MUSÉES DE PARIS ET DE LA PROVINCE
Les Expositions nous conduisent aux musées, car celles-là nourrissent ceux-ci, et le Musée du Luxembourg et les musées de ][»rovince ne vivent guère que des acquisitions de l'État faites à nos Salons annuels.
Suit un rapport de M-de Chennevières demandant la réoiganisation des musées, avec un directeur (M. Reisset), un Conservatoire ayant droit d'accepter ou de refuser les œuvres proposées par la direction dos Beaux-Arts, ainsi que de choisir après chaque Salon un certain nombre d'œuvres. Suit également la liste des CBuvres que la direction des Beaux-Arts a achetées ou commandées depuis quatre ans, pour le Luxembourg, pour le Musée de Versailles, et le projet de la Galerie des portraits nationaux, conçu par M. de Chennevières et qui n'aboutit pas. Nous croyons devoir passer cette longue nomenclature, ainsi que les divers rapports relatifs k rétablissement au Musée de Compiègne de la collection de Tart khmer^ rapportée par M.. Delaporte.
600 L'ÂKNÉE ARTISTIQUE.
La province n*a point eu à se plaindre, pendant ees quatre années, de la direction des Beaux-Arts. Le Journal officiel du 3 avril 1874 annonçait que 333 tableaux modernes et 120 sculptures, qui s'étaient accumulés dans les magasins de TÉtat, après avoir été acquis aux expositions des années précédentes, étaient répartis entre les 192 musées des villes dont les noms suivent.
(Nous passons les noms des villes, et ceux des artistes dont on envoya les œuvres.)
Dans les années suivantes, la direction des Beaux-Arts n*a cessé de gratifier les musées de province de tableaux et de statues acquis aux différents Salons. H en est sorti 190 de nos magasins à cette destination
Je ne parle pas des meilleures copies de tableaux de nos musées nationaux réparties entre les églises et les palais de Justice de nos villes et de nos campagnes, au nombre considérable de deux cent soixante et dix.
Je noterai ici, monsieur le ministre, que, dès mon arrivée, j*a?ais cru devoir modifier le système d'acquisition de ces sortes d'ouvrages. Autrefois, en effet, les copies étaient généralement commandées à des artistes qui, parfois, s'acquittaient de leur tâche avec si peu de conscience ou de talent qu'il devenait impossible d'en Caire usage. Pai pensé qu'il était plus sage de charger deux fois par an MM. les inspecteurs des Beaux-Arts, réunis en commission, d'examiner les copies qui seraient présentées par les artistes et d'acquérir un certain nombre de ces ouvrages, choisis avec une cert,aine sévérité. De cette façon, l'administration n'aurait plus à rougir des dons qu'elle aurait à foire et ne déshonorerait pas par de trop médiocres ornements les églises ou les palais do justice qui les sollicitent. Pavais même, conformément à un rapport demandé par moi à M. Gruyer, fait dresser par la Commission des inspecteurs des Beaux-Arts une liste mûrement étudiée des tableaux qu'il serait préférable, au point de vue de l'art et de la compréhension des sujets, de voir reproduits par les copistes qui, au grand dommage de leur propre éducation d'artistes, vouent d'ordinaire leur talent à la traduction monotone de modèles d'un goût douteux ou d'œuvres d'époques inférieures. L'obligation imposée aux copistes de 33 circonscrire, pour le choix de leurs modèles, dans une large série de chefs-d'œuvre incontestables, profiterait à la fois aux intéressants artistes que la misère condamne le plus souvent à ces travaux secon-
APPENDïGK 601
daires et au goût des populations qui les voient placés dans les mono* .ments de nos provinces.
La pléthore du dépôt légal nous a permis de distribuer environ 300,000 estampes, morceaux de musique et cartes de géographie dont ont profité les musées, écoles de dessin, écoles primaires et écoles militaires de notre pays.
