Le Français, 26 avril
arait oubliés au Champ de Mars, mériterait en revanche d'être largement examinée. Pour ne point donner à ce volume, déjà trop compact, des proportions formidables, nous nous voyons à regret forcé de passer outre, ainsi que sur Texposition des peintres militaires, qui eut lieu, à la même époque, dans les galeries de M. Goupil, rue Chaptal, laquelle avait été organisée par les peintres dont les œuvres relatives à la guerre de 1870 furent, par décision du gouvernement, écartées du Champ de Mars.
Les divers concours ouverts entre les artistes français pour élever des statues aux illustrations plus ou moins modernes ont été généralement très suivis. Jamais dans notre pays on n'a montré plus qu'en ce moment le soin de perpétuer par la pierre, le bronze ou le marbre le souvenir des hommes qui ont servi la patrie; jamais l'initiative privée n'a fait preuve comme aujourd'hui d'un concours généreux, ému, empressé, pour élever des statues à ceux qui, — planant dans les sphères déjà lointaines et apaisées de l'histoire nationale, ou enlevés à peine à nos troublantes et chaudes luttes contemporaines, — ont laissé parmi nous de chers et grands exemples. Que l'on attribue cette générosité toute nouvelle, ainsi que certains le font, à des manifestations de partis, ou que, moins sceptique, on la considère simplement comme le témoignage sincère d'un peuple qui veut fièrement étaler désormais sur la place publique: toutes ses gloires, nous n'en avons pas moins à constater presque chaque mois l'ouverture de quelque souscription pour un monument funèbre et l'inauguration d'une statue à Paris ou en province.
Statue a David d'Angers. — La yille d'Angers arait mis au concours, dès le mois d'avril 1877, un projet de statue à élever sur la place de Lorraine, au sculpteur David, un de ses plus illustres enfants. Le monument devait comprendre une statue en bronze ayant trois mètres de hauteur, supportée par un piédestal en granit. Quatre prix devaient être décernés : le !•' de 3,000 fr.; le 2* de 2,000 fr., le 3« de 1,500 fr.; et le 4« de 1,000 fr. — Douze concurrents ont pris part au concours ; leurs projets furent exposés à l'École des Beaux-Arts, du 9 au 17 février 1878. Voici les noms des lauréats : 1«' M. Louis Noël; 2« M. Schœnewerk; 3« M. Falguière; 4« M. Taluet. Le projet de M. L. Noël montre David a moitié nu, drapé à l'antique; le profil est pur, et l'expression noble; mais on s'est demandé si c'était là David d'Angers ou bien un sculpteur grec banal et quelconque.
Statues de M. TmERS. — La ville de Nancy mit au concours le projet d'un monument à élever à M. Thiers, comme libérateur du territoire, sur la place de la Gare. D'après le programme, la statue, en bronze, devait avoir trois mètres de hauteur; le piédestal pouvait être orné de bas-reliefs -et de statues allégoriques. Le monument complet et entièrement terminé devait être livré par le lauréat le 15 juin 1879. — L'exposition des œuvres envoyées par les concurrents eut lieu à l'École des Beaux-Arts du 16 au 21 juin 1878 ; celle&-ci se trouvaient au nombre de vingt-trois. Quatre prix ont été décernés : l^prix, 45,000 fr., à M. Guilbert (frais de construction compris) ; — 2« prix, 3,000 fr., à M. Pètre; — 3« prix, 2,000 fr., à M. Dumilâtre; — k' prix, 1,000 fr., à
M. Rouyault. L'œuvre de M. Guilbert, qui a été choisie, représente M. Thiers debout, sans lunettes, vêtu dune redingote fermée. Les quatre faces latérales portent les noms des quatre départements qui ont souscrit pour Térection du monument, savoir : Meuse, Vosges, Ardennes, Meurthe-et-Moselle. L'inauguration du monument est annoncée pour le 3 septembre 1879.
D'autres statues de M. Thiers doivent encore être érigées. M. Eug. Guillaume doit en exécuter une pour le musée de Versailles. En outre, une souscription a été ouverte par M. Menier, dans le journal le Bien public; elle a produit la somme de 44,153 fr. 79 cent., laquelle a été versée provisoirement par le comité d'initiative à la Banque de France, en attendant qu'on organise un concours, ou que l'on fasse un nouvel appel de fonds. Cette statue serait élevée sur une des places de Paris. Enfin la ville de Saint-Germain, où est mort M. Thiers, a ouvert également une souscription qui a produit en peu de temps une quarantaine de miUe francs. C'est M. Mercié, croyons-nous, qui s'est chargé de l'exécution de la statue du libérateur du territoire.
Statue de Voltaire. — C'est encore par souscription que cette œuvre a été exécutée, à l'occasion de l'anniversaire séculaire de la mort du grand écrivain, sur l'initiative du Conseil municipal de Paris. Le concours réunît vingt-six concurrents, dont trois grands prix de Rome : MM. Delaplanche, Lepère et Maillet. L'exposition des maquettes commença le 15 avril à l'École des Beaux-Arts. Le jugement, rendu le 19, par MM. Laurent-Pichat, VioUet-le- Duc, Jobbé-Duval, Ghapu, Alasseur et Voîzon, a attribué
le prix ea? xquo à MM. Maillet et Caillé. Le modèle en plâtre de la statue, grandeur d'exécution, sera payé sept mille francs.
Statue de Ralelais. — La ville de Tours ayoulu élever à Rabelais une statue sur la place de la Mairie, où elle possède déjà celle du philosophe Descartes. Un comité, composé de MM. VioUet-le-Duc, Schœlcher, Joubert, Wilson, Broca et Paul Lacroix, recueillit les souscriptions et formula un projet. D'après le programme qui réglait le concours, cette statue doit former un ensemble de décoration, à la même hauteur que celle de Descartes, soit 2™,50, sans compter le socle de 51 centimètres. L'exposition des maquettes envoyées a eu lieu les 4 et 5 décembre à l'École des Beaux-Arts. Il y en avait 92. Nous n'avons pas à faire la critique rétrospective de toutes ces ébauches, parmi lesquelles dominait, au milieu de tentatives grotesques d'allures et de goût, la physionomie traditionnelle de « maître Alcofribas Nazier, abstracteur de quintessence » avec ses pommettes proéminentes, ses lèvres charnues et largement ouvertes, sa houppette frontale, ainsi que son costume de docteur de la faculté de Montpellier, la robe et le bonnet carré. Les projets choisis par le jury sont ceux qui montrent un Rabelais plus grave que celui de la légende, avec la tête nue et la physionomie doucement railleuse. Voici les noms des lauréats : !«»• prix (2,000 fr.), M. H. Dumaige; — 2« prix (1,000 fr.), M. Aube; — 3' prix (500 fr.), M. Albert-Lefeuvre. La commission s'est engagée à fournir le marbre et à payer les frais de praticien au lauréat du prx)jet couronné. Toutefois, elle n'a pas abandonné à la volonté
de celui-ci ou à sa fantaisie les traits de Kllustre Tourangeau ; voulant autant que possible un Rabelais authentique, eUe a adressé aux amateurs, aux savants, aux collectionneurs d'estampes, un chaleureux appel pour obtenir des renseignements certains sur les portraits de Rabelais. Tous ces documents doivent être adressés à M. VioUet-le-Duc.