‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 143 sur 218 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ANGLETERRE

LE BUDGET ; LES MUSÉES. — La Galerie nationale, le Musée britannique, le Musée do South-Kensington, la Galerie de portraits nationaux de South-Kensington, le Musée de Bethnal-Green, celui de Burlington-House, les Galeries d^art de Liverpool, le Musée d^art de Manchester, celui de Nottingham.

La somme totale du budget pour rinstruction, les Sciences et TArt pour Tannée se compose de£ 3,847,3^0. Dans cette somme se trouvent comprises :

1° Département de la Science et de TArt. 307,414

Dont pour l'achat d'objets d'art .£ 6,000

Pour la reproduction d'objets d'art 1,500

Pour faire faire des photographies, et des eaux-fortes 750

Pour l'achat de tableaux à l'huile et d'aquarelles de l'École nationale . ... 1,000

Pour l'échange de reproductions. . 200

Pour la bibliothèque des Arts . . . 2,000

Pour rachat d'objets pour le Musée géologique, Jermyn Street. ...... 500

Pour rachat d'objets pour le Musée d'Edinburgh 2,500

Pour rachat d'objets pour le Musée de Dublin 1,000

2« Le Musée britannique 112,990

Dont pour rachat de manuscrits. . 2,500

Pour l'achat d'antiquités orientales .... 250

Pour fouilles en Assyrie 2,000

Pour l'achat d'antiquités nationales, objets d'art du moyen âge, et pour l'ethnographie 500

Pour l'achat d'antiquités grecques et romaines 2,500

Pour l'achat de médailles et de pièces d'argent 1,000

3« La Galerie nationale 11,983

Dont pour l'achat de tableaux et de dessins 5,000

4° La Galerie de portraits nationaux 2,000

Dont pour achat de tableaux, bustes, etc 750

5° La Galerie nationale de l'Ecosse, Edinburgh. (Ce payement est annuel et sans variation.) 2,100

6° La Galerie nationale d'Irlande, Dublin 2,389

Dont pour achat de tableaux . ... 1,000

Les Musées de South-Kensington et de Bethnal- Green, Pun à Pouest, Talitre à Test de Londres, font par^ tie du département, ainsi que le musée de Jermyn Street et ceux d'Edinburgh et de Dublin.

Les collections de la Galerie nationale se sont augmentées, dans le courant de cette année, de plusieurs tableaux : voici ceux qui proviennent d'achats :

1° Une œuvre du peintre de Brescia, Jeàn-Jérôme Savoldo, représentant Sainte Marie-Madeleine à mi-çorps» se penchant en avant ; elle est enveloppée dans un voile de soie blanc, lui couvrant la tête et lui cachant partiellement la figure. Ce tableau, variation sur le même mo^ tif que celui de la peinture signée du même maître au Musée de Berlin, a été décrit par Ridolfi ; elle était alors à la casa Averolda, à Brescia ;

2® Une Agonie au^ Jardin des Olives de Técole d'Ombrie ; peinture d'une beauté remarquable, attribuée par Passavant à Raphaël, sans raisons suffisantes ;

3° Une Nativité d'une beauté ravissante, œuvre de Botticelli ;

4» Un . tableau représentant VAdoration des Mages. Cette magnifique composition, de plus de 60 figures^ est de Botticelli ou plus probablement de Philippin© Lippi ;

S*» Un petit Portrait d'un jeune homme, par François Bigio;

6° Un Portrait à mi-cprps d'unhomme dont la main repose sur une tête de mort ; tableau d'un fini admirable, par un maître de l'école flamande, probablement Gérard Horenbout ;

(Ces cinq derniers tableaux proviennent de la collection de M. W. FuUer Maitland, membre du Parlement:)

7<> La Vision de sainte Hélène, par Paul Véronèse, achetée à la vente de la collection Novar ; autrefois dans Téglise de Sainte-Hélène, à Venise. On croit que cette

peinture a été composée d'après une gravure de Marc-

Antoine, qu'on suppose être faite d'après un dessin de Raphaël ;

8° Un Portrait d'un jeune gentilhomme, par Catherine Van Hemessen, signé et daté 1552.

Une autre œuvre très belle a été léguée à la Galerie nationale par feu M. White, marchand de tableaux bien connu ; c'est l'un des deux volets d'un retable d'autel dans l'église collégiale de Saint-Donatien, à Bruges, par Gérard David, représentant le donateur Bernardin de Salviatis agenouillé et accompagné de saint Donatien, de saint Bernardin et de saint Martin ; le fond est un paysage colorié avec vigueur, probablement l'œuvre de Joachim Patenier.

Plusieurs tableaux des écoles britanniques ont été achetée pour la galerie :

Un grand Paysage par Jean Crôme, représentant une Carrière d'ardoises dans les montagnes du pays de Galles ; ouvrage grandiose et imposant.

Un Village couvert de neige, étoffé de figures ; gentille composition de W. Mulready.

Un Champ de trèfle; sur le devant on voit plusieurs personnes et un âne ; tableau peint par Thomas Barker.

Une Esquisse d'une montagne du pays de Galles et d'un ruisseau se précipitant au-dessous des rochers.

œuvre de G. Mûller ; ces quatre tableaux ^royiennent de la collection de M. Maitland.

Un immense Paysage par Jacques Ward, représentant une Vue de Gorsdale Scar, peint pour lord Ribblesdale ; à cause de sa grandeur, ce tableau n'avait pas encore été placé.

Un Portrait d'un ministre anglican, par Gainsborough et sept Paysages aux crayons noir et blanc, œuvres du même maître, ont été donnés par M. T. B. Wolfe.

Une seconde série de gravures à Peau-forte, ^vec texte par feu M. Wornum, a été publiée vers le commencement de Tannée. U Approche de Venise, de Turner, par M. Brunet-Debaines, et le Portrait de Gérard Dow par lui-même, de M. Rajon, sont de vrais chefs-d'œuvre ; plusieurs autres, d'après Turner, Moroni et Moretto se font remarquer ; les autres sont moins satisfaisantes.

Le Musée britannique a été visité pendant l'année par 699,511 personnes. Il s'est enrichi d'un assez grand nombre d'œuvres, dont plusieurs sont importantes. Parmi les principaux achats on peut citer :

De l'école italienne. — Trois panneaux avec enlacements, gravés d'après des dessins attribués à Léonard de Vinci ; le Roi David agenouillé ayant un cerf à côté de lui, par Benoît Montagna'; une gravure sur bois, non décrite, de Saint Jean avec l'agneau, du même maître ; un Arc de triomphe avec bas-relief représentant une Louve allaitant Romulus et Rémus, par un graveur anonyme ; deux gravures extrêmement rares, par Marc- Antoine, savoir : le Christ donnant sa bénédiction et Angelique et Médor.

De L'icoLE ALLEMANDE. — Grande vue de Cologne, par Wenzel HoUar, gravée sur quatre planches, et imprimée sur huit feuilles ; deux autres copies de cette impression existent, Tune à Vienne, Tautre à Cologne.

De l'école-française. — Un Groupe de volailles, par Jean-Baptiste Huet, en crayon ; un Homme battant du blé, par Jean-François Millet, en craie noire sur papier gris ; une série complète des Œuvres de Balthasar-Jean Baron ; une grande Collection des œuvres de J.-L. Demame; le Stryge, par Charles Méryon; le Portrait de Gabriel dePressigny, archevêque de Besançon, par Jean-Dominique Ingres ; une grande Collection de planches, par Frédéric Hillemacher ; une série de 169 petites Planches, par J. Chauvet, illustrant les ouvrages d'Horace.

De l'école anglaise. — Vue d'une chute d'eau, à la détrempe, par W. Nesfleld ; un Livre d'esquisseg, ayant appartenu à Guillaume Hunt, contenant des dessins au crayon : le Jardin de fleurs de la reine Charlotte, Buckingham - House, aquarelle, par Jean-Paul Fischer; une belle Collection de gravures d'après Bichard Cosway, B. A. ; une Tête de nègre ayant un collier de fer au cou, mezzo-tinto de sir Christopher Wren : on n'en connaît qu'une autre impression parfaite ; ritalie moderne, d'après J.-M.-W, Turner, B. A., par W. Miller, épreuve inachevée, retouchée par Turner, qui y a ajouté des directions en marge pour le graveur ; une Épreuve d'une gravure assez rare, du Jour de fermage, d'après David Wilkie, B. A., par Abraham Baimbach; une Collection curieuse de gravures, d'après Jean-Henri Bamberg, B. A., ainsi qn'un grand nombre de ses dessins et de ses gravures à Teau-forte.

Entre autres augmentations aux sculptures grecques et latines se trouve un grand disque en marbre, avec reliefs dont la sculpture est traitée à la manière d'un ivoire, représentant la Destruction des Niohides, par Apollon et Artémise ; deux figures en terre cuite, venant de Tanagra ; un relief en terre cuite peint, venant d'Alexandrie et représentant Actéon transformé en cerf et attaqué par ses chiens de chasse.

Le département assyrien a été enrichi de nombreux objets apportés en Angleterre par M. Rassam, entre autres de deux Cadres de bronze oblongs couverts de représentations de batailles et de sièges, trouvés à Imgur-Beli(Balawat), construits vers 800 avant Jésus-Christ, durant le règne d'Assuru-Natsir-Abla ; des Fragments de figures en ivoire faites avec délicatesse et habileté, provenant du même endroit ; des Fragments d'un plat en verre, de Kouyunjik ; des Tuiles émaillées de jolis dessins ; quelques Tablettes sur l'une desquelles on représente la cuisson du pain ; enfin des Fragments de tablettes.

Au département des monnaies et des médailles ont été ajoutées plusieurs monnaies romaines très rares et très belles, entre autres le seul aureus d'or connu de Domitien II l'Usurpateur ; plusieurs rares tétradrachmes de Cappadoce et de Samos ; — une Collection de monnaies orientales, y compris l'unique monnaie d'or de « l'Imam attendu El Muntadhir », frappée par le Wezeer El-Afdal ; — une Série de médailles anglaises, entre autres une en argent de Philippe et Marie, par Trezzo, une en or de Jacques I«' par Passe ; une belle Médaille d'argent du comte de Pembroke, par Etienne de Hollande ; une

belle et rare Médaille de Martin Van Tromp, et une en or de Charles, électeur palatin, neyeu de Charles P',

Parmi les manuscrits illustrés nous citerons : un Rouleau de dessins coloriés, sur des sujets de l'histoire biblique et du moyen âge, par un artiste italien du XV* siècle ; un Psautier latin du xv siècle, illustré en Allemagne. — Parmi les donations faites au département des gravures sont : une Collection de mille quatre cent dix-sept dessins illustrant les coutumes et les mœurs des anciens Chinois, par des artistes indigènes; huit petits Livres d'esquisses chinoises ; quatre Vues lithographiées de la Chine par J. B. Reinagle et W. Skinner ; une Série de vingt-deux planches représentant les conquêtes de Tempereur de la Chine, gravées par Helman ; trois Volumes de M. W. Scott, contenant son qeuvre au complet, etc.

Le Musée de South-Kensington maintient sa réputation, si solidement assise aujourd'hui, de parfaite direction et de succès populaire. Il a été visité cette année par neuf cent treize mille sept cent une personnes et s'est enrichi, entre autres objets, de deux superbes émaux limousins : l'un, un Triptyque représentant au centre l'Annonciation et deux rangées d'anges, sur les volets Louis XII et Anne de Bretagne avec leurs saints patrons et leurs armoiries, par Nardon de Pénicaud ; l'autre, un Portrait ovale de Charles de Guise, cardinal de Lorraine, entouré de huit plaques ém.aillées en couleurs et grisaille, attribué à Léonard Limousin. Ces deux œuvres furent achetées de M. Danby Seymour pour 100,000 fr. Les dons les plus importants ont été une série de médailles et de décorations appartenant à feu le chirurgien-

major J. W. Fleming, et deux Portraits par Jacques Lonsdale. A la collection de moulures ont été ajoutées des Reproductions de la Cantoria (espèce de tribune pour les chantres) par Lucca délia Robbia dans la cathédrale de Florence; des Fonts baptismaux de Saint-Barthélémy à Liège, exécutés par Lambert Patras en 1112, et des principaux objets d'art de la cathédrale de Hildesheim.

