommes qui paraissent sans vie; tous ces personnages, assurément curieusement croqués, à la manière de Capiello et de Sem, mais sans l'esprit ni la science, sont de véritables mannequins, aux membres déjetés,aux formes grêles,et dont les visages ont une apparence plus que maladive. C'est drôle, mais ce n’est nullement de l’art. Nous aimons mieux la vision sainement naturiste de M. Evariste Carpentier, qui allie à la robustesse flamande de son observation une légèreté d'interprétation presque wallonne. Son Dimanche, joliment présenté, et où sont réunis deux époux dans une chaumine remplie de quiétude,est charmeur d’atmosphère et joli de coloration.

L’art de M. Alfred East a parfois un parfum ancien; ainsi, sa Fête à Venise, avenante fantaisie, rappelle par

l'espèce de poudroiement de sa lumière dorée certains effets de Claude Gelée. C’est plutôt une évocation, car les personnages sont ceux d’une fantasmagorie, et les arbres sont sans consistance. Fort différent est le paysage du Yorkshire : Kwaresborough Castle, qui a des accents bien anglais, bien modernes; et il est en tous points bâti dans une matière tangible. Sans rival dans son domaine, M. Amédée Lynen nous séduit derechef par deux de ces compositions spirituelles dans lesquelles il parvient à mettre toute la joie simple de vivre, toute la liberté d'ailures de la race flamande. Nul autre aussi intelligemment que lui ne sait évoquer avec une si fine et si délicieusement ironique vérité les bonnes mœurs franches d'autrefois en des scènes reconstituées qui nous amusent, nous intéressent comme des scènes vécues, observées, tant elles sont pleines de devination, tant elles sont le reflet du véritable caractère de l'artiste lui-même. Regardez sans vous lasser la Halte d’une compagnie de hallebardiers, d’une composition si naturelle et si variée, et les Boutiques, devant lesquelles on aimerait aussi de muser, de concert avec les citadins de la calme ville d'autrefois, qui marchent dans les rues, dont le bruit de leurs bottes rompt le silence.

Les peintres qui pratiquent les vues de villes et les intérieurs sont légion aux aquarellistes. Il y a tout d’abord leur doyen, M. François Stroobant, le seul fondateur vivant de la société, et qui, malgré son grand âge, a gardé une ardeur au travail juvénile. Sa fécondité est vraiment remarquable et il continue à reproduire des sites anciens avec un sens d’archéologue doublé d’un don d’observation pittoresque. Son Cloiître à l'aube, de l’abbaye de Villers, est une grande page intéressante où se trouvent réunies les qualités coutumières du vénérable maître. M. Louis Titz est plus spirituel et plus aimable que M. Stroobant: il se dépouille maintenant de la sécheresse qui autrefois rendait anguleux tous les éléments de ses jolies annotations. L’impression de ses œuvres y gagne, car la facture devenue souple anime davantage les choses. Quels progrès accomplis depuis ses tout derniers ouvrages, Coin de la ville de Dixmude etle Nieuwe Werk, notamment. Comparez à ces aquarelles l’Entrée du Marché aux Poissons

à Ypres, si curieuse d'éclairage, et lès Vieilles maisons à Ypres, pour vous assurer de l’évolution de cet artiste cour'ageux.

Le talent de M. Alfred Delaunoiïis est inégalé; rarement un homme a allié en sa personnalité tant de pénétration à tant d’émoi. Un seul maître a su, avant lui, imprégner d’une vie si profonde des temples religieux; c’est de Bosboom que nous voulons parler. L’Intérieur de l’église Saint-Pierre à Louvain, que le chantre du « pays monastique » montre, est une œuvre de beauté supérieure. Un recueillement saisissant règne sous les voûtes de la nef; à l’air doré qui estompe les piliers et qu’éclairent les vitraux lointains, se mêle un parfum d’encens; et il semble qu’on entende le murmure des prières et les échos des orgues. Car l’art de M. Delaunois est tellement vécu, tellement senti, que ses traductions plastiques en deviennent subjugantes. La couleur est grave et somptueuse et les objets ont une physionomie, comme ont une physionomie les hommes. Moins sobre, moins psychologique, M. Walter Gay a quelque chose de plus piquant, de plus gracieux : son aquarelle : Les Dessins, est une des meilleures œuvres de l'exposition. Elle nous fait pénétrer au bout d’une galerie de demeure d'autrefois, qu’éclaire une haute croisée à rideaux, et où erre, croit-on, l’âme des gens qui jadis y vivaient. Il y a là une véritable atmosphère rétrospective; cela est fâné et mélancolique et infiniment délicieux. Sur la cimaise grise des tableaux se découpent, — cadres de bois, cadres d’or, où la lumière amortie accroche un reflet vif, et qui ornent des croquis et un portrait de seigneur en vêtements de jadis, qui paraît être un survivant de la compagnie aimable dont cette collection faisait le ravissement et la fierté.

