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EMILE

JACOB MADIOL : Portrait de I. E. M...

lointains se rosissent délicieusement, les Mouettes. Partout les eaux, dans la variété de leurs aspects, offrent le spectacle d’une vie naturelle et mouvante. La plus grande toile de cet intéressant salonnet : Nuages et fleuve, dégage une puissante impression de vastitude; dans l’humide et sereine ambiance de l’Escaut, sous des nuages ourlés d’argent, des barques sur le flot immense voguent fantomatiquement. Cela rappelle certes les pages du Gantois Georges Buysse, mais il y a là une magnificence qui fait que M. Gérard Jacobs est un mariniste qui a une intelligence intime du domaine où il a conquis une noble place.

À LA SALLE BOUTE DEUX PEINTRES o o ET UN SCULPTEUR

Dimanche 9 décembre.

Deux peintres et un statuaire ont rassemblé leurs dernières œuvres dans la salle Boute. Quand nous disons leurs dernières œuvres, nous sommes inexact tout au moins au sujet d’un desexposants, le paysagiste A.-F.-J. Duquesne, puisque celui-ci soumet au jugement du public tout ce qu’il a réalisé d’essentiel, n’ayant jamais participé à aucune exposition, grande ou petite, officielle ou de société. Les trente et une toiles qu’il a réunies à la cimaise de la rue Royale sont encore malhabiles de facture et indéfinies de sentiment. La couleur est crue, inharmonique et violente, appliquée par petites touches égales qui constituent un procédé ennuyeux. Ce procédé fait tout papilloter, fatigue l’œil et rend sans mérite les apparences dissemblables des eaux, du ciel, de la terre et des arbres. On ne peut dire que cela manque d’accent, mais cela manque assurément d’accord. Cependant, le jeune peintre est observateur ; il sait choisir heureusement ses sites et parvient parfois à en exprimer le caractère, comme dans sa Sambre houillère à Châtelet. Quand sa vision joyeuse de la nature se mariera avec un métier plus souple, plus attendri, plus enveloppé, M. Duquesne arrivera à imprégner d'un charme plus tranquille ses traductions maintenant trop violentes, trop « couleur », des pays où il travaille : Brabant, Hainaut, nord de la France. Il est permis de l’espérer lorsqu'on examine sa Briqueterie, où les tons déjà sont plus fondus, l’atmosphère plus reposée, le sentiment des choses plus simplement vrai. Et ce n’est point la volonté qui fera défaut à l'artiste pour réaliser son évolution.

L'autre peintre, M. Jacob Madiol, est fortement en pro-

grès; on à peine à reconnaître en ses ouvrages récents l’auteur de tant de paysages et de figures aussi pesants de dessin que communs de couleurs. C’est une véritable transformation qui s’est opérée chez lui. Certes, certains de ses cadres, le portrait de M. E. M..., notamment, celui de Mie À. M... aussi, rappellent encore le faire lourd et le contour arrêté qui marquaient les œuvres d'autrefois. Mais l’artiste s’affranchit de tous les défauts de sa manière ancienne en deux effigies superbes, celles de M'° de I... et de Me B. A..., qui, par leur harmonie distinguée, évoquent certains ouvrages du xvin° siècle. Ces deux têtes avenantes se découpent, de trois quarts, sur des fonds gris bleu d’une riche et discrète neutralité. L’une est brune de cheveux, sans coiffure, vêtue d’un corsage rose passé; l’autre, noire, porte un chapeau mauve à larges plumes d’un mauve bleuté qui se marie admirablement avec la robe mauve aux dentelles blanches. Les traits de ces femmes élégantes sont rendus avec beaucoup de vie, et dans les yeux de M"® B. A... surtout se reflète la ressemblance morale. Les chairs sont saines et souples, le dessin des mains très pur et spirituel et tout, dans les nuances tendres de la palette aussi bien que dans le charme des attitudes, contribue à doter ces physionomies de séduction et d’attirance.

Après avoirexaminéla totalité des œuvres de M.Léandre Grandmoulin, il est permis de déclarer que ce statuaire est un artiste personnel, dont la participation fragmentaire à beaucoup d'expositions n’avait pas permis à la critique d'analyser de façon générale le talent original. Sa vision est naturaliste et décorative à la fois, c’est-à-dire monumentale, dans la vraie acception du terme. Cette vision se manifeste dans ses bustes par des dons de psychologue; dans ses grands groupes et dans ses figures par une claire compréhension du langage des silhouettes, du mouvement, des attitudes. Voyez, à ce propos : Mère et enfant et la statue de l'Assistance publique, qui orne le nouvel hôtel communal de Saint-Gilles, conçue un peu à la façon d’une Cérès romaine. Ce sont les caractères permanents de l’art de M. Grandmoulin, caractères que l'on découvre à des degrés différents en toutes ses productions.

