‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 125 sur 218 · Journal officiel du 15 août · texte numérisé non relu

Journal officiel du 15 août

groupe d'artistes et d'amateurs organisèrent de l'œuvre d'Honoré Daumier, le puissant caricaturiste, dans les Salons de M. Durand-Ruel, rue Laffltte. En intéressant à cet œuvre le public, — qui n'en connaissait que la partie courante, c'est-à-dire les lithographies, — on voulait venir en aide au pauvre grand artiste, auquel ni l'âge ni le travail n'arrachaient aucune plainte, mais qu'une fatigue de la vue obligeait à délaisser pinceau et crayon. Le catalogue, comprenant 2kk numéros, était accompagné d'une préface de M. Champfleury qui avait résumé l'étude si complète qu'il a consacrée à Daumier dans son Histoire de la caricature moderne. Nous ne parlerons point des lithographies, au nombre de près de cinq mille, dont tout le monde connaît la verve, la grandeur ; mais les quatre-vingts peintures à l'huile que le comité put exposer étaient faites pour attirer curieusement l'attention. Dessin, couleur, tout est extraordinaire de force, d'efifet, d'harmonie, de chaleur, de vérité. « Dans la personnalité, dans le sentiment, dit M. Philippe Burty \ M. Daumier est absolument personnel et, sauf l'Espagnol Goya et, en remontant plus haut, les Holbein, Rembrandt et l'Anglais Hogarth, aucun maître n'a exprimé avec une intensité pareille non pas seulement la distinction des. classes, mais, ce qui est encore plus difficile, la vie latente propre à chaque individu, la nature et les eJDfets de son tempérament, sa façon de se mettre en rapport avec «es semblables, de trahir ses sensations et ses sentiments les plus intimes... C'est le miroir de la bourgeoisie. Ces cadres étroits seront un jour sans prix. On y retrou-

i. République française, V mai.

yera, je ne dis pas Thabit de nos contemporains, de nos femmes et de nos enfants, mais leur visage et leur émotion pendant un court moment de la vie vécue. » Il est inouï, a-t-on remarqué, que la direction des Beaux- Arts n'ait pas acheté un de ces tableaux pour le musée du Luxembourg.

On trouvait aussi à cette exposition de petits bustes en terre cuite pétris par le doigt nerveux de Daumier avec une verve d'observation réaliste et une intensité d'expression comique qui dépassent tout ce qu'on peut imaginer. « Il les modelait clandestinement dans son chapeau, avec un morceau de terre grasse, en assistant aux séances de la Chambre des pairs », dit le chroniqueur Bernadille *. C'étaient ses modèle^, ordinaires, ses victimes, qu'il écorchait, qu'il disséquait, dont il notait, en les accusant outre mesure, toutes les saillies, toutes les dîflFormités, afin de pouvoir les souligner d'un trait plus sûr et plus net dans ses caricatures. Cette exposition, sur laquelle les amis de M. Daumier comptaient pour adoucir à l'artiste les derniers jours de sa vieillesse, ne produisit malheureusement aucun bénéfice.

Nous passerons rapidement sur les expositions de peinture qui ont lieu au commencement de chaque année au cercle des Mirlitons, place des Vosges, età celui de la rue Saint-Arnaud. On y trouve des visages connus, et les œuvres qui y figurent reparaissent pour la plupart au Salon des Champs-Elysées. L'exposition organisée par M. Durand-Ruel, au mois d'août, et qui comprenait les chefs-d'œuvre modernes des peintres morts qu'on

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