Les créations de M. Henry Cassiers sont toujours pimpantes et agréables à regarder; cela n’est pas d’un art bien remarquable, mais cela est gai et ne prétend pas à plus d'impression qu’une jolie estampe, facilement et prestement enlevée. Pourtant, l’habile gouachiste est parvenu à introduire certaine grandeur dans son Dimanche en Zélande, où les arbres aux sanglantes frondaisons automnales accordent leurs colorations chaudes avec les

GEORGINE HEYVAERT : Mère et enfant

Louis Tirz : Coin de la ville de Dixmude (Aquarelle) (Appartient à M. Charles Bulens)

BE. Fe

pierres rosées de la tour gothique proche. Parmi les autres paysagistes, MM. Maurice Hagemans et Victor Uytterschaut ont envoyé quelques bonnes aquarelles : celui-ei les Quatre Saisons, dont nous aimons surtout L'hiver; celuilà un grand Souvenir de Hollande, qui est aussi une sorte de souvenir de Verwée, avec ses vaches enfoncées dans les herbes d’un pacage immense. M. Paul Hermanus a de claires esquisses de Capri et M. Paul Thémon un petit Hiver rustique, dont le calme est plein d’attirance. Les deux morceaux : Un ciel sur la bruyère et Dans les champs (automne), de M. Robert B. Nisbet, ont une sobriété de tons qui se marie intensément avec le style imposant, le caractère simple du paysage.

Il y a naturellement des peintres de fleurs au Musée Moderne; dans ce compartiment, la palme revient à deux femmes : la comtesse Constance de Hohenwart-Münch et Me Ketty Gilsoul-Hoppe. La première est représentée par un bouquet de Chrysanthèmes, d’un amoncellement gracieux, de nuances chaudes et claires et dont les pétales enlevées du bout d’une brosse onctueuse sont vraiment d’ane essence immatérielle. C’est peut-être ce qui manque un peu à la belle page intitulée : Sint-Annebloemen, de Me Gilsoul. Les corolles rouges et blanches rassemblées en plein air, à quelque distance des calmes maisonnettes d’un béguinage west-flamand, sont moins légèrement touchées ; mais l’œuvre en elle-même est plus artiste dans la vraie signification du terme. D'ailleurs, le tempérament puissant et solide, la vision colorée et intelligente de l’excellente paintress sont tout entiers dans son Intérieur flamand, une des meilleures productions que nous ayons admirées de cette femme de talent.

AU CERCLE ARTISTIQUE 0 0 0 o DEUX PEINTRES DE LA MÉTROPOLE

Samedi 15 décembre.

Les artistes anversois, animés d’un désir d’annexion, semblent s’être promis de conquérir Bruxelles; estimant que la métropole n’offre pas une diversité de salles assez suffisante pour y organiser leurs expositions partielles, ils ont décidé d'élargir le cadre de leur fièvre exhibitionniste en mettant à contribution la capitale. La semaine dernière c'était le mariniste scaldéen Gérard Jacobs qui occupait la Galerie royale; maintenant, ce sont les œuvres de M. Edgard Farasijn et de feu Léon Abry qui attirent les amateurs dans les deux petits halls du Cercle artistique et littéraire. Léon Abry était un peintre militaire consciencieux mais sans flamme; il mêlait à la posséssion du dessin certain sens adroit de la composition, du mouvement collectif de ses modèles en uniformes, du groupement des masses et des individus. Pourtant, il n’était nullement coloriste et s’il avait eu un véritable œil de peintre, il n'aurait pas usé de ces tons crus, toujours trop violents, qui sont inhérents à toutes sesinterprétations soldatesques. Ses troupes en campagne,en manœuvres ont une apparence de fraîcheur qui fait penser à une sortie toute récente de la caserne. Les tuniques, les culottes sont propres: les galons, les passepoils, les passementeries sont neufs, les armes clinquantes; les bottes luisent et les joues rosissent…

