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MUSÉE DU LOUVRE

Un très petit nombre d'acquisitions a été fait, cette année, au Louvre. Nous avons néanmoins à enregistrer quelques changements assez importants et des dons considérables dus à de généreux amateurs.

Travaux divers. — L'Exposition universelle avait semblé offrir l'occasion de certains aménagements et nettoyages jugés depuis longtemps nécessaires. On n'a pas voulu que notre plus précieux palais des arts apparût aux étrangers comme une maison noire et morose. Des parquets ont été refaits, des mosaïques posées. La colonnade, qui était depuis de longs mois soumise à des réparations rendues urgentes, a été débarrassée des échafauds qui la masquaient. Enfin, la grande entrée, après plusieurs années de clôture, a été rendue au public. Les visiteurs en pénétrant par le pavillon Denon, peuvent maintenant gagner le grand escalier par une vaste galerie aux calles de marbre, aux belles colonnes, que MM. Barbet de Jouy et Ravaisson ont aménagée avec beaucoup de goût. Le conservateur de la sculpture moderne a, pour sa part, extrait des magasins quelques statues enlevées aux jardins publics, la série des magnifiques fontes du Primatice, dites de Fontainebleau, qui étaient à peu près inconnues du public. On sait qu'elles avaient été commandées par François I«% qui envoya le Primatice en Italie pour prendre le moulage des plus belles statues antiques. La plupart sont datées de 1540 et sont signées par Pierre Bontemps, Valadier, Keller, etc. On remarque surtout V Apollon du Vatican, les deux Centaures, qui étaient relégués au châ-

teau de la Malmaison S VAnaiu du Vatican, le Laocom, la Vénus de MédiciSf etc.

Les trois salles du rez-de-chaussée qui font suite au musée assyrien, et dont on avait fait un^ sorte de magasin d'antiquités diverses, ont été restaurées et remises à neuf. M. Ravaisson y a placé toutes les sculptures grecques des colonies de l'Asie Mineure, possédées par le- Louvre et qui occupaient auparavant une partie des salles assyriennes. C'est là qu'on peut voir maintenant, dans un groupement majestueux, les admirables sculptures et monuments de Latmos, trouvés ,à Héraclée et à Milet par MM. 0. Rayet et Al. Thomas, sous le patronage de MM. Gustave et Edmond de Rothschild, qui les ont généreusement donnés au Louvre. Enfin, pour terminer cette rapide revue des travaux dont, notre grand musée national a été l'objet, disons que M, Reiset a fait amena-* ger les trois salles qui donnent du c6té de la .colonnade, sur la place Saint-Germain l'Auxerrois. Le directeur du Louvre se ^propose d'y installer, dans de magnifiques vitrines, des terres cuites antiques. . ..

Peiniurfi, — Le département de la peinture s'est enrichi, cette année, d'œuvres extrêmement importantes, parmi lesquelles il faut signaler au premier rang. le$ tableaux et dessins donnés au mois de février par M. His de la Salle, ,qui est mort quelques jours après raban4oû

1. Ces deux chefs-d'œuvre faisaient partie des divers objets d'art qui allaient être vendus, en 1877, en même temps que le ebâteau habita long^temps par Timpôratrice Joséphine, lorsqu'ils furent revendiqués par la direction du Louvre comme appartenant à TÉtat. On peut dire que c^est par pur hasard que le Louvre possi^de aujourd'hui les dix-sept statues prêtées autrefois par Alexandre Lenoi^ et déposées k la Malmaison.

généreux de ses collections au Louvre*. Ce cadeau, vraiment princier, comprend une vingtaine de tableaux et une série de 434 dessins du plus haut prix. Ils appartiennent aux écoles et aux époques les plus diverses, depuis le xv** siècle italien, représenté par des chefs-d'œuvre absolument uniques, jusqu'aux grands maîtres français du XIX* siècle. Choisis avec un goût irréprochable et lentement rassemblés dans tous les pays, ils forment un ensemble d'une incomparable beauté. Une salle spéciale sera affectée au don de M. His de la Salle, lorsque ces dessins seront encadrés. En attendant, le conservateur de la peinture, M. le vicomte Both de Tamia, a fait placer en divers endroits spize tableaux et sept dessins, dont voici la liste : Géricault, cinq morceaux superbes dont l'un est une véritable perle ; nous citerons : Cuirassier blessé, de petite dimension;. fête de bouledogue, les yeux sont injectés, le . poil fauve se hérisse, l'animal semble ivre de rage ; Chasseur à cheval, également de petites proportions ; la couleur a des délicatesses infinies ; le manteau est rouge, le pantalon jaune, la selle est eîi peau de tigre ; le cheval se cabre. C'est un morceau de toute beauté. — Prud'hon, Diane invoquant Jupiter, esquisse du plafond qui est dans Tune des salles des antiques au Louvre. — Étude. Minerve tenant une lampe, préside à V étude de deux errants; certaines parties sont à peine ébauchées, d'autres sont d'une rare perfection, — Marilhat : Paysage dans le mjdi de la France; c'est un des meilleurs tableaux de ce peintre amoureux du dur soleil oriental. — Léopold Robert : une toile également de qualité exceptionnelle. — Ecole de