Enfin, notre fonds de souscriptions aux ouvrages d'art nous a fourni les moyens, après les réserves les plus généreusement faites en faveur des bibliothèques de TÉcole des Beaux-Arts, des écoles nationales de dessin, des musées nationaux, de rOpéra, de l'Académie de France à Rome, des écoles françaises de Rome et d'Athènes, de distribuer encore non seulement à nos Écoles des Beaux-Arts de Lyon et de Dijon, mais aux bibliothèques publiques et aux plus humbles écoles de dessin de nos départements, des largesses énormes de livres, de modèles graphiques et de modèles en plâtre.
Puisque je vous parle ici, monsieur le ministre, de l'usage fait des ouvrages auxquels il a été souscrit par la direction des Beaux-Arts, il est peut-être bon de vous indiquer l'espèce de ces souscriptions. Le fonds, si regrettablement réduit pour 1878, des souscriptions des Beaux- Arts satisfaisait à deux sortes de publications .: l'une, que l'on pourrait appeler administrative, comprend les ouvrages édités sous la responsabilité directe de l'administration, ce sont : 1** les Restaurations des monuments antiques de la Grèce et de Vltalie, par les anciens pensionnaires architectes de France à Rome, entreprises, vous le savez, sur la proposition de M. Jules .Simon et de M. Beulé, qui oblint pour elles, de l'Assemblée nationale, un crédit spécial de 20,000 francs. Nous avons pu, enfin, après bien des retards inévitables et une longue insistance, faire livrer au public les trois premières monographies : la colonne Trajane, de Percier; la Basilique ulpienne, de M. Le Sueur, et les Temples de Pœstum, de Labrouste; — 2° VInventaire des richesses d*art de la France; — 3" les Procès-verhaux des réunions annuelles des Sociétés de BeauoArts à la Sor bonne; — 4" le Bulletin administratif des beauoD-arts.
25,000 francs environ ont été employés chaque année au payement de publications périodiques d'ouvrages d'art et d'archéologie.
Quant aux autres livres d'art, ou gravures, ou lithographies, ou partitions de musique, dont les auteurs ou éditeurs ne pourraient supporter la lourde entreprise, ou qui, publiés en dehors du patronage de l'administration, peuvent être utiles à nos bibliothèques et à nos écoles, à nos diverses Commissions, aux œuvres de bienfaisance
«t anx distributions de prix, la sous-eonniaBiim cfasine parmi les membres du Conseil supérieur 'des Beaux-Arts pour examiner les dwnandes de aouscriptkHi adressées à la direction, a donné des aris favorables à Vacquisition d'un très grand nombre.
Nous passons la liste assez longue de ces ouvrages.
S 4. — Inventaire général des richesses d'art de la France. — Sociétés des Beaux-Arts de la province appelées aux Congrès des sociétés savantes. — Exposition des portraits nationaux. — Projet d'exposition des chefs-d'œuvre des musées de province.
Le ^5 mai 1874, le directeur des Beaux-Arts, reprenant une pensée qu*il ayait émise devant les sociétés savantes des départements, en 1851 et 18.56^ demandait à M. le ministre de rinstruction publique, des cultes et des beaux-arts qu'il fût procédé à un inventaire général des richesses de la France.
Nous ne citons pas le Rapport que rédigea à cette occasion M. de Chennevîères, ni la composition de la Commission chargée de la publication.
Le rapport du directeur des Beaux-Arts étant ainsi approuvé psr M. le ministre, la Commission de l'inventaire se mit aussitôt en relations suivies avec les conservateurs de musées et de bibliothèques, les archevêques et évoques, les présidents de sociétés savantes et de sociétés de beaux-arts, les architectes des monuments historiques et les architectes diocésains, les archéologues et les artistes qui habitent la province et dont le concours devait lui être utile.
En moins de quelques mois, les catalogues manuscrits ou imprimés de 200 musées des départements étaient centralisés à la direction des Beaux-Arts.