Le Musée Kensington a prêté cette année sept mille deux cent quatre-vingt-douze objets d'art industriel, tableaux et dessins à dix musées permanents et à dix-neuf expositions temporaires, entre autres à celles organisées à Derby, Dundeeî Penzance, Warrington. En outre, il a prêté mille six cent soixante-quatre tableaux et dessins à quatre-vingt-dix écoles pour servir de modèles aux élèves. Le Musée de South-Kensington a acquis par achats, par dons et par legs deux mille quarante^atre objets durant l'année. Parmi les objets qu'il a prêtés ou exposés dans diverses exhibitions du Royaume-Uni, on doit mentionner les Collections de tableaux de lord Spencer et de. M. FuUer Maitland, la Madona dei Candelabri, appartenant à M. J.-G. Robinson, un Portrait attribué à Ghirlandajo, appartenant à M. H. Willett. Ces deux derniers ont été le sujet de discussions assez prolongées.

La Galerie de portraits nationaux à South-Kensington a été visitée dans l'année par soixante-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-sept personnes. Elle s'est enrichie d'un assez grand nombre de portraits peints, dont cinq par don, les autres par achat. Parmi ceux-ci on distingue Henri VIII, grandeur naturelle, sur panneau, un des derniers portraits connus de ce tyran, £ 103;

Sir Kenelm Digby par Van Dyck, £ 150; la Duchesse de Portsmouth par Mignard, 1682, £ 105 ; le Duc de Marlborottgh par Closterman, peint après 1702. Les seuls fonds dont cette galerie dispose sont fournis par un vote annuel du Parlement ; ils s'élèvent en moyenne à 50,000 francs.

Le Musée de Bethnal-Green est pour Pest de Londres ce que celui de South-Kensington est pour Pouest. Les objets d'art qui lui appartiennent ne sont pas nombreux, mais plusieurs collections importantes ont été prêtées et y ont été exposées, entre autres la superbe Collection de porcelaines orientales de M. A. Franks, la Collection japonaise de M. Alt, et, en dernier lieu, toute une exposition de meubles, principalement des xvi% xyn« et xyni* siècles, de fabrication italienne et anglaise, et ayant un intérêt tout particulier pour ledit quartier de Londres, où demeurent en très grand nombre des fabricants de meubles.

Dans une salle supérieure de Burlington- Home, PAcadémie royale a établi un petit musée où se trouvent exposés les tableaux présentés par les académiciens lors de leur élection ; parmi ceux-ci se distinguent des Paysages de Gainsborough, Turner et Constable, et deux Portraits par N. Hone et sir J. Reynolds; mais, en général, la collection offre peu d'intérêt, car les artistes paraissent avoir recherché les moins belles de leurs productions pour en faire hommage à l'Académie, qui, jusqu'à présent, les ayait conservées dans des armoires ; espérons que dorénavant il n'en sera plus ainsi. Dans ce musée très peu visité se trouvent quelques chefs-d'œuvre qui méritent d'être mieux connus. Citons : le Carton de Sainte Anne et la Madone par Léonard de

Vinci, qui, durant deux jours, attira autrefois toute la ville de Florence ; une Copie de la Cène, du même maître, peint en 1510 pour le réfectoire de la Chartreuse de Pavie, par Marc Oggione ; le Carton de la fresque représentant la Rencontre de Wellington et Blucher, peinte dans Tune des salles du palais de Westminster, par Maclise ; enfin, un bas-relief en marbre de la Madone et Samt Jean par Michel-Ange. On conserve aussi à Burlington-House les Sculptures léguées par feu J. Gibson. La Bibliothèque, le Musée et les Galeries d'art de Liverpool sont ouverts depuis octobre 1861, sous la direction d'un comité nommé par la municipalité de cette ville et sont soutenus par le produit d'une contribution annuelle de deux sous (one penny) par livre prélevée sur toutes les maisons et propriétés (églises et chapelles seules exceptées) dans la juridiction de la ville; cela leur rapporte environ £ 12,000 par an, qui sont employées pour rétribuer les employés, p^r l'achat de livres, d'objets d'art et de spécimens d'histoire naturelle. La bibliothèque a beaucoup de succès; le nombre de livres communiqués aux lecteurs (non compris les revues et journaux) atteint en moyenne mille sept cent quarantecinq par jour. Le musée, depuis le T' janvier jusqu'au 31 octobre, de cette année a été visité par trois cent soixantequatre mille huit cent quatre-vingt-seize personnes. La collection Mayer, qui forme le noyau des collections artistiques, s'est enrichie d'un bel assemblage de Poteries Wedgewood, d'une série de Tablettes assyriennes, de quelques Terres cuites et d'autres antiquités égyptiennes.

Un nouveau Musée d'art a été fondé à Manchester, prin-

cipalement dans Tintérêt des classes ouvrières. La collection projetée comprendra des peintures, des dessins, des gravures à Teau-forte, des autotypes, des reproductions, des gravures, de la poterie et des bronzes. Les peintures, etc., représenteront des sujets intéressants pour la plupart des Anglais , ou d'autres qui avec des descriptions et des explications peuvent le devenir. Le musée sera ouvert les dimanches après midi. Des dessins, des reproductions, etc., seront placés dans les écoles et dans les « clubs )> d'ouvriers.

Un Musée dart a aussi été établi à Nottingham, dans le grand château, anciennement une demeure du comte de Newcastle, mais qui est resté inhabité depuis Tincendie qui le consuma partiellement au temps des émeutes occasionnées par la Réforme électorale de 1831. Ce manoir a été loué pour cinq cents ans par la ville, et le bâtiment a été, au prix de dépenses considérables, converti en un établissement si bien approprié à sa nouvelle destination, qu'on ne pourrait guère trouver un pareil en Angleterre, en dehors de Londres.

Le rez-de-chaussée est réservé pour la poterie, les dentelles, les tissus et les bronzes ; le premier étage, pour les tableaux. La porcelaine de Satruma et d'Hiogo, prêtée par le major Walter, constitue une collection remarquable ; on a aussi réuni une splendide collection de dentelles. Parmi les tableaux prêtés il faut mentionner une série d'à peu près cinquante Paysages par M. H. Dawson, 1845-1875 ; une autre, mais de beaucoup inférieure, par Niemann; des Aquarelles de Turner, de David Cox, de W. Hunt, de J. D. Linton, etc.; une belle Colection d'anciens maîtres, provenant des galeries des

ducs de Westminster et de Neiycastle, du comte de Derby, de M. Broadhurst et de M. Davy. Des spécimens choisis des principales espèces de porcelaine et de poterie euroropéennes, une assez grande quantité de bijouterie, et une magnifique Collection de gravures à Teau-forte rendent le musée très attrayant. Il a été officiellement ouvert par le prince de Galles, au mois de juillet.

Expositions. — Expositions d*œuvres anciennes à PAcadémie royale, à la Galerie GrosYenor, au Burlington Fine Arts, Club, à la Galerie des befiux-arts (Bond street), dans les villes de Glasgow, Liverpool et Norwich.

Expositions d'artistes vivants k PAcadémie royale, à la Galerie Grosvenor, à la Galerie de Conduit street, à la Galerie Dudley, expositions d^œuyres en noir et blanc; expositions de TAthenseum allemand, des Sociétés des aquarellistes, de Tlnstitut des aquarellistes, de PAcadémie des arts, etc.

L'Exposition annuelle de tableaux d'anciens maîtres, à l'Académie royale, n'a présenté cette fois aucune œuvre de grande renommée ou de supériorité remarquable. Les peintures au nombre de six cent trente-huit ont été prêtées par quatre-vingt dix-neuf personnes : aucune contribution n'a été déplus de seize tableaux; il y avait en outre deux salles remplies de gravures, parmi lesquelles se trouvait la fameuse Collection de premières épreuves en mezzo-tinto, appartenant au duc de Buccleugh. On n'a jamais auparavant réuni une aussi belle collection de gravures d'après les œuvres des trois grands peintres de portraits de l'Angleterre. Quoique loin d'être parfait, le catalogue, cette année, montrait qu'on y avait

au moins mis du temps et des soins. Parmi les plus belles peintures italiennes, on admirait un Giotto, appartenant à M. W.-B. Davenport, incontestablement le plus beau tableau à la détrempe connu en Angleterre ; il représente la Mort de la sainte Vierge, et ornait autrefois l'église d'Ogni- Santi à Florence. Un portrait d'une dame, peint de profil et daté de 1488, prêté par M. H. Willett, a donné lieu à beaucoup de discussions dans la presse, ainsi qu'à la réunion de la Société d'antiquaires du 14 mars. M. le professeur Ruskin et M. J.-C. Robinson l'attribuent à Botticelli ; d'autres, avec plus de raison, à D. Ghirlandajo. Il est hors de doute que la personne poui;traitée est la dame florentine introduite par ce dernier dans la fresque de la Visitation à l'église de Santa-Maria Novella ; mais les opinions ne s'accordent pas sur le nom de cette dame, qui doit être ou Ginevra de' Benci ou Jeanne degli Albizzi, laquelle en i486 épousa Laurent Tornabuoni. Lord Powerscourt a prêté un très beau portrait vénitien d'un jeune homme ; la reine, deux Vues de Londres, par Canaletti;leRév. FullerRussell, seize Tableaux, portions d'un retable, peint selon Vasari pour le maître-autel de Santa Croce à Florence ; M. H. Owen, une Procession triomphale de Morto da Feltre, ou quelque autre artiste qui a emprunté des motifs à Mantegna et à Giorgione ; et M"' H. de Rothschild, un magnifique Portrait d'un jeune gentilhomme de l'école romaine. Les maîtres hollandais figuraient avec leur succès habituel ; on admirait entres autres le merveilleux paysage connu sous le nom de Moulin de Rembrandt, étude remarquable par la lumière dorée brumeuse, et un Portrait d'un rabbin juif, daté de 1634 et prêté parleduc deDevonshir^.

Parmi les tableaux d'Albert Cuyp, nous mentionnerons, un Garçon tenant trois chevaux par la bride, prêté par M. J.-L. Miéyille, et un Garçon tenant un cheval gris, prêté par lord Powerscourt. Nous citerons encore un Portrait d'homme ennoir ayant une grande ruche blanche, œuvre de F. Hais, prêté par M. H. Willett ; de Van der Meer de Delft, on voyait un Portrait d'une dame en bleu, appartenant à lord Powerscourt ; de Jean Steen, un Intérieur de chambre à coucher, prêt de la reine ; de Metzu, le Corset bleu, propriété de sir John Neeld ; et de 6. van der Vliet, un Portrait d'un prêtre, 1631, remarquable pour rhabileté qu'il dénote, et le grand caractère empreint sur la figure. Les Rubens et les Van Dyck y étaient en nombre ; l'œuvre la plus remarquable du premier était une représentation à^Hèrodias entrant dans la salle du banquet avec la tête de saint Jean-Baptiste sur un plat; cette peinture est splendide de couleur, d'une puissance dramatique remarquable, mais d'une conception très vulgaire; elle appartient à lady E. Pringle. Quant aux Portraits de Van Dyck qui furent exposés, les meilleurs étaient ceux du comte de Derby, de sa femme et de sa fille, et celui du comte de Newport. Citons encore : un Portrait d'un Alcade par Velasquez, sombre peinture d'une figurQ vêtue de noir ; la tête et les mains sont remarquables par leur vigueur et leur animation.