1. Voy. page 511 la notice nécrologique consacrée à M. His de La Salle.

Léonard de Vinci : Vierge avec VEnfant Jésus et le petit saint Jean dans un paysage. — Bern. Luini : Tête déjeune filk; elle représente le Silence et a un doigt sur la bouche. La tête est couverte d'une^ draperie rouge. C'est un fragment de fresque exquis. — Ecole de Giorgione : Portrait de jeune femme; il est d'une grande expression. La peau brune tranche avec la chemise blanche bordée de noir. — Frà fieato Angelico : le Repas dHèrode; Salomé, en robe rose, danse devant quatre convives, tandis qu'un soldat apporte la tête du Précurseur. Dans un coin, et comme en dehors de la salle du festin, a lieu la scène de la Décollation. Les figures, grandes comme l'ongle, ont une vie singulière. — Fragment de preddle, de l'école florentine du xv" siècle ; c'est la représentation du miracle de saint Nicolas de Bari jetant dans la chambre des jeunes filles pauvres trois boules d'or. — Bartolommeo Montagna : Trois petits enfants eûoècutant un concert. C'était probablement le soubassement d'un tableau représentant une Madone. La signature du peintre est inscrite sur un petit cartellino appliqué au piédestal de marbre qui sert de fond au tableau. Ces enfants rappellent ceux que Giovanni Bellini a souvent reproduits et que Ton trouve dans les églises du nord de l'Italie. — Ecole florentine du XV* siècle : Saint Jean-Baptiste enfant, vu en buste et de profil. C'est un morceau merveilleux, d'une beauté étrange, hiératique. L'enfant, aux membres maigres, à la bouche entr'ouverte, aux yeux sombres regardant le ciel, a déjà Textasé du futur apôtre. On dirait qu'il entend la voix mystérieuse des anges lui prédire sa mission. Une bizarre clarté est répandue sur sa tête et sur ses épaules nues. Le dessin est d'une finesse, d'une précision admirables.

Les sept dessins déjà encadrés sont placés à la suite les uns des autres. En voici la nomenclature : Grande feuille d'antiphonaire, de proportions plus grandes que d'habitude. Elle représente une lettre majuscule au milieu des entrelacements de feuilles d'or, de verdure, et d'une scène de la Passion. — Prud'hon : dessin à la pierre noire rehaussé de blanc, pour le tableau célèbre de VEnlevement de Psyché^ qui appartint au comte de Sommariva. — Autre dessin de Prud'hon représentant Psyché qui contemple r Amour endormi. — Géricault : Leda, dans un paysage, repousse les caresses du cygne; Faune et Jeune Fille dam un paysage; Combat de cavaliers. — ■* Marilhat : CarO" vam, dessin à la sanguine, relevé d'aquarelle.

Un don non moins magnifique est celui de M°»« la comtesse Duchâtel, qui a légué au Louvre les cinq plus beaux ouvrages de sa merveilleuse collection. Ce sont ; VŒdipe et le Sphinx, par Ingres ; la Source, par le même ; la Vierge entourée d'une famille, par Hans Memling; deux portraits. Seigneur avec ses fils et Dame noble en prière, par Antonio Moro, c'est-à-dire des chefs-d'œuvre de premier ordre, « tels que notre musée peut à peine espérer en pouvoir acquérir de loin en loin^ ». Les héritiers qui, d'après les termes du testament, auraient pu jouir pen-

dant leur vivant de ces tableaux, en donnèrent patriotiquement possession dès le mois de mars au musée, où on les plaça provisoirement dans une salle trop retirée que le public ne sait pas toujours découvrir. Nous ne par-

1. Nous citons les termes du rapport officiel, qui, en annonçant le don aux Chambres, demandait un crédit de 15 000 fr. afin d'afiécter une salle spéciale pour le recevoir.

lerons pas des deux toiles dlngres. Quant à VEx-voto de Memling, il est d'une conservation extraordinaire, d'un éclat et d'une suavité de coloris surprenants. « Nous avons là, dit M. Charles Clément, le plus bel échantillon qui existe en France du plus grand peintre de l'ancienne école flamande après les Van Eyck*. » Les volets du triptyque d'Antonio Moro sont aussi d'une importance capitale.

Parmi les acquisitions du département de la peinture, citons : le beau tableau de Daubigny, acheté 10,.000 francs * à la vente qui a eu lieu après le décès de ce maîtres un pastel délicieux de Prud'hon, représentant une Jeune Fille, et le portrait de M. Bochet, par Ingres, qui a été placé dans la salle des Sept Cheminées. Ce portrait est une des œuvres d'Ingres dans lesquelles on trouve de la vigueur et de l'accent. M. Bochet est représenté jeune encore, en costume d'élégant de 1811, habit marron à collet de velours, haute cravate blanche, pantalon gris bleu, sur lequel se détachent des breloques délicatement ciselées, gants verts. La tête est fine, d'un ton mat, expressive. MM. Bochet fils, qui tenaient beaucoup à ce précieux portrait, l'ont cédé au Louvre pour une somme insignifiante, ou plutôt à la seule condition qu'on leur en fît faire sept copies. Nous compléterons le résumé de ce qui a été fait dans le département de la peinture, jBn mentionnant la publication qu'a commencée le conservateur, M. de Tauzia, d'un nouveau catalogue. Cette première partie comprend les écoles d'Itahe et d'Espagne ; elle est faite avec un soin extrême, donnant à cha-

i. Journal des Débats, 26 mars 1878.

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