L'ART EN PROVINCE. — MARSEILLE
Le président de la société des Amis des Arts est M. Jules-Charles Roux, qui, plus que tout autre, a contribué à la fondation du cercle artistique, avec feu Emile Loubon, alors directeur de l'école de dessin de MarseiUe ; les vice-présidents sont MM. V. Dupuy, F. Abram et Alf. Rabaud ; le secrétaire général est M. C. Julian. Le président de la section des beaux-arts est M. Camille Rogier, et le secrétaire M. Jeaïisoulin.
Le plus souvent les sociétés des Amis des Arts se contentent de faire leur exposition annuelle, après quoi elles rentrent dans le repos jusqu'à l'année suivante. Il n'en est pas ainsi de la section des beaux-arts à Marseille. « Elle expose toutes les fois qu'elle a quelque chose à faire voir au public, disait M. Eugène Véron dans rArt du 5 mai 1878 ; dessins, tableaux anciens, tableaux modernes, gravures, émaux, bronzes, tapisseries, porcelaines, faïences, aquarelles, etc., tout cela se succède et se remplace avec ^ne facilité qui montre combien les organisateurs marseillais sont rompus à ce travail qui effraye tant d'autres sociétés. On n'a pas besoin de placarder deux mois d'avance des affiches pour annoncer que les Amis des Arts de Marseille ouvriront à telle époque une exposition. On est presque sûr, en allant au cercle artistique, d'y trouver quelque chose à voir. C'est une exposition permanente, mais toujours renouvelée. Gela est entré danjs les habitudes marseillaises. Pendant chaque exposition, ils préparent l'exposition qui la remplacera. »
Outre les expositions de tableaux, aquarelles, dessins et objets d'art divers, empruntés aux cabinets des amateurs de la ville, et offrant un intérêt rétrospectif, expo-
sitions qui se sont succédé en 1878, comme les autres années, dans les salons du cercle artistique, nous avons à signaler une exposition des tableaux des artistes marseillais vivants, plus particulièrement intéressante pour nous. Cette exposition, ouverte au mois de mars, comprenait 120 toiles; les paysages y étaient en grand nombre.
Dès le premier coup d'oeil, on pouvait reconnaître^ chez les peintres des Bouches-du-Rhône, une tendance presque générale à rechercher les notes écl^itantes, à poursuivre les effets de lumière à outrance, à imiter Técole des orientalistes de 1830, en joignant à cette imitation les procédés de Fortuny. La palme des colorations bruyantes appartenait à M. Monticelli, qui paraît n'avoir presque aucun souci des exagérations et des crudités de ton. Dans la même gamme se place près de lui M. Mirallès. Il y a bien plus de justesse et d'harmonie dans le talent de M. Huguet, qui avait exposé l'Oasis, la Chasse et le Passage de la rivière, toiles très estimables, mais trop visiblement imitées des maîtres renommés qui ont peint rOrient. La même remarque peut s'appliquer aux toiles de MÎM. Bain, Château et Saint-Pierre, ainsi qu'à la Chasse et au Paysage oriental, de M. Boze ; ce dernier, toutefois, a donné, dans son Coucher de soleil, une œuvre vraiment personnelle. On a loué surtout l'exactitude dans les paysages représentant les environs- de Marseille et divers sites de la Provence, notamment dans ceux de MM. Guigou, Duveyrier, Fraissinet, Maglione, Milhau et Noirot. Un des meilleurs tableaux de l'exposition était celui de M. Simon, les Chèvres au repos; celui de M. Loubon. Paysans et Animaux à la fontaine, offrait un ensemble