CHAPITRE IX
Il suffit de jeter les yeux sur la liste que nous donnons plus loin pour se convaincre de Fextréme activité que l'étude des beaux-arts excite actuellement dans toute l'Europe, Malgré le trouble qu'a dû causçr aux .tra,vailleurs le grand événement de l'Exposition universelle de Paris, près de quatre cents ouvrages spéciaux ont été publiés», qui embrassent toutes les questions artistiques : somme énorme d'eflforts, de recherches et de réflexion!
Nous voudrions pouvoir analyser les plus importants de ces livres et nous nous proposons, à l'ayenir, de consacrer une notable partie de ce recueil à un examen attentif des ouvrages d'esthétique, d'histoire^ de biographie ou d'érudition que chaque année voit éclore. Ne pouvant le faire pour cette fois et forcé d'abréger, nous essayerons du moins de .distinguer, au milieu de cet. amas de publications, celles qui ont occupé, plus particulièrement la critique et qui méritent d'être tirées hors de pair. Nous ne ferons guère que citer en courant quelques titres ; mais, on voudra bien nous pardonner cette rapidité, rigoureusement obligatoire.
La philosophie spéculatiye semble passer de mode ; nous ne sommes plus au temps où les études sur le Beau, de Victor Cousin, passionnaient les salons; où toutes les manifestations du goût étaient étiquetées, arrangées en formule et méthodiquement classées ; où le plus intraitable dogmatisme imposait ses lois au moyen d^aimables et pompeuses hyperboles. L'esprit scientifique a soufflé sur les belles phrases ; on yeut se rendre un compte plus minutieux des choses, et la prudence a remplacé les chimériques affirmations. Les livres d'esthétique se font rares. Nous signalerons comme une exception le volume de M. Eugène Véron ^ « Il n'y a pas de science, dit Fauteur, dans sa préface, qui ait été plus que l'esthétique livrée aux rêveries des métaphysiciens. Depuis Platon jusqu'aux doctrines officielles de nos jours, on a fait de l'art je ne sais quel amalgame de fantaisies quintessenciées et de mystères transcendant taux qui trouvent leur expression suprême dans la conception absolue du Beau idéal, prototype immuable et divin des choses réelles. C'est contre cette ontologie chimérique que nous avons essayé de réagir. » Par la netteté des vues, par la subtilité des démonstrations, par l'abondance et le choix des exemples, le livre de M. Véron est un des plus remarquables qui aient été depuis longtemps produit sur ces matières. L'auteur est un adversaire déclaré des doctrines académiques ; esprit logique et quelque peu absolu, dans les idées contraires, il ne transige pas avec les opinions qui ont cours actuellement dans les écoles. Le chapitre dans lequel il dé-