Qui a assisté à des opérations quelconques, qui à vu évoluer, pratiquer la petite guerre pendant une seule journée certains régiments, peut affirmer que cette manière de comprendre la peinture militaire est archifausse. Les bataillons, les escadrons, les batteries, après quelques heures d'action, ont adopté un vêtement gris égal. Les uniformes, les armes, les bagages, les figures et les

mains, tout cela confond ses tonalités avec la poussière des chemins ou la boue des chaussées. Et le peintre de génie,un Guillaume-Pierre-Urbain Regamey, par exemple, en notant les mille nuances physiques et morales de ces éléments confondus, atteindra à l'émotion profonde et au pittoresque vécu. Léon Abry a fait d’aimables images, ou plutôt des illustrations coloriées. Une des plus jolies est une œuvre de jeunesse : Le portrait de Leurs Altesses, datant de 1882. Ce sont, d’ailleurs, les anciennes choses où le défunt artiste à mis de la personnalité. Aïnsi, la toile intitulée : Portraits de l'avocat et de M"° de M..., exécutée en 1887, a un métier et une lumière certainement puisés à l'exemple de James Ensor. La poésie qui trouvait place dans le cœur généreux de ce grand garçon sympathique qu'était Léon Abry, il l’a mise dans des morceaux qui n’ont rien de belliqueux, en ses Trois vues du Gans particulièrement, qui sont fines de facture et charmeuses de sentiment.

Certainement plus artiste, et tout aussi vaillant, est son concitoyen, bien en vie celui-ci, et enthousiaste de son art, M. Edgard Farasijn.Ce dernier n’est pas attiré parles spectacles militaires; il chante la mer, non pas le large océan et les vastes perspectives des estuaires, mais les plages flamandes rustiques et non encore mondaines, les plages animées par la présence des êtres et des choses qui se rattachent à elles : matelots, ravadeuses de filets, pêcheurs de crevettes, chevaux tirant à marée basse les barques sur le sable. De là un art d'observation convaincue et vraie, qui n’a pas l’âpreté qu'on voudrait, mais qui porte le sceau d’une belle sincérité de traduction, Parfois, le peintre quitte l’estran pour s'arrêter dans les vieux quartiers des ports ; puis il va plus loin, dans les dunes, dans la bruyère, où il nous met en face des paysans qui s’efforcent de labourer des terres revêches en attelant des bœufs à la charrue.

Ce talent est done toujours grave, mélancolique et désolé, puisqu'il se consacre à l'interprétation des aspects sobres et sévères de la nature maritime et rurale. La couleur trop crue, pas assez onctueuse de M. Farasijn, ne permet pas une illusion profonde. Cette couleur est impure

et manque de chaude harmonie. La mise en page de M. Farasijn, voire les nuances de sa palette, rappelle fortement Théodore Verstraete, mais ne prétend naturellement pas à l’égaler. Regardez à ce propos le significatif Gros temps et le Canot de sauvetage, un morceau superbe de mouvement, de nervosité et de sentiment collectifs. Sur la plage, le soir, est d'une intense mélancolie, et la Nuit calme est drapée dans un silence presque religieux. Citons encore la grande toile des Pêécheurs de coquillages, dont l’effet de brouillard est exprimé avec beaucoup de fluidité, et disons la quiétude charmeuse de ce délicieux intérieur, tamisé par la venue du crépuscule, intitulé : Le Repas. Loin de nous plaindre de ce que les artistes de province « accaparent » de temps à autre nos salles d'exposition, nous trouvons là pour le public l’occasion d'étudier avec attention toutes les manifestations de notre art national. Il faut souhaiter que les peintres et les sculpteurs bruxellois établissent le contre-pied de cette heureuse mode nouvelle et aïlle montrer leurs ouvrages dans les principales villes du pays. Tout le monde y trouverait son profit : les artistes y gagneraient en réputation, les visiteurs y gagneraient en savoir...

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