Une salle entière avait été réservée aux peintres de paysages de Norfolk: Crome, Cotman, Vincent, Stannard, etc., une école de peintres à l'huile pure, en principe, et artistique quant à la méthode technique. Quelques excellentes Vues de Norwich et des environs, une Vente de poissons mr le rivage de la mer, à Boulogne, tableau

délicatement peint, et une Vue du boulevard des Italiens, en 1814, peuvent être rangées parmi les meilleures œuvres de Crome exposées.

Citons parmi les peintures de sir Joshua Reynolds : le Portrait de la comtesse Spencer, et son Cymon et Iphir génie appartenant à la reine, une Étude du* nu, consi* dérée comme le meilleur de ses efforts dans le genre mythologique. Mentionnons aussi en passant, VAriadm de Romney, prêtée par sir J. Neeld, et la Duchesse de Cumberland de Gainsborough, appartenant à la reine, le meilleur des portraits de cet artiste, ici exposés ; les autres étant dequalitétrès inférieure. Il y avait aussi un portrait très-remarquable d'un M. W. Grant patinant dans le Saint- James Park; chose curieuse, les critiques n'ont pas su dire par qui il a été peint : les ufts l'attribuent à Gainsborough, d'autresà Raeburn, et d'autres à Romney. M. Sidney Colvin a émis cette opinion : que le portrait a dû être introduit par Gopley dans un tableau de Gainsborough ; depuis lors on a appris que c'est l'œuvre d'un Américain, Gilbert Stuart, qui a peint en Angleterre de 1775 à 1793. Terminons en disant que cette exposition a donné lieu à de nombreuses notices critiques, parmi lesquelles nous citerons : les articles du professeur S. Colvin dans VAcor demy du 12 et 19 janvier, du 2 et 9 février, et les lettres du D** Richter et de M. C.-H. Middleton dans VA'cademy du 19 et 26 janvieret du 2 février.

Au commencement de l'année, il y avait, à la galerie Grosvenor, une magnifique collection de dessins, à laquelle la reine, le duc de Devonshire, lord Warwick, M. Malcolm de Poltalloch, M. Frédéric Locker et M. 6. Mitchell ont généreusement contribué; les princi-

paux maîtres anciens étaient Raphaël, Michel-Ange, Léonard de Vinci, Holbein, Rembrandt, Nicolas Ma^s, Frans Hais et Adrien van Ostade ; il y avait en outre une belle collection d'aquarelles de Pécole anglaise. On a publié un catalogue avec quatorze planches et une introduction critique par M. J.-Canyns Garr.

. A la même époque, on a ouvert, au Burlington Fine Arts Club, une exposition de paysages, Tœuvre de feu M. Raven, et de gravures de Hans Sebald Beham; M. W.-J. Loftie a publié un excellent catalogue descriptif de ces dernières. Au printemps, le môme club a exposé une collection choisie de dessins des anciens maîtres hollandais. Le système adopté par ce club de borner ses expositions aux œuvres d'un artiste, d'une école, ou d'une période particulière, est très louable. Des notes intéressantes sur cette exposition, par M"« Heaton et M. le docteur Richter, ont été publiées dans VAcademy du 4 et du 11 mai.

A la Galerie des Beaux-Arts, ÎBond street, on a exposé pendant le printemps et l'été la collection de dessins par Tumer, appartenante M. Ruskin ; elle est non seulement de beaucoup la plus belle qui existe, à l'exception de la Galerie nationale, mais aussi la plus complète, car elle permet de suivre pas à pas le progrès et la décadence de l'artiste ; il s'y trouvait en même temps un superbe choix de gravures d'après ses dessins. Unr peu après, durant la saison, une série de dessins par M. Ruskin lui-même fut ajoutée à cette exposition.

Au mois de juin, on exposa à Glasgow une collection de deux cent soixante-six peintures à l'huile et de cent quatre-vingt huit aquarelles choisies dans les galeries

privées des habitants de cette ville et de ses faubourgs ; on y a vu de beaux tableaux de Gainsborough, Turner, Holman Hunt, Roberts, Stanfield, Leys, P.-J. Glays, Rosa Bonheur, etc.

UArt Club de Liverpool a eu au printemps une belle exposition de gravures sur bois, avec un catalogue précédé d'un Aperçu historique de cet art, par un de ses membres, M. J. Newton ; — et en automne, une exposition archéologique où l'on a réuni une collection de tabatières chinoises (bouteilles à priser) et d'autres objets en émail, en porcelaine, en ivoire, etc., destinés aux priseurs ou aux fumeurs; des sculptures en bois du xv« et du xvi" siècle, appartenant à M. J. Irvens ; des collections de tapisseries, de peintures, de dessins, etc.

Au mois de mai, une grande exposition de tableaux et d'objets d'art a été ouverte à Manchester pour subvenir aux frais de construction d'une nouvelle école d'art dans ce grand centre industriel.

Au mois d'octobre. Bristol a eu une belle exposition de tableaux anciens et nlodemes, d'objets d'art, etc., parmi lesquels un superbe assemblage de porcelaine de la fabrique de Bristol.

Norwich a eu en novefnbre une exposition de tableaux et aquarelles prêtés, œuvres de Crome, Gotman, Read, etc.

Depuis longtemps on n'avait vu une exposition de l'Académie royale aussi peu intéressante que celle de cette année. L'ensemble était assez bon, mais sur mille cinq cent quarante-sept peintures exposées, il ne s'en trouvait pas une vraiment remarquable ; quelques

tableaux qu'on pouvait compter au nombre des plus mauyais exposés sont l'œuvre d'académiciens qui abusent par trop de leurs privilèges.

Tàbleaiix d'histoire. — Parmi les tableaux d'histoire, nous mentionnerons ries Princes à la Tour de Londres , de H. Millais, simple mais saisissant ; les deux garçons se sont arrêtés en entendant les pa^ de l'assassin qui les suit et dont l'ombre est visible sur la muraille au-Kiessus. Les Cités de la plaine, de M. E. Armitage; un sheikh arabe, sur le devant du tableau, contemple les villes brûlant dans le lointain. Deux tableaux du temps de la guerre civile, exposés par MM. P. Galderon et W. Yeames, un Échevin municipal très agité, lisant une dépêche de la guerre, à la fenêtre de l'hôtel de ville, et trois Invalides du premier Empire absorbés dans la lecture de la (c (îazette de France », tableau exposé par M. A. Gow, une Femme et une Fille sur la plate-forme d'une maison dans une île de la Grèce ; l'enfant dévide un écheveau de laine orangée, que tient la femme; Wellington se retirant de Quatre-Bras vers Wafer/oo, tableau de M. Croît ;nnel)B.nde de Cavaliers armés, prêts à s'avancer en bataille, de M. J. Gilbert.

Tableaux de genre. — M. Marks expose une Assemblée de neuf secrétaires qu'un dixième vient rejoindre, tableau plein d'humour ; M. B. Rivière, un Troupeau d'oies alarmées à la vue d'un chapeau tout usé qui se trouve sur leur chemin ; M. Leslie, une agréable composition représentant un Groupe de jeunes filles de pensionnat écoutant une compagne plus âgée qui chante «. Home, sweet homel » M. Herkomer, le ^otr, scène dans la section des femmes à la maison des pauvres de Westminster; M. Frith expose une série de cinq

peintures sous le titre : fe Chemin de la ruine; M. P. Morris, la Première Communion, à Dieppe.

Paysages. — Citons les suivants : rÉté de la Saint-Martin, par M. Millais ; une Vue à Battersea avec un nuage s'éloignant de là lune, par M. Lawson, et une Vue sur la côte de'Comouailles, par M. Brett.

Portraits. — Les principaux étaient : Madame Langtry tenant un lis de Jersey ; le Comte de Shaftesbury, par M. Millais ; un portrait en pied de if « Leyland, par M. P.-R» Morris.

Les aquarelles étaient comme toujours nombreuses et excellentes ; une Excursion sur la Tamise, au clair de la lune, par A. Mac Callum, était de toute beauté.

Dessins d'architecture. — Parmi les 140 dessins exposés dans la salle d^architecture, citons : une Vue extérieure dePhôtel de ville projeté, par feu sir G. Scott, pour Hambourg; M. Pearson, une Vue en perspective de Textérieur d'une église en brique rouge, encore inachevée ; M. Street, une Vue extérieure, et M. Brooks, un Intérieur d'église; .M. V^aterhouse, un Intérieur du Musée d'histoire naturelle, en construction à South Kensington; M. Champneys, une Élévation des nouvelles écoles où auront lieu les examens des étudiants, à Oxford ; des Projets d'architecture civile et domestique, par MM. N.

Shaw, Glarke et Pearson. Parmi les études d'après des monuments anciens se distinguaient deux superbes Vues de l'Abbaye de Saint-Alban, par M. Neale, et une Vue de Glastonbury, par M. P. Spiérs.

La sculpture, comprenant 135 œuvres, offrait peu d'intérêt; une statue en bronze d'un Chevalier, par M. Armstead ; deux Portraits en buste, par M. V^oolner,

et Persèe U libérateur, par M. Simonds, étaient ce que cette partie offrait de plus intéressant.

Parmi 241 œuvres de 95 artistes, exposées*à la Galerie Grosvenor, la plus grande contribution, provenant de M. Burne Jones, comprenait six figures personnifiant les Saisons, le Jour et la Nuit, et quatre ou cinq autres peintures, dont la plus importante, le Chant d'amour, représente un Chevalier couché sur un chemin qui borde un parterre dans le parc d'un château du moyen âge; il écoute une dame qui joue sur un orgue portatif soufflé par TAmour. Ce tableau, puissant de couleur, est moins désagréable comme sentiment qu'un autre intitulé Laus Veneris, qui représente une languissante reine d'amour dans son boudoir, sa couronne sur les genoux ; autour d'elle sont des demoiselles d'honneur préludant à leurs chants ; cinq jeunes nobles à cheval passent au dehors ; l'un d'eux jette un regard vers la dame. M. Jones a certainement beaucoup d'imagination poétique et beaucoup de goût quant à la coloration, mais il ne mérite pas les louanges exagélrées que lui ont décernées plusieurs critiques, tels que M. W. Rosetti, qui le compare à Botticelli et à Carpaccio. M. R. Stanhope envoie quatre peintures, le Matin, le Soir, la Sulamite, et Cupidon et Psyché. M. W. Cran« a exposé neuf tableaux, dont Pun très grand représente le Sort de Persèphone, et un autre fest inspiré par un poème de Keats; M. Strudwick, un sujet symbolique intitulé Jours qui s'écoulent. Un artiste américain assez excentrique, M. Whistler, élève dé M. Gleyre, montrait un nombre d'esquisses inachevées portant des titres fantastiques tels que : Nocturnes, Harmonies et Arrangements,

qui attirèrent sur lui Tamère critique de Téminent littérateur, M. Ruskîn. Les paroles du professeur irritèrent à un tel point l'artistç qu'il lui intenta un procès, réclamant 25,000 francs pour dommages faits à sa réputation ; le jury lui accorda un farthing (2 centimes et demi). Les amis de la critique libre ont immédiatement ouvert une souscription pour payer les frais de la défense du professeur. Mentionnons de M. Millais deux Jumelles en amazone d'un vert foncé, accompagnées d'un chien de chasse ; de M. Watts, le Temps et la Mort, œuvre remarquable; trois beaux Paysages de M. C. Lawson. MM. Herkomer, Aima Tadema, Legros, Tissot, Robert Macbeth, Armstrong et Albert Moore ont contribué également à l'éclat de cette seconde saison de l'exposition.