Pendant ce temps, la Commission, dont les séances se succédaient saûs interruption, décidait que Tinventaire serait établi sur des bases aussi larges que possibles et comprendrait tout ce qui a le caractère d'une œuvre d'art, certaines œuvres fussent-elles d'ailleurs médiocres au point de vue esthétique, si, d'autre part, elles peuvent présenter <iuelque intérêt au point de vue de l'histoire, de l'art ou de l'histoire générale.
La Commission décidait, en outre, qu'elle entendait ne B'oooqia:
que des palais, hôtels, églises et collections ayant un caractère public, c'eslrà-dire appartenant soit à TÉtat, soit aux départements, soit aux communes.
Traçant le plan de la publication, la Commission de l'inventaire était d'avis que les monographies concernant les édifices publics de Paris seraient réparties en deux séries distinctes. Tune devant comprendre les monuments religieux, l'autre les monuments civils.
En ce qui touche les monographies relatives aux édifices des départements, il fut résolu qu*elles formeraient un seul groupe.
La Commission décida, en outre, que le travail serait entrepris sur plusieurs points à la fois, suivant les ressources dont on disposerait, et, sans tarder, ses membres se partagèrent l'inventaire des édifices religieux de Paris.
Vingt-neuf monographies d'églises et de temples de la capitale furent écrites et révisées sur place avec soin; elles forment le premier volume de la publication. Une table analytique et raisonnée, composée par un membre de la Commission, M. Paul Chéron, de la Bibliothèque nationale, complète les innombrables documents amassés par MM. de Saint-Victor, de Ronchaud, Gruyer, Clément de Ris, Michaux, Guiffrey, etc., au cours des inventaires contenus dans ce volume.
Dans quelques semaines, sera publié le second volume de l'inventaire, conteni^t les monographies de la bibliothèque de Versailles par M. Guiffreyj le Musée, l'église Saint-Vincent et l'hôpital de Chalonsur-Saône par M. Pâté; le Musée d'Orléans par M. Marcille; le Musée de Montpellier par M. Lafenestre.
Le troisième volume, consacré aux monuments civils de Paris, est également sous presse, et sera terminé avant la fin de la présente année. ^ -
La Commission de l'inventaire vous est redevable, monsieur le ministre, de la force nouvelle qu'elle a acquise, sur votre proposition personnelle, par le décret du 9 janvier 1877, qui lui assure un crédit plus autorisé auprès des pouvoirs départementaux avec lesquels elle est en rapports constants, et de ses propres collaborateurs. Ce décret grossissant utilement la liste des membres de l'ancienne commission, nous a donné pour nouveaux collègues MM. Bœswillwald, de Guilhermy, Quicherat et du Sommerard.
Mais il convenait de coordonner les efforts de la province, qui s'était mise à l'œuvre le lendemain d'un premier appel.
Le 28 avril 1876, le directeur des B g ux-Arts adressait le rapport
suivant à M. le ministre de Tinstruction publique et des beauxarts :
.Suivent un rapport et une circulaire destinés à demander le concours des Sociétés des amis des arts des départements, ainsi que la réunion de leurs délégués, en même temps que celles des délégués des sociétés savantes, dans la séance solennelle tenue chaque année à la Sorbonne.
Le 4 avril 1877, trente-deux délégués des sociétés d'art étaient réunis dans la salle Gerson, sous la présidence du directeur des Beaux- Arts.
Les communications faites par ces délégués, au point de vue de l'inventaire, du développement des musées, de l'enseignement du dessin, ont été conservées dans une brochure spéciale.
Le 6 novembre 1877, un arrêté ministériel instituait une commission permanente des sociétés des beaux-arts; et il n'est pas douteux que, par les soins de cette commission, le nombre des sociétés d'art en rapport 'avec l'administration centrale ne soit promptement doublé. Dès maintenant, 80 de ces sociétés départementales sont en correspondance avec la direction
Suivent quelques détails sur l'organisation de la galerie des portraits nationaux à l'Exposition universelle de 1 878, et un rapport de M. Chennevières du /» décembre 4874 relatif à V Exposition des musées de province qu'il voulait constituer et qui n'aurait été qu'un agrandissement du projet réalisé au Trocadéro.