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Is se retrouvent, amplifiés et plus définis, en sa dernière œuvre, le vaste groupe de l’Znitiation, d'une expression naturiste et décorative magnifique, qui n’est pas sans rappeler les travaux de ces grands statuaires du xvri* siècle qui travaillaient pour les jardins de Versailles... En plein air, cette composition bien plastique serait d’un effet superbe, car elle est animée de rythme et de mouvement et exécutée avec un souci de coloration par l'étude des reliefs. Combien est heureuse l’allure de la mère nue qui, le bras gauche levé, baisse le bras droit vers le front de son enfant, dévêtu aussi et dont elle observe les premiers pas. La facture est souple, grasse et les chairs sont pleines d’une vie saine, régulière et tranquille. Si ce n’était certaine lourdeur dans la masse des deux figures, lourdeur qui serait grandement noyée dans l’enveloppe du large espace extérieur, cette œuvre serait de premier ordre. M. Léandre Grandmoulin est un artiste sur lequel on peut beaucoup compter. Son exposition de la salle Boute lui assigne désormais une place en vue parmi les statuaires de la jeune école belge.

L'EXPOSITION o 0 o DES AQUARELLISTES

Lundi 10 décembre.

Quand on pénètre dans la première des salles du Musée Moderne où la Société royale belge des aquarellistes a installé sa XLVII® exposition annuelle, les yeux vont instinctivement à deux cadres de maîtres hoïlandais : G.-H. Breitner et W.-A. Witsen. L'un et l’autre sont d'Amsterdam, et tous deux sont des artistes de génie. Cependant le cadre que chacun de ces invités a envoyé à l’Ancienne Cour est loin de donner la mesure du savoir et du talent de ces peintres d’un modernisme si admirable, dont l’un est pour ainsi dire inconnu chez nous. De Witsen, en effet, on ne connaît que les trois eaux-fortes de grachten rotterdamois qu’il montra au Salon des aquafortistes, en mai dernier, tandis que Breitner était représenté l’an passé, aux Contemporains, à Anvers, par une série d'œuvres de haut mérite résumant superbement sa vision multiple. Aux Aquarellistes, les deux grands artistes voisinent comme ils voisinent au Stadsmuseum d'Amsterdam, où deux de leurs chefs-d’œuvre, des quais sous la neige, se font face, et comme ils voisinent encore à Dordrecht, où Witsen n’a cependant qu'une toile minuscule intitulée Stadsgezicht te Rotterdam, qui est un autre quai, mais d'un charme concentré de couleur et de sentiment.

En ses aquarelles, ce maître-ci n’a plus la finesse de coloration, l'harmonie si singulière et si fondue qui distinguentses huiles. Pourtant, sa Vue à Amsterdam estune belle page, avec son quai pénombré, ses eaux envahies par des glaçons, sa neige qui festonne les pignons des demeures anciennes et grises et le pont des bateaux. Breitner, lui, est plus universel que son concitoyen. Il aborde tous les sujets et s’il interprète avec vigueur les coins des vieilles cités néerlandaises, il sait aussi rendre la vie des êtres qui

les peuplent et les animent. De là un tempérament plus nerveux,une observation plus pénétrante que chez Witsen, dont son Cheval de labeur est un reflet pourtant peu péremptoire. Cet animal souffreteux et éreinté a de la physionomie, du caractère et s’accorde fort bien avec l’impression des chantiers de la ville nouvelle qui grandit autour de lui et dont il est un des artisans obscurs, inconscients etutiles. Toutefois, la tête de ce pauvre quadrupède résigné manque de vie et paraît de bois, ce qui est incompréhensible chez cet homme qui dessine les chevaux avec une vérité surprenante. Combien Philippe Zilcken paraît pâle et impersonnel à côté de ses deux puissants compatriotes. L’ami de Paul Verlaine réussit mieux les aspects de son pays que les paysages vénitiens que son idéal de septentrional n'arrive pas à traduire avec la chaleur qu’ils réclament. Ce qui ne veut point dire que ses Brumes du matin, par exemple, soient dépourvues de poésie. Mais cela ne suffit pas dans les arts plastiques, où il sied avant tout de serrer de près la forme, tout d’abord.

C’est la préoccupation essentielle des deux marinistes du Cercle : Alexandre Marcette et Richard Baseleer, deux esprits opposés, qui lisent dans la nature avec une intelligence dissemblable, la traduisent de manière différente, tout en communiquaut une impression de réalité profonde. Les eaux de l’océan, les nuages qui sont comme leur dais immense et flottant dont les tentures et les franges se déchiquètent sans cesse, ce sont là assurément des formes éphémères que la marée et le vent modifient, changent, transforment constamment. Mais les choses les plus évasivesfrappentunerétine attentive etsontsusceptibles d’une reproduction sentie, suggestive. Et dans ce domaine-là excelle Alexandre Marcette; sa vision se fait de plus en plus subtile, il se familiarise davantage avec les fantasmagories des apparences maritimes, Car tout en la mer n’est qu’apparence, sensation fugitive. Tout le prisme paraît se réfléter, paraît pénétrer les étendues irréelles et s’y décomposer. L’atmosphère humide a des nuances nacrées et la légèreté des cieux, en se réfléchissant dans les ondes infinies ou lesflaques de lagrève, rend celles-cimoinspesantes, tout en leur conservant leur masse formidable. Il y a

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