L'exposition des Artistes britanniques a eu lieu pour la dernière fois dans leur Galerie de Sufifolk Street, l'hiver dernier, et, pour la première fois, à Conduit street au printemps de 1878. Depuis plusieurs années, le nombre de bons tableaux exposés par cette société a été très restreint ; il en était de même cette année-ci. Deux œuvres remarquables de M"® B. Meyer s'y trouvaient cependant; l'une* intitulée ifawmises Chalandes, représente un antiquaire debout à la porte de sa boutique, tandis qu'une femme lit un de ses bouquins, et qu'une jeune fille regarde ses curiosités ; il fume sa pipe sans se déranger, sachant fort bien que ni l'une, ni l'autre ne dépensera un sou chez lui. L'autre tableau est un Anniversaire de naissance de George ÏII, à Windsor; la coloration (Jes chairs laissait toutefois à désirer. Un Portrait de profil du peintre J. Burr, par M. Pettie, d'un beau coloris, et peint avec beaucoup d'habileté, était aussi

assez bon. A l'exposition printdnière, il n'y avait pas un seul tableau de première qualité ; le meilleur était V Avant-Garde, groupe de cinq chevaliers, par sir John Gilbert.

L'Exposition d'hiver de tableaux de chevalet à l'huile, onzième de celles qui ont eu lieu à la Galerie Dudley, n'a pas manqué d'intérêt. Nous nous bornerons à mentionner : la Procession de la Fête-Dieu, dans une ville néerlandaise du xvi« siècle, par M. Hemy ; le Jardin potager dune villa romaine, par M. Aima Tadema; le Sommeil de Brinhild, par M"* Hooper ; il y avait encore des peintures intéressantes, par M. C. Lawson, M. Pettie, M. Gregory, M. Watts, etc., etc.

L'exposition printanière était décidément inférieure; on n'y voyait aucune peinture remarquable. Mentionnons, parmi les meilleures, un Portrait d'une dame en jaune, par M. Crâne ; un autre d'une petite fille en bleu clair, par M. J.-C. Moore; une Vue véiiitienne sous le pont des Bareten, par M. Cabianca ; un Jardin de paysan, i^diV M. F.-S. Walker; enfin, d'autres tableaux par M. Sowerby, M. Bridell-Fox, M"* Allingham, etc., etc.

En été a eu lieu l'Exposition annuelle d'œuvres en noir et blanc; celle-ci a dépassé celle de l'année 1877, mais le comité ferait beaucoup mieux, s'il excluait les œuvres de troisième et de quatrième ordre. M. Poynter a exposé une belle étude intitulée la Course d'Atalante; M. Arthur March, un beau dessin très dramatique, le Fanal; M.- W.-G. Addison, une excellente Étude de paysage, et M. Lionel Smythe une fort jolie composition représentant les Habitants d'un port français

attendant le retour des bateaux de pêcheurs, MM. H. Marks, Joseph Kïiight, Franchi, Powell et Du Maurier se sont aussi fait remarquer. On y a vu également bon nombre d'eaux-fortes dont les meilleures étaient de MM. Chauvel, Herkomer, Edwin Edwards et Macbeth.

A rAthenœum allemand, il y a eu au mois de mars une exposition d'une centaine de tableaux, parmi lesquels se distinguent des Portraits par MM. Herkomer et Lenbach, et des études d'animaux par M. Wolf.

La Société d'Aquarellistes a exposé une collection d'esquisses et d'études, dont voici quelques titres : Naur frage c?ela Victoire, près d'Alderney, en 1744, tableau peint par M. Andrews ; Terrain pierreux, par M. Marsh ; cette peinture montre des femmes ramassant des pierres sur une terre stérile qu'on va cultiver; Flora, œuvre d'Alma Tadema, représente une jeune fille vêtue d'une robe d'un gris bleu, cueillant des anémones ; la Route, par Jean Gilbert ; une Vue d!automne dans le comte d*Argyle, par M. North ; la Chapelle de Saint-Edouard, à T abbaye de Westminster, l'œuvre de M. Boyce. Parmi les autres peintures, mentionnons celles de MM. Haie, Robert Macbeth, Shields, Watson, Hunt, Hopkins, M"»* Allingham, etc. . A l'exposition d'hiver de l'Institut d'aquarellistes, les meilleurs tableaux étaient : Saint George revôtu d'une armure d'acier,, par M. Gregory ; le Pavillon dé trêve, par M. Linton, représentant un militaire à cheval qui porte le pavillon blanc ; le Naufrage, par M. Small ; et d'autres, par MM. Herkomer, T.-W. Wilson, Gow, etc.

Au mois de mars, il y eut une exposition d'aquarelles chez M. Agnew, se composant d'œuvres deMM. W. Severn, Millais, Lewis, W. BrookS, W. Hunt, etc.

En avril, l'Institut des aquarellistes exposa, entre autres peintures, les suivantes : Un Corbeau en cage se moquant d'une troupe de puritains, à la grande joie de deux cavaliers, dans une auberge, par M. Gow; les Émigrés, cherchant à se faire transporter au delà de la Manche par un jeune marin, par M. Linton ; une Vieille femme et une Fille attendant leur tour devant un confessionnal, par M. Clausen ; des Faucons, par M. Wolf, et deux Paysages, par M. Aumônier et M. Hine.

Au mois de mai, M. Elijah Walton exposa dans une galerie, à Piccadilly, une série d'aquarelles peintes par lui-même.

L'ancienne Société d'aquarellistes a organisé une exposition durant ce mois ; un Vieux guerrier breton, debout sur les marches d'un temple dans une cité romaine, empoignant sa hache, par Cari Haag ; deux Vues sur la côte, à Whitby, par A. Hunt, et la Vallée de l'Avon, par M. Boyce, pouvaient se ranger parmi les plus remarquables. M™* Allingham, MM. Mathieu Haie, Birket Foster, F. Lloyd et A. Marsh ont contribué à rendre cette exposition attrayante.

Au mois de juin, M. A. Tidey, exposa à Percy street des Vues de la Corse et de Jersey, et quelques Portraits.

Pendant le même mois, il y eut à Lowther Lodge une exposition de tableaux, d'aquarelles, de miniatures enluminées, de dessins, de broderies, de sculptures en bois, œuvres d'amatexirs qui prouvent que les arts ont un assez grand nombre de disciples dévoués parmi les hautes classes en Angleterre.

Au Brazenose Club, à Manchester, on exposa au mois de janvier des Tableaux de M. J.-D. Watson, avec un .

catalogue raisonné, illustré par M. Watson et plusieurs de ses amis, précédé^ d'une Notice biographique. L'Académie des arts a aussi tenu son exposition annuelle; un catalogue orné d'esquisses d'après les principaux tableaux, par les artistes eux-mêmes, a été édité par M. R. Smith. A Liverppol, Newcastle et Southport il y a aussi eu des expositions.

L'Exposition écossaise, qui a été faite à Edimbourg au mois de février, a été meilleure que d'ordinaire ; les Paysages étaient surtout remarquables ; parmi ceux-ci, il y en avait par W.-D. M'Kay, Bough, Cassie, Fraser, Smart et G. Hay ; il y avait aussi des Portraits par MM. Herdman, G. Reid, J. Lorimer et P. Adams ; et des tableaux à personnages, par MM. W.-E. Lockhart, sir N. Paton et W.-D. M'Kay.

Parmi les expositions de tableaux des écoles continentales, nous mentionnerons celle tenue à la Galerie française, 36« de la série ; celles qui se firent à la nouvelle galerie belge, et d'autres organisées par MM. Goupil, Maclean, Wallis et Tooth.

Les ventes de la saison. — Collections Palmer, Jupps, Noyar, J. Tumer, Brogden, Iteugh, etc.

Cette année, il n'y a guère eu de ventes de collections qui aient fait sensation. Voici la liste des plus importantes. Au mois dje janvier, la collection de M. Palmer a été dispersée, mais les tableaux n'ont guère été payés selon leur valeur. Un Jésus Salvator, de P. Morris, a été adjugé au prix de 2,625 francs.

, En féyrier, eut lieu la vente de la collection de tableaux anglais appartenant à M, lupps ; parmi ceux-ci il s'en trouvait de bons de P. Nasmyth, (dont Tun rapporta 5,644 francs), de J. Linnell, E. Verboeckhoven, etc. Il y eut une vente au mois de mars, chez Christie et Manson ; voici les titres de quelques-uns des tableaux qui y furent vendus, avec les sommes qu'ils ont rapportées : le Pasteur mercenaire, par W. Linnell, 7,200 francs; Passant devant la croix, scène bretonne, par F. Goodall, 6,550 francs; un Champ de blé dans le Boulonais, par H.-W.-B. Davis, 3,650 francs ; les Premiers Soins maternels, tableau de genre populaire, par T. Faed, 6,300 francs ; un Portrait de lady Smyth et de ses enfants, par sir J. Reynolds (gravé par Bartolozzi), 32,800 francs; le Marquis de Granby, par le même (gravé par S.-W. Reynolds), 4,325 francs ; Portrait d'une femme, par Rembrandt, 11,800 francs ; Portrait de M"» van Westreenen de Tremant, peint par J.-B. Greuze, en 1802, 7,600 francs; le Guitariste, et d'autres figures, panneau ovale, par Teniers, de 25 sur 30 centimètres, 14,175 francs ; la Fuite en Egypte, par A. Cuyp, 7,612 fr. 50 c. Parmi les aquarelles, se trouvaient : une Vue de Lincoln, par Pierre de Wint, 19,025 francs; une Vue de Londres, prise sur la. Tamise, par Gopley Fielding, 4,450 francs; la Chasse au Sanglier, par F. Taylor, 2,750 francs; une Vue de Menaggio, sur le lac de Côme, par T.-M. Richardson, 2,625 francs. — A la vente de la collection de feu M. F.-W. Topham, le chef-d'œuvre de ce peintre, la Foire de la Ducasse, à Connemara (Irlande), fut vendu 17,575 francs ; des aquarelles du même maître furent adjugées à des prix variant de 500 à 6,000 francs. Men-

tionnons encore un dessin important, par Ë. Duncan, représentant des Bateaux hollandais bravant une tempête; cette œuvre réalisa 8,925 francs ; le Porf de Gênes au clair de la lune, pSirJ, HoUand, 7,220 francs ; un Jour venteux, par D. Cox, 5,381 francs.

En avril, se fit la grande vente de tableaux modernes, celle de la collection Novar. Jamais les tableaux de Turner n'ont atteint des prix aussi élevés, mais aussi jamais une telle collection n'a été dispersée aux enchères. La vente entière réalisa 1,916,250 francs, les œuvres de Turner seules produisant 1,496,250 francs. Une Vue de Rome, prise du mont Aventin, tableau à Thuile, fut adjugé au prix de 153,562 francs ; et une aquarelle représe^iitant un Pont de suspension sur le Tees, au prix de 37,275 francs. Un Portrait de M"« Stanhope, par sir J. Reynolds ; une Vue du Marché aux poissons, et une autre du Grand Canal, à Femse, par Bonington réalisèrent chacun 78,750 francs. Il y avait aussi des tableaux par Hogarth, Etty, Constable, etc.

