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SALON DE

DISTRIBDTION DES RBCOMPENSES. — ACHATS ^ DE l'administration.

La cérémonie de la distribution des récompenses aux artistes exposants du Salon de i 878 a eu lieu le 1 1 juillet, à dix heures du matin, au palais de l'Industrie. Voici le discours prononcé à cette occasion par M. Bardoux, ministre de l'instruction publique et des beaux-arts :

Messieurs,

Plus notre démocratie s'élève et s'éclaire, plus nos institutions s'élargissent, plus, dans nos aspirations, le culte du beau, sous toutes ses formes, doit prendre le premier rang.

De m6me,^uiy&nt une parole célèbre, qu'on ne peut comprendre la liberté sans la France et la France sans la liberté, nous ne comprendrions pas davantage la France sans le grand art et le grand art sans la France.

C'est ainsi que l'Europe entière accourue pour contempler les créations de notre génie national le Juge et l'apprécie. Toutes les renommées viennent chercher parmi nous leur consécration. Elles sentent qu'elles sont ici dans la patrie même du goût.

Comme dans cette contrée choisie entre toutes où la grâce unie à l'exquise harmonie des lignes et des proportions portait l'art à son plus haut point de perfection, comme dans ces villes fameuses où le type idéal de l'homme était si parfait que les plus nobles images des dieux et des déesses étai^it multipliées jusqu'à l'infini, Paris, par la variété de ses productions artistiques, par la fécondité ingénieuse de ses maîtres, par ses besoins d'admiration, par son profbnd sentiment de la vie, a remplacé aujourd'hui, par tous les hommes ayant souci de délicatesse et d'élégance, ces républiques que tous nos rêves ont habitées.

C'est à vous, messieurs, que nous devons cet honneur. C'est vous qui, par vos constants efforts, maintenez sur le front de la France cette couronne ^'or qu'Athènes et Florence avaient portée avant elle.

Le gouvernement, soucieux de notre grandeur, devait se préoccuper d'assurer et d'accroître cet héritage glorieux que vous ont transmis nos illustres morts. En favorisant les études théoriques sur le beau, en développant la connaissance de ces lois générales d'où découle l'harmonie secrète qui lie l'architecture à la sculpture, la sculpture à la peinture, nous permettrons à cette élite, chaque année plus nombreuse, qui se presse à vos expositions, de fortifier son goût souvent inné, de raisonner ses jugements souvent précipités. Une chaire d'esthétique a dès lors été créée au Collège de France et confiée à un talent éprouvé. et éminent.

Au-dessous, dans les masses encore peu cultivées, chez nos écoliers des villes et des campagnes, les rudiments de l'art, le dessin, étaient négligés.

En dehors même de la recherche du beau, n'était-il pas essentiel d'apprendre aux enfants, dès les premières classes, à bien voir, à distinguer et à reproduire les proportions, à limiter avec précision les objets simples qui sont mis devant leurs yeux? N'était-il pas indispensable d'appliquer le plus tôt possible de jeunes intelligences à tracer les combinaisons infinies qui résultent soit de la réunion des'

lignes, soit de leur intersection, de les élever en'suite au dessin d'ornement en partant des formes géométriques les plus élémentaires, de les faire passer enfin à l'étude des profils et des contours pour arriver à l'interprétation des formes variées de la nature? Est-ce que toute une partie du dessin, n'eût-elle d'autre objet que la précision, n'est pas nécessaire au plus grand nombre des professions industrielles ?

Sans doute, des .lois et des décrets antérieurs avaient prévu cet enseignement; mais il faut reconnaître que, dans les écoles normales primaires, il n'était, faute de programme, que vaguement défini; les professeurs, y étaient rares, et môme les opérations des Jurys, chargés de conférer le brevet complet, manquaient de base, faute de questionnaire.

Les réformes qui viennent d'être opérées, grâce au concours que l'administration a trouvé dans le conseil des Beaux-Arts, permettent d'espéyer qu!à la sortie de l'école primaire, l'écolier qui suivra dorénavant l'enseignement du dessin le connaîtra sufSsamment pour apporter dans son travail d'ouvrier les qualités d'exactitude technique et le goût, que l'instinct le meilleur ne peut jamais suppléer.

En rendant obligatoire dans les collèges et les lycées l'enseignement du dessin et en le conduisant du mode purement graphique, qui répond à l'utile, au mode esthétique, qui fait appel au sentiment du beau, nous n'avons pas la pensée que nous ferons des artistes; mais nous avons voulu enlever à l'enseignement du dessin le caractère qu'on lui prêtait communément de n'être qu'un art d'agrément.

Nous ne laisserons pas péricliter les traditions élevées que nous avons recueillies dans l'admiration profonde des œuvres de ces siècles fortunés où l'humanité sembla s'élever au-dessus .d'elle-même, où le modèle intérieur que l'artiste contemple en soi inspira ces formes parfaites, avec leur nudité chaste qui n'a jamais terni la pureté du regard.

Non, nous ne laisserons pas s'abaisser le niveau, afin que le bataillon sacré puisse toujours se recruter.

La mort vient d'y faire plus d'un vide. Vous me permettez de prononcer un seul nom, parce que celui qui le porta resta poète jusqu'à ses dernières heures, parce que son talent puissant, en même temps que distingué et fin, avait conservé sa fraîcheur, sa jeunesse et pour ainsi dire son expression printanière, et que, dans l'admirable école des paysagistes français, nul avec moins d'efforts n'eut plus le sentiment des grandes énergies do la nature. Mais que vous dirais-je de Daubigny que vous ne sachiez déjà?

Le b&taillon se reforme, et tous les jours ses rangs s'ouvrent à de y&illants lutteurs. Chaque année, le nombre des artistes s'accroît et la production des œuvres d'art devient plus abondante.

Il nous a semblé que chaque jour aussi l'opinion se prononçait davantage pour que le droit d'élire le jury et le droit d'exposer fussent étendus à un plus grand nombre d'artistes ayant fait leurs preuves.

En déférant à ce désir, en continuant d'ouvrir largement les

■expositions, l'État ne peut se désintéresser de l'un des moyens les

plus efficaces qui lui soient donnés d'exercer son action sur les arts.

Des expositions plus restreintes, et presque de choix, pourraient, en outre, avoir lieu tous les cinq ans. Elles permettraient de mieux constater les progrèjs accomplis et seraient un puissant encouragement.

Mais il ne s'agit d'exposer ici qu'une vue générale sur laquelle le conseil supérieur des Beaux- Arts a donné un avis conforme ; nous ne . doutons pas qu'il ne continue à apporter à l'administration son concours quand elle lui demandera d'introduire des modifications au règlement qui vous régit.

Jamais, messieuirs, il n'y eut moins qu'aujourd'hui d'idées artificielles et convenues. Le besoin de vérité s'impose à tous. L'art n'a rien à redouter de cette transformation qui s'opère sous nos yeux. Il ne se perdrait que si l'artiste n'avait plus foi à la conception à laquelle se rattachent ses œuvres. Cest en lui-m^me, dans l'immortelle aspiration du beau infini, qu'il puise avant tout le caractère de son œuvre. La puissance de la forme, comme l'a dit le plus éloquent écrivain moderne, réside dans l'expression de ce qui n'est pas elle.

Il suffit de jeter les yeux autour de nous, de voir les artistes ëminents et honorés du monde entier qui nous entourent, pour être certains que le flambeau qu'ils tiennent entre leurs mains ne s'éteindra pas.

Voici maintenant la liste des récompenses attribuées aux artistes :

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