5 5. -* Les écoles. — École nationale des Beaux-Arts de Parâ.—
École nationale des beaux-arts de Lyon. — École nationale des beaux-arts de Dijon. — École nationale des arts décoratifs. — École nationale de dessin pour les Jeunes filles. — Académie de France à Rome. — Enseignement du desân dans les établissements d'instruction primaire et secondaire.
Je n'ai jamais été, monsieur le ministre, partisan d'un art gouver nemental, d'une peinture d'État, d'une sculpture d'État; et il est certain que si Je n'eusse trouvé des ateliers de peinture et de sculpture fortement organisés à l'École des Beaux-Arts, ce n'est point moi qui es eusse proposé la création ni à vous ni à vos prédécesseurs. J'estime que
Tart supérieulr doit être une chose essentiellement libre, et doit être maître de puiser ses leçons et ses principes aux sources les plus indépendantes. Notre école court grand risque, par ces ateliers d'État, d'arriver rapidement à une banalité, à une uniformité et à une monotonie byzantines, outre qu'elle se priye, par la gratuité attrayante de son enseignement et le nombre limité de ses professeurs privilégiés, de la chance de voir se former, au dehors, des ateliers de tendances variées,, sous la gouverne d'artistes qui ignorent peut-être leurs dons de maîtres, et chez lesquels la direction des Beaux-Arts pourrait, au moyen.de quelques bourses, entretenir un certain nombre d'élèves, qui auraient avec le talent de ces maîtres une affinité particulière. Mais si, à mon sens, l'État ne doit point se faire responsable des principes toujours transformables de l'art, ni le tyran des mobilités du goût, il doit fournir sans relâche et abondamment à la jeunesse du pays tous les moyens imaîjginables de s'instruire des premiers éléments du dessin, et d'appliquer ces éléments au perfectionnement de l'industrie publique, comme aussi de l'art supérieur si le génie s'y joint par surcroit. C'est pourquoi, monsieur le ministre, il n'est point dans la direction des Beaux-Arts une partie de ses attributions qui m'ait paru plus intéressante que celle qui touche aux écoles et à leur plein et entier développement. Je m'y suis attaché fermement du premier au dernier jour; chacune de ces écoles a eu sa large part dans la sollicitude de l'administration, et l'administration n'a eu d'ailleurs qu'à seconder de son mieux le zèle dedirecteurs, tous bien pénétrés de l'esprit d'origine des établissements qui leur étaient confiés.
iSCOLE NATIONALE DBS BBAUX-ARTS DE PARIS.
Dès mon arrivée à la direction des Beaux-Arts, je m'occupai d'introduire dans l'organisation de l'École nationale des Beaux-Arts toutes les modifications et toutes les améliorations qui me paraissent exigées par l'importance croissante de ce grand établissement. *^ Dès le 6 mai 1874, un décret de réorganisation générale paraissait au Journal officiel et, à la même date, un arrêté fixait la composition du conseil supérieur de l'École institué par le décret.
En même temps, je me préoccupais de donner à l'enseignement le plus grand développement possible, d'une part, en complétant les collections de moulages et de copies déjà réunies à l'École, depuis que M. Thiers, ministre de l'intérieur, en 1832, y avait décidé ]& formation d'un Musée des Études, collections déjà magnifiques, mais que l'insuffi-
sance des locaux dérobait en grande partie aux études des élèves et empêchait de montrer au public; d'autre part, en créant les chaires nouvelles qui devaient donner à Tinstruction des artistes toute l'étendue exigée par les besoins de la société contemporaine.
Le Musée des copies, réuni provisoirement par mon honorable prédécesseur au Palais de l'Industrie, et dont les éléments avaient été, en partie, empruntés à l'École même, avait son siège naturel dans les hktiments du quai Malaquais.