Au mois de mai, on vendit la collection de tableaux modernes de M. F. Turner et M. Brogden ; les principaux tableaux étaient : Bateaux se heurtant en entrant dans unport sur le Zuyder-Zèe, par G. Stanfield, 36J750 francs ; un Tableau par sir E. Landseer, 42,000 francs, et deux par Turner, 31,500 fraùcs pièce. L'importante collection de M. Heugh, passa aussi aux enchères : citons : l'Atelier de saint Joseph, par Millais, 11,812 francs ; le Bouc émissairci par Holman Hunt, 12,600 francs ; Portrait de sa femme, par Raeburn, 16,012 francs;. Traversant le gué, par H. Thompson, 20,475 francs ; un Paysage de Gainsborough, 13,125 francs, et deux Portraits de ses filles, l'un vendu

pour 9,450 francs, et Tautre pour 9,187 francs ; deui Écoliers par sir J. Reynolds, 8,400 francs ; une Vue dans le comté de Westmoreland, peinte en 1792, par G. Morland, 7,875 francs; une Vue du pont de Londres, par C. de Jonghe d'Utrecht, 19,687 francs? la Belle Limorwr dilre, par Netscher, 5,458 francs ; un Calme, par W. Van de Velde, 6,165 francs; un Wynants, 6,560 fr, et une Madone, par Murillo, 13,125 francs. Parmi les aquarelles, il s'en trouvait de fort belles, par de Wint, Turner, P. Walker, etc.

En juin, fut vendue la partie ancienne de la Galerie Novar ; cette vente produisit plus d'un^million de francs, sans compter la Madonna dei Candelabri de Raphaël,, qui fut retenue, la dernière enchère s'élevant à la somme énorme de 487,500 francs. Ce tableau, qui avait été exposé à Paris chez Goupil, un mois avant la vente, a depuis donné lieu à une discussion dans le Times, VAcademy VAthenœum, résumée dans une brochure, par M. J.-C. Robinson, l'heureux possesseur d'un pendant du tableau, acquis à un prix très minime. La Vierge à la Légende du même maître s'est vendu pour 78,750 francs. Un Port de mer, par Claude Lorrain, fut adjugé au même prix ; un Paysage de Hobbema, 52,760 francs; un Saint Antoine de Padoue, par Murillo, 59,062 francs ; le Verre de limonade, par Terburg, 48,560 francs; les Effets de lahoisson, par J. Steen, 32,810 francs; les Deux Marquises, ]^t Watteau, 59,062 francs; la Vision de sainte Hélène, <ni rinvention de la croix, par Paul Véronèse, fut acquise par la Galerie nationale, pour 86,625 francs.

ALLEMAGNE

Administration des Beaux-Arts, budget; réformes nécessaires. — Propositions insuffisantes de la commission. — Discours de M. Mommsen. — Vote de la Chambre des députés du Landtag. — Les écoles actuelles de peinture. — Les sociétés d*amateurs de Tart (Kunst- Terein) et leurs expositions*. — Le Salon de Berlin.

L'Administration des Beaux-Arts d'Allemagne a été, pendant Tannée 1878, sous lé coup d'une réforme considérable. Depuis longtemps, on comprenait la nécessité de modifier et surtout de simplifier son organisation. Avec ses. rouages très compliqués, avec ses innombrables intermédiaires, ce service se trouvait dans l'impossibUité de rien faire qui pût être vraiment utile aux beaux-arts. Le budget qui lui était alloué comprenait une somme totale de 2,438,230 mark ; soit 3,047,782 fr. 90 centimes, dont la majeure partie était affectée aux chapitres suivants:

Traitements 156,000 marck.

Employés, huissiers, otc 56,614

Entretien ded collections et achats . . 448,375

Entretien dds bâtiments. 56,620

Frais divers. 215,783

lA commission du budget de 1876, comprenant la nécessité d'une réforme, avait demandé au gouvernement de répartir entre les différents musées, et selon les sections des sommes suffisantes destinées à enrichir les collections. Ces sommes eussent été mises à la libre dis-

position des directoires de chaque section et employées sous leur responsabilité. En outre, un fonds de réserve plus considérable eût été mis à la disposition d'un comité composé de tous les chefs de section délibérant sous la présidence d'un directeur général. La commission demandait en outre qu'il fût pourvu, dans le plus bref délai, aux places de directeurs vacantes ou occupées seulement par des fonctionnaires nommés ad intérim ou à titre provisoire.

Sur ces propositions, un grand débat s'engagea dans la Chambre des députés du Landtag prussien. M. Mommsen, l'éminent archéologue, l'auteur de V Histoire romaine, prit la parole pour démontrer que les réformes proposées par la commission étaient insuffisantes, et qu'il fallait opérer une révolution radicale dans l'organisation de l'Administration des Beaux-Arts.

M. Mommsen, examinant la situation de ce service, n'a pas eu de peine à prouver qu'il fallait prendre pour base du nouveau ^stème administratif, le directeur de chaque subdivision. C'est sur ce fonctionnaire, en effet,, que retombe en somme tout le travail utile. Il faut donc que les directeurs aient, avant toli^:, une position qui leur permette d'agir librement à toi^s égards et de consacrer toute leur activité à l'accomplissement de leur mission. Dans l'état actuel, il n'en est pas ainsi. Presque tous les directeurs de musée sont en même temps professeurs de quelque université. Ce eumul de fonctions est un obstacle. Les directeurs, ^ qui l'on accorde un crédit pour voyager, afin d'enrichir les musées, sont retenus par leurs cours. Tandis que les directeurs au BHtish Muséum de Londres vont partout, en quête des raretés, leurs

collègues allemands restent confinés dans leur cabinet ou dans leur classe. Ce n'est pas tout. Les directeurs n'ont aucun droit de décision. Ils ne peuvent que présenter des propositions pour les acquisitions jugées utiles. Ces propositions sont d'abord renvoyées à ce qu'on appelle la direction technique, ô'est-à-dire à un comité composé de personnes qui sont compétentes ou qui ne le sont pas; delà, elles arrivent à la direction générale, qui les soumet à S, A. I. et R. le prince héritier, protecteur officiel des arts, lequel les envoie au ministère qui, dans certains cas, sollicite encore Tautorisation de l'empereur lui-même. « Et chacune de ces cinq autorités, ajoute M. Mommsen, a le droit de faire une bévue, car elle a le droit de veto. Dans ces conditions, est-il possible qu'un homme conserve le pouvoir d'être utile, d'être actif, d'avoir de l'initiative? »

Voici enfin la péroraison du discours de l'éloquent orateur : « Je le répète : trois points demandent à être soumis à un sérieux examen. Il nous faut des mesures propres à amener la réalisation de ces deux réformes nécessaires : la centralisation des fonds d'une part, de l'autre leur répartition par des comités composés de gens compétents, de spécialistes. Supprimons, messieurs, tous . ces intermédiaires inutiles; plus de comité technique, pas de direction générale. Rendons à l'auguste protecteur des musées royaux la véritable protection à laquelle il est appelé, mais ne faisons pas de lui une sorte d'employé administratif, qu'il n'est pas. Et tenons ferme avec deux bouts du système. Ce sont les seuls bons. Rendez le pouvoir central au ministère, au département auquel il revient; et les directeurs de section, mettez-les en

rapport direct avec le ministère. Ainsi nous arriverons aux résultats que nous désirons tous. »

A la suite de cet éloquent discours, la Chambre des députés a repoussé les propositions de la commission et voté une proposition, formulée par MM. Mommsen, Lasker et Wehrenpfennig, tendant à ce que le gouvernement introduise dans l'administration des musées des changements dans le sens de la simplification et de Id décentralisation.

Cette résolution constitue un fait important et dont il sera intéressant de suivre les. effets.

L'intérêt que le public allemand porte aux choses de l'art ne date guère que du commencement de ce siècle, mais il est devenu peu à peu assez vif, et l'on peut dire que la curiosité se montre empressée à suivre tout ce qui concerne le développement de cette branche du

progrès humain. Il faut ajouter que les manifestations artistiques de l'Allemagne ont notablement changé de caractère depuis quelques années. La petite colonie formée à Rome, au commencement de ce siècle, qui s'était établie au Monte-Pincio et que Louis P' roi de Bavière a le grand mérite d'avoir appelée à Munich, a vu finir son influence. Les Carsteus, les Koch, les Overbeck, les Peter von Cornélius, ces grands imitateurs qui ont été en même temps des peintres si originaux, n'ont plus de pouvoir, et les doctrines de ces nouveaux Nazarééns ne sont plus écoutées. L'art qui domine aujourd'hui en Allemagne ne relève plus des traditions qu'ils ont laissées ; ils balbutient des paroles plus jeunes et s'essayent dans de nouveaux chemins. Il y a quelques années encore, on pouvait classer presque chaque pein-

ture comme appartenant soit à Técole de Munich, soit à Técole de Dusseldorf, Quoique ces deux écoles n'aient point cessé d'exister, les principes de l'art qu'on y enseigne et qu'on y exerce ne sont pourtant plus les mêmes. L'Académie de Berlin a aujourd'hui une importance presque équivalente à celle de Munich ; celles de Dresdeh, de Karlsruhe et surtout de Weimar sont également considérables. Parmi léfe cinq cents artistes allemands qui ont pris part cette année au salon de Berlin. (Akademische Jahres Ausstettung)l on en comptait 195 de Berlin, 101 de Dusseldorf, 54 de Munich et 26 de Weimar. Mais on doit bien avouer que ces principes, qui font généralement distinguer les maîtres d'après les écoles, ne sont plus applicables aux peintres d'aujourd'hui. Les traditions de style qui se remarquaient encore chez les élèves directs de Cornélius sont maintenant complètement délaissées. Le sùbjectivisme le plus absolu est hautement professé par les artistes; chacun entend n'obéir qu'à son inspiration particulière, à son goût et à son tempérament.

Il y a beaucoup d'expositions d'objets d'art en Aile-' magne, mais elles n'ont ni grand éclat ni puissant attrait. Dans toute ville comptant de cinquante à cent mille âmes, il existe ce qu'on appelle un Kunstverein (Société des amateurs de l'art). Ces sociétés possèdent presque toutes un local, et organisent des expositions dans lesquelles les artistes font figurer les œuvres pendant des semaines ou même des mois. Souvent il arrive que ces cercles sont en relation avec le musée de la ville. Aussi un bon artiste a-t-il quelques chances de vendre ses œuvres, surtout quand les journaux s'en occupent.

C'est ce qui fait également qu'un grand nombre de musées sont abondamment pourvus d'œuvres de la dernière médiocrité. Il y a des artistes qui, de cette manière, font circuler leurs tableaux de sociétés en sociétés pendant trois ou quatre ans; les salles du Kunstverein contiennent toujours une vingtaine de tableajax modernes qui se renouvellent chaque mois.

Le Kunstverein peut être considéré comme une école des beaux-arts. Des professeurs spéciaux y font en effet des conférences parfois très instructives, et qui ont principalement pour objet l'art classique de la Renaissance. En dehors de cet établissement en quelque sorte indépendant, l'enseignement des beaux-arts n'est donné en province que par quelques écoles, n'ayant qu'une importance secondaire. Malgré les efforts du gouvernement, qui a fondé récemment dans diverses universités, des chaires pour l'histoire de l'art moderne, les étudiants n'ont pas beaucoup l'occasion d'étudier ces questions et de former leur goût par le spectacle des belles œuvres. L'intérêt du public se porte donc naturellement vers les scènes de genre, le paysage mouvementé, les épisodes dramatiques, les petites anecdotes racontées dans d'agréables peiûtures de cabinet. Sans doute on regarde avec respect, sans trop les comprendre, les fresques de Kaulbach dans le Treppenhaus du musée de Berlin, que l'on considère comme des chefs-d'œuvre incomparables, à la hauteur des peintures de Raphaël au Vatican ; mais on semble prendre plus de plaisir, au delà du Rhin, à voir les vastes toiles de M. Hans Makart ou d'autres œuvres historiques de cet ordre;

Le Salon de BerUn a été ouvert le l*»" septembre 1878.

Le paysage y était représenté par 330 toiles, la peinture de genre par 270, le portrait par 121, la nature morte par 41. La peinture la plus admirée est une composition historique par M. ï'ranz Defregger, peintre de genre, qui s'est fait un nom par ses représentations vives et typiques des mœurs primitives et des costumes pittoresques du peuple tyrolien. Dans ce tableau, M. Defregger a montré Andréas Hofer, fusillé sous Napoléon I*' comme défenseur du sol natal. On y voit le héros du Tyrol au moment où il va être exécuté par des soldats français; ses compatriotes l'entourent en sanglotant : la scène se passe sur les marches d'un étroit escalier qui ^ descend sur la cour de la prison. La critique s'est accor- • dée à trouver cette œuvre remarquable au point de vue de la couleur, mais elle a reproché à l'artiste de n'avoir point donné à la figure du personnage principal, ce cachet de naïveté et d'individualité qui éclate dans ses autres compositions. On a pu même taxer de ridicule négligence la coupe de la barbe des soldats français qui est celle que l'on a portée sous le second empire; à quoi M. Defregger a cru pouvoir répondre pour se défendre qu'on l'avait pressé d'envoyer sa peinture avant qu'elle fût achevée. Un autre peintre de genre bien connu, M. Holmberg, s'est montré très humoristique dans le Tabakscolleg du roi Frédéric-Guillaume I'^ (Réunion de* fumeurs). M. Menzel a commencé les illustrations du célèbre roman de Gustave Freytag, die Ahnen (les Ancêtres), qui ont été plus louées que son tableau représentant Frédéric le Grand devant le tombeau du Grand Électeur, scène devenue historique par un mot du roi, moitié français, moitié allemand, adressé à son entourage : « Messieurs,

der hat viel gethan (Messieurs, en voilà un qui a fait beaucoup).» MM. Vautier, Mathias Schmid et Alpis Gabl ont aussi exposé au salon de Berlin ; les qualités de leurs peintures dç genre ont été naturellement beaucoup appréciées. Parmi les portraits, la palme a été donnée au Portrait de la comtesse Karolyi, femme de l'ambassadeur autrichien à Berlin (maintenant à Londres), de M. Gustave Riçhter. De Taveu de tous, malgré sa grande réputation, l'artiste ne s'était jamais élevé à une telle hauteur. Gomme peinture historique, nous ne citerons que l'Enir pereur Napoléon III à la bataille de Sedan, par M. Gamphausen, qui n'a voulu rien moins que traduire d'une façon dramatique ce passage de la lettre adressée par Napoléon au roi de Prusse: <( N'ayant pas pu mourir au milieu de mes troupes...» L'effet de cette composition qui montre l'empereur à cheval, exposé à un feu formidable, n'est pas du tout sans doute celui que cherchait l'auteur, et atteint les proportions du plus haut comique par les sentiments exagérés des figures, la vulgarité déclamatoire de l'expression, les airs de matamore désespéré et les gestes cocasses de Napoléon.

Si l'on ne craint pas d'avouer en Allemagne la supériorité de l'art français, on ne consentirait pourtant jamais à dire que la peinture religieuse ait quelque comparaison à redouter avec sa voisine, telle que celle-ci du moins s'est montrée à l'Exposition universelle de 1878. Au contraire, les Allemands reprochent à la peinture religieuse de la France l'absence totale de mysticisme et de sincérité, le mouvement désordonné des figures, la hardiesse des gestes. La Pietà, de M. Alexandre Teschner,a été beaucoup louée pour la noblesse du sentiment et l'har-

monie sombre de la couleur. Cette composition â été achetée par l'empereur Guillaume. Malheureusement Partiste n'a pu tirer profit de cet honneur ; il a succombé récemment à une maladie causée par les fatigues de son art.

Les opéras de Richard Wagner semblent avoir exercé une certaine influence sur Timagination des peintres. Quelques artistes ont essayé de représenter des scènes de Tancienne mythologie germanique et des ballades des troubadours (Minnesinger). Mais la littérature de cette période n'est point populaire, et les compositions qui s'y rapportent ne peuvent être accessibles à l'intelligence du public que par de longues explications fournies par le catalogue.

Cependant, en dépit de ces œuvres de mérite, le Salon de Berlin n'a point été cette année fort brillant. Ni H. Knaus, ni M. Gussow, ni M. Achenbach n'avaient exposé. C'est pourquoi la critique a poussé la sévérité jusqufà dire que « jamais le Salon n'avait réuni tant de peintures médiocres )>. On pourrait ajouter avec plus de justice et de vérité, à ce qu'il semble, que cette exposition annuelle ne correspond pas aux besoins de l'art en Allemagne et ne satisfait pas suffisamment la curiosité du public. Eli 1876, on avait vendu 160 des tableaux exposés au Salon ;en 1877, on n'en vendit que 125. Le nombre des visiteurs avait été de 120,462 en 1876, tandis que, l'an passé, il n'a été que de 92,771. Ces chiffres sont descendus encore, plus bas en 1878. Un si pauvre résultat peut-il être imputé à l'attrait exceptionnel de l'Exposition de Paris? Non, sans doute, car les œuvres qui ont paru à celle&^i étaient toutes plus ou moins connues du pu-

blic allemand, puisqu'elles provenaient de la galerie de Berlin, au lieu que le Salon ne montrait que des compositions nouvelles et par cela même plus piquantes pour la curiosité. C'est à des causes plus générales et ayant leur source dans le caractère national comme dans l'éducation du goût allemand qu'il faut attribuer cette espèce d'insuccès du Salon de Berlin. ,

LES MUSÉES. — La Galerie nationale de Berlin; le nouveau Catalogue. — La Galerie de Cassel. — Le Musée de Francfort et de Dresde.

La Galerie nationale de Berlin est ouverte au public depuis 1876. Elle contient les œuvres modernes des artistes allemands et n'exclut point les artistes encore vivants. L'extérieur de ce musée ressemble à un temple corinthien ; l'architecture en est tapageuse et lourde, avec ses formes byzantines et son affectation de richesse fastueuse. Le jour y pénètre mal, et l'on a été obligé, dans les derniers mois de l'année, de commencer certains travaux dans les bâtiments pour distribuer aux peintures une meilleure lumière. Les salles les plus vastes sont remplies par les cartons de Peter von Cornélius, qui étaient destinés à l'exécution des fresques du Campo Santo de Berlin, lequel ne sera probablement jamais construit. Le célèbre artiste y avait travaillé de 1841 à 1867. Ces compositions sont d'un art sévère, qui ne plaît pas beaucoup actuellement au public berlinois ; celui-ci préfère sans contredit les œuvres pseudo-historiques de M. Hans Makart. C'est pourquoi sans doute la direction de la galerie vient enfin de se décider à donner satisfac-

tion à ce goût marqué, en consentant, après des réticences bien excusables, à acheter pour un prix exorbitant à l'artiste viennois son tableau intitulé Catherine Comaro recevant l'hommage des habitants rfe Venise, On trouve aussi maintenant au musée de Berlin le Repas de Platon, par Aurélien Feuerbach, et les Champs élysées (die Gefllde der Seligen), par Arnold Boecklin : ces deux artistes ont un talent trop original pour trouver là de vrais admirateurs.

Chose curieuse! aucun des nombreux musées de FAllemagne ne possédait encore un catalogue dans le genre de ceux du Louvre, comme Villot ou M. le vicomte Both de Tauzia en ont rédigé. Les gouvernements des petits États allemands ont jusqu'ici confié la description des tableaux aux artistes contemporains, pensant probablement que leur réputation de peintres habiles suffirait à les rendre capables de trancher les difficultés de rhistoire de Tart et leur donnant du même coup Tirivestiture de critiques infaillibltes. Il en est résulté pour les divers catalogues publiés jusqu'à présent le plus incroyable des galimatias. La galerie de Berlin n'en possé7 dait pour ainsi dire pas. Aussi faut-il se féliciter de ce que deux savants, érudîts éprouvés, — les docteurs Julius Meyer et Wilhelm Bode, connus l'un par son excellente Histoire de Fart moderne en France et sa Vie de Correge, le second par ses importantes monographies sur Frans Hais, — aient fait paraître cette année le Catalogue descriptif de la Galerie de Berlin, dont ils avaient été chargés par le gouvernement, et qui contient les biographies très exactes des artistes, faites après des recherches spéciales, ainsi que la description des ta-

bleaux, le fac-similé de la signature des maîtres, et par* fois des observations judicieuses sur la valeur des principales œuvres. Il faut le reconnaître, jamais catalogue officiel n'a été écrit avec plus d'indépendance, de vrai savoir et de franchise, avec moins de resjpect pour la fausse autorité des attributions routinières et traditionnelles. Par exemple, sous le nom de Adriaan Brouwer, la Galerie de Berlin possédait sept tableaux. Le nouveau Catalogue conteste l'authenticité de chacun et même du tableau, n*> 8536, la Danse des paysans, en remarquant que c'est une œuvre trop inférieure pour rester attribuée à ce maître, malgré ce qu'a pu dire en sa faveur le célèbre critique français W. Burger (Thoré). La préface de cet excellent catalogue nous apprend que l'édition qui vient de paraître est celle qui est destinée au public, mais qu'elle sera suivie bientôt d'une seconde beaucoup plus complète à l'usage des critiques et des personnes qui voudraient en faire un livre d'étude scientifique. On y trouvera des biographies plus étendues, des aperçus sur le style des maîtres, l'histoire de chaque tableau, etc. Cet ouvrage aura probablement pour modèle lé parfait petit catalogue de la collection Suermondt, écrit par les mêmes auteurs et publié en 1875.

Les acquisitions les plus importantes faites pour la galerie de Berlin en 1878 sont Jes chefs-d'œuvre de la collection de don Ferdinando Strozzi, bien connus des voyageurs qui ont visité le palaié Strozzi à Florence. Ce sont trois tableaux, . deux bustes et une statue, le tout payé 180,000 francs. Les tableaux comprennent : un Portrait d'une fille de Roberto Strozzi, grandeur naturelle, peint par Titien, signé et daté MDXLII ; lé Portrait de

Giuliano de' Medici, auparavant attribué à PoUajuolo, mais restitué par le nouveau catalogue à Botticelli. Quand ce tableau se trouvait au palais Strozzi, on le donnait comme représentant un membre de la famille Strozzi, mais le catalogue établit d'une façon décisive que le personnage peint est le fameux Médicis qui fut tué en 1478 dans la conspiration des Pazzi. Le troisième tableau qui provient du palais Strozzi est le portrait d'Ugolino Martelli, « peint par Bronzino, un des chefsd'œuvre parmi les portraits de l'école italienne », suivant le catalogue. Les bustes ne sont pas d'une importance moindre. Ce sont les portraits de Nicolo Strozzi par Mino da Fiesole, et de Marietta Strozzi par Desiderio da Settignano.

Le cabinet d'estampes à Berlin s'est enrichi de la collection Hulot-Pagouyi, achetée à Paris en 1867 pour la somme de 100,000 francs. Les dessins d'Albert Durer, au nombre d'environ quarante, y sont d'une importance exceptionnelle, surtout les études et les croquis faits pendant son voyage d^ns les Pays-;Bas, et quelques esquisses pour l'autel deHeller. Le docteur Lippmann, de Vienne, qui depuis peu de temps est à la tête du cabinet d'estampes, a fait au commencement de l'année 1878 une exposition des principales acquisitions de son département. Il est certain que le musée de Berlin tient aujourd'hui la première place, après la collection Albertine, de Vienne, pour les dessins de l'illustre maître allemand.