Le 6 janvier 1874, j'adressai à M. le ministre le rapport suivant :
Dans ce rapport, que nous passons, M. de GhenDevières, demande à ce que Ton revienne au projet primitif, qui consistait à placer le Musée des copies à TÉcole des Beaux-Arls. Une commission fut nommée à Teffet de choisir celles des copies qui devaient y être transportées.
La commission fonctionna immédiatement, et le plus grand nombre des copies alla prendre place dans les diverses galeries de l'école.
Quant à la collection si importante,, des moulages d'après les chefsd'œuvre de la statuaire antique et moderne, deux opérations me semblèrent tout d'abord indiquées. L'une devait consister à mettre en lumière tous les plâtres empilés, faute d'espace ou d'aménagement convenable, dans les magasins et dans les caves de l'école; l'autre à ramener, à l'école, pour y compléter les séries historiques encore incomplètes, tous les moulages qui se trouvaient dans les salles du Louvre, contrairement à la destination de ce grand musée déjà insuffisant pour contenir les chefs-d'œuvre originaux de l'art qui y arrivent chaque année. Je pressai donc, d'une part, l'achèvement des travaux de la grande salle vitrée, conduits avec tant de goût par M. l'architecte Coquart, l'installation des grands moulages d'architecture dus au talent remarquable et modeste du mouleur de l'école, M. Desachy, et je pus enfin, le 7 juin 1876, ouvrir au public, au moins une fois par semaine, cet admirable Musée des études, dont les salles complémentaires s'achèveront en peu de temps, grâce au crédit annuel de 10 000 Cr. que M. le ministre voulut bien demander, à cet effet, aux Chambres qui l'accordèrent avec empressement. D'autre part, je saisis, dans la séance du 4 novembre 1875, le conseil supérieur des Beaux-Arts de la question du transport des pl&tres du Louvre à l'École des Beaux-Arts. A la suite de plusieurs votes favorables émis par le conseil, sur le vu d'une note historique sur le musée des études (insérée au BtUMn des BMxa^Ârts,
APPENDICE. m
n^ 6), M. le ministre voulut bien prendre Tarrèté qui ordonnait ce transport, arrêté dont l'exécution fut confiée aux soins de MM. de Ronchaud et Paul de Saint-Victor, inspecteurs des beaux-arts.
Quant aux améliorations apportées dans renseignement proprement dit, elles se trouvent constatées par la série d'arrêtés signés sur ma proposition.....
toutes ces améliorations eussent été néanmoins insufifisantes, si ]*avais perdu de vue Turgente nécessité qu'il y a pour l'École de trouver, dans un agrandissement prochain, la possibilité de ne rien laisser perdre pour les artistes des trésors qu'elle contient et en même temps d^échapper par une distribution meilleure de locaux plus nombreux à tous les inconvénients et à tous les dangers que présente l'entassement de services différents dans des bâtiments insuffisants. Après m'ôtre assuré de l'appui du Conseil supérieur des Beaux-Arts et de l'avis favorable de M. le préfet de la Seine, je proposai donc à l'un de vos prédécesseurs de demander à son collègue, M. le ministre dos travaux publics, un projet d'agrandissement de l'École par l'annexion des bâtiments contigus actuellement occupés par le Mont-<le-Piété.
M. le ministre des travaux publics voulut bi^i se montrer favorable à cette ouverture et fit dresser deux projets d'agrandissement de l'École, l'un complet qui engloberait une grande partie des maisons longeant la rue Bonaparte du côté du quai Malaquais, l'autre partiel et qui pourrait être exécuté au moyen de la seule annexion du Montde-Piété. C'est à ce dernier projet, moins dispendieux et réservant d'ailleurs l'avenir, que nous nous sommes arrêtés d'un commun accord, dans la pensée que ce premier agrandissement donnerait satisfaction aux besoins les plus pressants de l'enseignement.
Telles sont en résumé les modifications les plus importantes heureusement accomplies depuis quatre ans à l'École des Beaux-Arts, grâce, je tiens à le constater, â l'infatigable dévouement de M. le directeur de l'École et au zèle attentif du Conseil supérieur, qui signalait toujours à l'administration les remèdes en même temps que les maux.