La nouvelle Galerie de Cassel a été ouverte au public à la fin de 1877. Elle contient la célèbre collection des tableaux hollandais qui étaient autrefois en la posses-

8ion des électeurs de la Hesse et qui se trouvaient disr pei'sés dans une multitude de châteaux, où ils restaient invisibles. Le gouvernement allemand a le grand mérite d'avoir réuni tous ces tableaux dans ce musée, dont la construction et rétablissement ont coûté 1,200,000 marks. La disposition en est tout à fait heureuse et Ton peut dire que le Musée de Cassel est le plus brillant et le mieux ordonné de l'empire. Le docteur Otto Eigenmann, de Munich, qui le dirige, est très connu par ses publications sur les artistes allemands et flamands du xv« siècle. Les tableaux sont éclairés, comme au Louvre, par en haut, et chaque salle est arrangée avec beaucoup de goût. On n'a encore publié qu'un catalogue provisoire, mais il faut espérer, qu'une description plus complète ne tardera pas à être livrée au public.

A Francfort, on a ouvert, cette année, un vaste musée construit sur la rive gauche du Main. On y a transporté la magnifique collection de tableaux et d'estampes connue sous le nom de Staedelsches Institut, qui se trouvait auparavant dans une maison étroite et obscure au centre de la ville. La galerie principale du nouveau musée, dans laquelle on a ^lacé les grandes toiles, reçoit la lumière du plafond ; les autres forment d'agréables petits salons éclairés par des fenêtres. Les estampes sont exposées dans les salles du rez-de-chaussée.

D'après un rapport de la direction des Musées de Dresde, communiqué récemment à la diète du royaume de Saxe, on a dépensé 462,972 marks pour de nouvelles acquisitions en 1874 et 1875. Pendant ces deux années, la Galerie de Dresde, s'est enrichie quarante-neuf ouvrages dus à des maîtres anciens plus où moins estimés.

On a aflfecté 257,300 marks à ces achats. Les peintres modernes ont été moins bien partagés, car on ne leur a accordé que 9,930 marks pour douze tableaux parmi lesquels nous signalerons : r Adieu de la Tyrolienne, par Defregger ; la Calomnie, composition dramatique d'Édbuard Kurzbauer et la Visite du comte Philippe d'Alsace à l'hôpital Sainte-Marie à Ysem, pSiV Ferdinand Pauwels. La direction des musées de Dresde, qui se montre si parcimonieuse quand il s'agit des artistes modernes, croit peut être faire assez pour eux en acceptant les cadeaux que ceux-ci veulent bien lui offrir. Vingt tableaux lui ont été donnés en effet pendant deux ans ; mais dans le nombre de ces dons, il se trouve des portraits de jeunes gens, peints par eux-mêmes, qui sûrement n'auraient pas été acceptés dans une galerie secondaire. On les eût refusés à Berlin et à Cassel. A Dresde, on accueille tout. Le directeur, qui est peintre, est plein d'indulgence pour ses imitateurs et ses élèves. Il ne craint point de placer à côté de Rembrandt, de Rubens et d'Holbein des œuvres au-dessous du médiocre.

Les études historiques et les livres d'art.

En Allemagne, l'étude de l'art classique et de l'antiquité est privilégiée. Soutenus par l'Etat, les archéologues poussent le parti pris jusqu'à combattre ceux qui sont entraînés par leur goût et leur sentiment artistique vers la Renaissance. La philologie, l'archéologie telle qu'elle a été fondée par Winkelmann, et l'étude de l'art antique occupent une place considérable dans les programmes

de rUniversité. Cependant la protection officielle n'est pas parvenue à assurer aux publications périodiques sur Farchéologie et aux traités systématiques sur Fart antique un succès aussi franc, une popularité aussi grande que Ceux qui ont salué les ouvrages sur Tart de la Renaissance et, notamment, les livres du professeur Thausing sur A. Durer, et du professeur Woltman sur Holbein. Une armée d'archéologues allemands voyage en Italie, aux frais de l'État, pour faire des études spéciales sur tous les vieux marbres, artistiques ou non, qui n'offrent souvent d'intérêt qu'au point de vue de la mythologie roinaine. La plupart d'entre eux ne cachent pas que les chefs-d'œuvre de la Renaissance mériteraient, à tout le moins, d'être étudiés de la même manière ; mais on n'entend pas cela dans les conseils du gouvernement. Ceci explique pourquoi il y a une différence fondamentale entre les écoles de Rome et d'Athènes fondées parla France et les instituts de correspondance archéologique institués par l'Allemagne dans les mêmes villes. Pour Içs Français, le programme est vaste et large. Il embrasse non seulement l'art antique, mais aussi l'art du moyen âge et de la Re^jaissance. Quelques membres de l'école française de Rome ont publié dernièrement des documents fort précieux pour l'histoire de l'art chrétien primitif et de la Renaissance. Dans les instituts allemands, oh ne connaît que l'art païen, dans sa splendeur, dans sa décadence et même dans sa contrefaçon, bn y étudiera un objet sorti de quelque secrète manufacture préhistorique ; mais on considérerait comme un sacrilège de s'occuper des peintures chrétiennes des catacombes ou des manuscrits de Léonard. L'État ne voit dans ces ma-

nifestations si curieuses de l'art que des thèmes bons pour les établissements de théologie catholique, comme l'université de Strasbourg, ou protestants, cbmme la chaire de théologie et le Musée d'antiquités de Berlin. De nombreuses bourses sont données aux jeunes gens qui aspirent à professer l'archéolc^e païenne, et des fonds sont mis à leur disposition pour les voyages d'instruction ; mais le gouvernement n'accorde rien à ceux qui étudient l'histoire de l'art du moyen âge et de la Renaissance, dont presque tous les musées d'Allemagne possèdent cependant de si admirablefis chefs-d'œuvre. Toutes les publications, toutes les recherches qui ont pour objet les époques postérieures au règne du paganisme, sont considérées indignes d'un encouragement. Et cependant le mérite des ouvrages récemment pubUés est indiscutable. VHistoire de la peinture au moyen. âge, du professeur Woltman, est aussi savante que bien faite. L'auteur s'est servi de documents authentiques. Il a mis à profit notamment ses études spéciales sur les miniatures conservées dans, les grandes bibliothèques de l'Europe et dont il donne de fort belles reproductions. L'Histoire de la' peinture en Italie du iv« au xvr siècle, dont la publication vient de commencer, est encore un livre excellent. Le professeur Wilhelm Lûbke, qui l'a composé, s'est déjà fait connaître en publiant une Histoire générale des heauooarts très populaire en Allemagne et très souvent traduite par les étrangers. La mpnôgraphie du docteur Robert Vischer sur Luça Signorelli et la Renaissance en Italie est encore un puvraçe qui aurait mérité de fixer l'attention du gouvernement comme il a fixé celle du public. Le Dictionnaire des artistes, par le docteur Julius Meyer,

dont le tome second vient de paraître, en est encore à la lettre B. Une combinaiso^ nouvellement adoptée permettra de pousser plus activement la confection de ce gigantesque dictionnaire et Ton peut espérer maintenant qu'il ne restera pas incomplet.

Le docteur Dohme, bibliothécaire de l'empereur d'Allemagne, s'est mis à la tête d'une publication biographique sur les artistes du moyen âge, de la Renaissance ^t des temps modernes. Plusieurs écrivains travaillent sous sa direction, suivant un plan uniforme. L'ouvrage a quelque ressemblance avec la Vie des peintres publiée par M. Charles Blanc ; mais les soixante livraisons déjà parues tiennent naturellement compte des découvertes qui ont été faites dans les dernières années. Il est probable que l'ouvrage entier sera terminée la fin de 1879.

BELGIQUE

Le grand événement artistique de l'année pour la Belgique, comme du reste pour l'Europe entière, a été l'Exposition universelle de Paris ; et la patrie des Rubens, des Van Dyck et des Jordaens y a tenu un rang assez considérable et une place assez vaste pour que le souvenir de ce merveilleux concours international puisse compter dans les fastes de sa vie artistique.

Dès la première heure, il faut le reconnaître, l'opinion a été émue par le généreux effort de ce petit peuple, plein de sève et de vigueur, qui, comme nombre et comme choix, s'était placé immédiatement après la France, sur le même rang que l'Angleterre, et qui, s'il s'est montré moins personnel dans ses manifestations in-

tellectuelles que la Grande-Bretagne, est infiniment plus humain, plus égal, et surtout plus varié. Aussi, proportionnant son influence à Timportance de son art, lui a-t-on accordé, un nombre de jurés égal à celui du Royaume-Uni, et supérieur à celui de toutes les autres nations. C'est ainsi qu'il a été représenté dans le jury du premier groupe par trois de ses plus éminents citoyens, par M. Vervoort, ancien président de la chambre des représentants de Bruxelles, par M. Slingeneyer, membre de TAcadémie royale de Belgique, et par M. de Laveleye, professeur à TUniversité de Liège, alors que la Hollande, rAutriche-Hongrie, la Russie, la Suède et la Norwège n'avaient que deux jurés, et que les États-Unis, ritalie, l'Espagne, la Suisse, le Danemark et le Portugal, n'en possédaient qu'un seul.

Comme récompenses, la Belgique n'a pas été- moins bien partagée. D'abord, grâce à M. Wauters, elle a obtenu une médaille d'honneur. En outre, dans la section de peinture, on lui a accordé deux médailles de première classe et deux rappels, deux médailles de seconde classe et enfin trois médailles de troisième classe, et deux mentions honorables.

La sculpture belge était, relativement peu abondante au palais du Champ de Mars. Aussi ne faut-il pas nous montrer surpris de ne lui voir remporter que cinq prix.

En ajoutant à ces distinctions déjà nombreuses une médaille de troisième classe obtenue, dans la section d'architecture, et, dans la gravure, une médaille de première classe, ainsi qu'une mention honorable, on aura la liste des récompenses décernées par le Jury de l'Exposition universelle aux artistes de la Belgique.

i3l L'ANNÉE ARTISTIQUE.

Malgré cette préoccupation majeure de TExposition parisienne, il s'en faut de beaucoup que l'activité artistique se soit trouvée paralysée sur le sol belge et que ses autres manifestations aient été comme suspendues. 11 n'en a rien été heureusement, et non-seulement le Salon de Paris, mais encore le Salon de Bruxelles s'inscrivaient en faux contre une pareille supposition.

Je n'ai à m'occuper que de ce dernier, et je dois dire qu'il a été aussi brillant et aussi remarquable que les Salons précédents ; car si les artistes belges avaient envoyé à Paris les meilleures œuvres qu'ils eussent produites depuis dix ans, celles qui avaient déjà affronté le jugement public et qui étaient sorties victorieuses de l'épreuve, ils avaient, par contre, réservé pour le Salon de Bruxelles leurs derniers ouvrages, ceux qui, frais éclos, n'avaient point encore conquis la consécration du succès.

Le cadre qui m'est tracé ne me permettant pas de m'étendre sur le mérite des œuvres exposées, ni même d'en tenter une description sommaire, je me bornerai à mentionner les noms des ouvrages qui semblent avoir été le plus remarqués.

Parmi les tableaux d'histoire, il me faut citer tout d'abord les belles pages, si sagement conçues, si honnêtement peintes de M. Wâuters, Jean IV et les Métiers de Bruxelles. Marchant sur les traces du maître et s'inspirant de sa manière, M. Delperée, de Liège, a exposé un Martin Luther qui est un morceau remarquable et qui donne les meilleures espérances. M. Lebrun, de Gand, empruntant, comme M. Wauters, son sujet à l'histoire si riche en épisodes dramatiques du pays flamingant, a

peint une Reddition de la citadelle de Gand par les Espon gnols qui n'est assurément pas sans mérite, quoique un peu théâtrale. C'est aussi la chronique des Flandres qui a fourni à M. Van Camp le sujet de sa Mort de Marie de Bourgogne, et ses compatriotes, MM. Soubre et Van Hammée, sont eux aussi demeurés fidèles à Thistoire de leur pays, tout en choisissant cependant des pages presque contemporaines.

La modernité qui caractérise les œuvres de. ces deux derniers peintres peut me servir de transition pour parler du tableau de M. Charles Hermans, qui sort de Thistoire proprement dite pour entrer dans Tétude de mœurs. M. Hermans a exposé cette année une Scène de conscritSy qui a obtenu un succès assez vif. Quatre conscrits, fils d'ouvriers, ayant tiré un mauvais numéro et noyé dans les pots la peine que leur cause le renoncement à la famille, à la ville natale et au travail : tel est le sujet du tableau.

C'est aussi à notre temps que M. Jan van Beers aime à emprunter ses motifs. Sa Laitière et son HighLife, ont la prétention d'être des pages vues, et sont surtout des pages voyantes, où les qualités et les défauts du peintre priment l'accent de la réalité.

M. Verhas, l'interprète délicat des grâces enfantines, tranche sur ce fond un peu turbulent par ses œ^ivres simples et gracieuses, peu cherchées et toujours charmantes ; et, à côté de lui, M. de la Hoese, un peintre bruxellois, nous dévoile avec infiniment d'esprit les secrets d'un Atelier de modistes. Parmi les peintres de genre, il nous faut encore nommer MM. Fontaine, Dubois, Farasyn, Philippet, Heilbal, et, comme peintres

43t) L'ANNÉE ARTISTIQUE.

de portraits, MM. Claus, Lambrichs., Seeghers, etc.

Pour les paysagistes et les peintres de fleurs, il semble que le premier rang, à 1 exposition de Bruxelles, pourrait cette fois être revendiqué par les dames, et que la peinture belge de paysage soit en train de tomber en quenouille. Les Cerisiers en avril, de M*"* Marie Collartsont là du moins pour le laisser croire ; d'autant mieux qu'à ses côtés, trois élèves de M. Alfred Stevens, M"« Desbordes, Duncan et Cuno, marquent leur place au Salon bruxellois de 1878 par des toiles remarquables. Et notez que ces jeunes artistes ne sont point les seules de leur sexe qui osent affronter le jugement public. M™*» Bernaert, Boch, Héger, Roosenboom, Wapers, se signalent, elles aussi, par de rares qualités et viennent grossir le bataillon sacré des amazones de la peinture.

Il ne faudrait point conclure de là, toutefois, que les paysagistes belges aient résolu d'abandonner leur domaine et de déserter leur poste. Le sexe fort continue de tenir sa place dans l'interprétation directe de la nature. MM. Asselberg, Coosemans, Meyers, Rossels, van der Hecht, Verheyden sont là pour l'attester, et à leur défaut M. Leemans avec son Clair de lune, M. Louis Verwée avec sa Vie de ville, M. Joseph Stevens avec son étude de chiens intitulée Après le travail, M. Daudoy avec sa Meuse, suffiraient à assurer, par leur interprétation vigoureuse et sentie une représentation fort convenable du paysage belge et de la peinture d'animaux.

La sculpture, cette année comme toujours, a été moins riche en grandes œuvres, et surtout en fortes œuvres, que la peinture. La Poverella de M. Paul de Vigne, une Diane de M. Herman, de Liège, une Char-

meuse de serpent de M. Brunin sont à peu près les seules œuvres dont nous ayons gardé la mémoire.

Il serait injuste de terminer ce compte rendu sommaire sans mentionner quelques-uns des artistes étrangers qui, par leurs envois, ont rehaussé l'éclat du Salon de Bruxelles. M. Fantin-Latour, M. Maignan, M. Luminais et un Hongrois, M. Brozik, marchent au premier rang parmi les artistes «qui ajjordent la grande peinture. Un Allemand, M. Gussow, un Espagnol, M. Los Bios, des Français MM. Beraud, Gilbert, Grandjean, Duez, Toudouze, Castres, deux ou trois peintres hollandais, MM. Oyens, Van Hove, Henkes, ont envoyé d'excellents tableaux de genre. Enfin, comme paysagistes étrangers, il nous faut nommer encore Emile Breton, K. Daubigny, Defaux, Veyrassat et de Knyff (ce dernier né en Belgique, mais ayant depuis longtemps obtenu dans le monde parisien ses lettres de grande naturalisation), tous gens de mérite et qui ne sauraient nulle part passer inaperçus.

Indépendamment de son Salon, Bruxelles a eu cette année son exposition annuelle d'aquarelles, et plusieurs exhibitions particulières. L'exposition d'aquarelles était la dix-neuvième ; on y comptait outre les Belges, des Italiens, des Allemands, des Anglais, des Hollandais comme toujours; mais, cettte fois, un seul Français, M. Harpignies, avait franchi la frontière.

Parmi les artistes qui se sont fait remarquer plus particulièrement par des œuvres puissantes, fines, brillantes ou simplement curieuses, il nous faut citer M, Menzel, l'auteur désormais célèbre de la Forge, Mesdag et M. Maris,, deux marinistes hollandais, leur

compatriote M. David Oyens, parmi les Belges, MM. Stoquet, Uytterschant, Huberti, Pecquereau, Smits, Van Camp, Mellery, Hœterickx, Hennebicq, de Mol et Becker, enfin toute une bande d'Italiens et d'Espagnols, élèves ou imitateurs de Portuny, MM. Simoni, Cipriani, Maccari, Joris, Carlandi, da Bios, Coleman et Zazzos, qui, de près ou de loin, tiennent au maître et s'eiTorcent de suivre ses traces.

La plus importante des exhibitions particulières a été celle du Cercle artistique; comme toujours cette exhibition a été curieuse. Pour la marche de Tart en Belgique, elle offre même un intérêt particulier, en ce que la peinture s'y montre un peu en déshabillé, et non dans la toilette officielle qu'elle révet pour le Salon.

En dehors de cette exposition, qui du reste se renouvelle tous les ans, le Cercle artistique a encore ouvert ses portes à deux artistes, MM. Pentazis et Dubois, qui ont jugé bon défaire, l'un et l'autre, une exposition per-

sonnelle et séparée de leurs œuvres, estimant sans douté que les Salons de Paris et de BruxeUes, aussi bien que les exhibitions communes, étaient assurément insuffisantes pour des talents de leur envergure.

Nous glisserons rapidement sur ces débordements de personnalités pour nous occuper de faits d'art qui nous paraissent plus dignes d'intérêt. En premier lieu, il nous faut placer l'apparition des nouvelles peintures de M. Louis Gallait au Sénat de Belgique. Ces nouvelles peintures sont au nombre de six. Elles figurent des portraits historiques. Ces portraits représentent Pépin, Bobert de Jérusalem, Baudoin, l'évêque Notger, Guillaume le Bon et Philippe le Noble. Ce sont des œuvres

de mérite, diversement jugées, mais d'une puissance et d'une valeur incontestables.

A côté de ces peintures officielles, exécutées par le doyen des artistes belges pour le Sénat de son pays, il convient de mentionner deux tableaux très importants de maîtres français, qui, cette année, ont franchi la frontière pour prendre place dans des collections bruxelloises. Le premier de ces tableaux est signé par M. Meissonier. Ce sont ses Cuirassiers, payés 300,000 fr. par un amateur qui a désiré garder Tanonyme, mais dont le nom cependant est bien connu des artistes; Le second, c'est ^a Hutte du charbonnier de Rousseau, laquelle été acquise au prix respectable de 90,000 francs par M. Vanden Eynde.

Peu de nouveautés à Bruxelles en dehors de cela. Le musée, grâce aux soins éclairés ds son administration, s'est augmenté d'une salle décorée dans le style de la Renaissance flamande, où seront placées les peintures représentant les Corps de métiers de BruxeUes, et d'une petite pièce décorée avec les tentures chinoises et les laques qui garnissaient jadis le cabinet du prince Charles de Lorraine.

., La direction a en outre acquis à la vente Geelhand de Labistrate un Triptyque de Martin van Heemskerk, qui peut compter parmi les œuvres bien ordonnées et intéressantes de ce maître un peu confus ; la galerie des peintres flamands s'est accrue d'un remarquable Portrait de Rubens.

Pour compléter .dignement le Musée national de Belgique, l'administration prépare en ce moment l'agencement définitif de nouvelles salles destinées aux peintures

modernes. Ces salles seront au nombre de trois, dont une très vaste, où Ton réunira les tableaux de grandes dimensions qui,*faute de place, avaient été éparpillés jusqu'à présent dans divers bâtiments de l'État. Les principales d'entre ces grandes œuvres sont :

!• Le Compromis dts nobles de Debiefve ;

2° Un Épisode de la révolution belge (1830) de Wappers;

3« La Bataille de Woeringen de Keyser ;

4® La Belgique couronnant ses enfants illustres de Decaisne ;

5* La Bataille de Lèpante de Slingeneyer.

A Anvers, on médite également de grandes transformations pour le musée de peinture, devenu trop petit. Dans le courant de cette année, on a fait subir au classement des tableaux quelques remaniements, mais ces remanieinents n'ont fait que mettre mieux en lumière Tinsufflsance du local actuel. L'administration communale s'es . donc décidée à construire un nouveau musée au sud de la ville, dans un quartier neuf, et qui sera consacré aux arts. Des plans ont été demandés à divers architectes, mais nous croyons savoir qu'aucun d'eux n'a encore été adopté.

En attendant sa translation dans un palais plus grand, la collection anversoise, déjà si justement célèbre, continue de s'accroître. Cette année, la ville a acquis à la vente Geelhand de Labistrate :

1° Un Portrait de femme de Myttens, payé 3,200 francs;

2® Une Nature morte de Pierre Gysels pour 6,500 fr. ; - 3» Un Paysage de David Teniers pour 1,000 francs.

En outre, la Société Artibus patrix a offert au musée deux toiles de prix acquises dans la même vente :

1*> Une Nature morte attribuée à Velasquez (?) et payée 2,000 francs ;

2° Une très curieuse Galerie de tableaux avec portraits de François Francken payée 4,200 francs.

On annonce en outre que la ville se préoccupe d'élever en 1880 une statue à Quentin Metzys, à Toccasion de son 350® anniversaire.

Bien qu'il ne soit plus ici question des beaux-arts proprement dits, on nous en voudrait, j'imagine, de ne pas consacrer quelques mots à la maison Plantin, qui grâce aux bons soins de M. Max Rooses se trouve désormais en état de recevoir les visiteurs et d'offrir aux curieux toutes les sources d'études que comporte cet établissement exceptionnel. Ajoutons que M. Max Rooses prépare en ce moment la publication du copiede-lettres de Plantin et de Moretus. Cette publication offrira un puissant intérêt artistique, à cause des relations de l'imprimerie plantinienne avec les peintres et graveurs français, flamands et même hollandais.

Il nous resterait à parler de Gand, mais cette grande et belle ville est dans le marasme. La collection Onghéna dont elle espérait entrer en possession, grâce au patriotisme de son fondateur, lui a été enlevée il y a deux mois par la fstmille de Rothschild. C'est un coup qui lui est d'autant plus sensible que composée avec un goût irréprochable par un habile graveur, qui avait consacré plus de cinquante ans de sa vie à ce soin, cette collection consistait presque exclusivement en pièces d'arfèvrerie et en bois sculptés, d'un intérêt exceptionnel pour la vieille cité gantoise.

Nous avons essayé de résumer en quelques pages le

mouvement artistique belge de cette année. Malgré des lacunes nombreuses et forcées, on peut voir qu'en 1878, la Belgique n'est point restée oisive et que Tannée qui se termine a été doublement fertile en résultats acquis et en promesses pour l'avenir.

Page 1