éCOLB NATIONALE DES BEAUX-ARTS DE LYON.
La situation des écoles des beaux-arts en province a été l'objet de ma constante préoccupation. En attendant qu'il fût possible, par suite d'une réorganisation générale de l'enseignement, d'accueillir les ouvertures faites par plusieurs grandes villes qui désireraient voir donner à leurs écoles déjà existantes le caractère d'éeoles nationales, je dus
examiner danff quel état se trouvaient les deux seules écoles subventionnées par rÉtat, les Écoles nationales de Lyon et de Dijon.
Je constatai avec surprise que les liens entre ces écoles, pour lesquelles Tadministration faisait dUmportants sacrificeâ*, avaient subi depuis longtemps un relâchement dont ces établissements avaient beaucoup à souffrir, puisque, abandonnés par l'État, ils se trouvaient en partie aussi négligés par les municipalités qui n^y avaient point la haute main. Notre attention fut surtout appelée sur la décadence de rÉcole de Lyon, qui avait tenu autrefois une si grande place dans, l'histoire des arts et dont la prospérité est intimement liée à la prospérité industrielle de cette grande ville.
Dès 1874, M. le préfet du Rhône me soumit un projet de règlement nouveau qui paraissait devoir conjurer la crise dont souffrait VÉcole des Beaux-Arts de Lyon et y établissant, dans renseignement et dans. la discipline, un ordre et une régularité dont Thabitude était perdue* Mais le fonctionnement de ce règlement ne donna pas tous les résultats attendus, par suite du conflit permanent qu'il laissait subsister, entre l'État et la municipalité lyonnaise qui réclamait l'administration des trois écoles de dessin annexées préc^A^x^xn^i^^ ^ l'École des Beaux- Arts et soumises au même règlement.
M. le préfet du Rhône et moi, nous pensâmes alors qu'une situation si délicate devait être étudiée sur place et que la réorganisation complète, qui paraissait être indispensable, ne pouvait être entreprise qu'à la suite d'une enquête minutieuse. M; le ministre voulut bien charger de cette enquête' M. de Ronchaud, inspecteur des Beaux-Arts, et M. Georges Lafenestre, chef du bureau des Beaux-Arts, qui passèrent quinze jours à I^on, d'où ils m'adressèrent un rapport étendu qui servit de base à la préparation du décret...
' MM. de Ronchaud et Lafenestre avaient, . en effet, obtenu, grâce à cet esprit de conciliation, sans rien abandonner des droits de l'admi-. ni.stration, les résultats les plus importants. La municipalité, satisfaite de voir la légitimité de ses réclamations reconnue^^et son contrôle sur l'emploi des fonds qu'elle votait assuré par la création d'une commission locale, consentait à donner à.radministration.des Beaux- Arts la direction intellectuelle de l'ensemble des écoles de dessin, en les soumettant à son inspection et en reconnaissant au ministre, seul le droit de révoquer les professeurs. Le décret, préparé sur ces bases,, i^rès avoir été soumis à la haute compétence de. M. le directeur de rÉcole nationale des Beaux-Arts de Paris, fut signé par. M. le maréchal Président de la H^ublique le 2 décembre. 1876...
Puisque, À propos de la réorganisation de TÉcoIe de Lyon, à côté du nom de M. de Ronchaud, le nom de M. G. Lafenestre est écrit ici, je tiens à honneur, monsieur le ministre, de tous dire que, dans la grande mêlée de travaux qui a rempli ces quatre années de la direction dés Beaux-Arts, j*ai trouvé à chaque heure dans cet excellent collaborateur, à Tesprit jeune, bien renseigné, bien ordonné, à la plume alerte et claire et élégante, l'aide le plus dévoué, le plus intelligept, le plus infatigable, le plus sympathique aux artistes, et sans lequel, à coup sûr, je n'eusse pu suffire à la moitié des besognes entreprises.