‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 197 sur 218 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

AD PRÉSIDENT DE LA KfPDBLIQUE.

Monsieur le Président,

Le conseil supérieur des Beaux-Arts chargé de préparer, chaque année, le règlement de l'exposition des artistes vivants, avait été, d'une part et depuis longtemps, frappé, comme Test déjà Topinion publique, par l'avertissement que semble nous donner, au point de vue du développement du goût, Taffluence de plus en plus grande, dans nos Salons annuels, d'oeuvres trop nombreuses pour Contribuer toutes à l'enseignement général. D'autre part, le conseil, composé d'artistes militants, d'administrateurs, d'amateurs éclairés, dans la vive sympatiiie qu'il porte à tous les efforts de l'art moderne, ne pouvait et ne voulait pas méconnaître la nécessité qui s'impose de donner au plus grand nombre des jeunes artistes les moyens de faire librement appel au jugement public.

Le conseil supérieur, dans sa dernière session fa de nouveau, sur ma proposition, examiné cette difficile question. Il a cru en trouver la solution dans l'organisation de deux séries d'expositions : i° les expositions annuelles ou Salons; 2** les expositions triennales ou récapitulatives. Les unes seraient pour ainsi dire les expositions des artistes, et les autres les expositions de l'art. Dans les premières, dont l'accès* pourrait être, dès aujourd'hui, rendu facile à tous les talents par un jury librement et entièrement élu, et dont l'administration pourrait même graduellement être remise par l'État aux intéressés, on assisterait, chaque année, à la libre expansion de l'art national dans l'innombrable variété de ses productions les plus récentes. Dans les secondes, pour lesquelles les opérations d'admission seraient confiées à un jury composé d'éléments déterminés, on trouverait, à des époques périodiques, une réunion choisie d'ouvrages ayant déjà, pour la plupart, subi l'épreuve du jugement public, et dont l'ensemble donnerait, en même temps que le niveau le plus élevé de la production contemporaine, Tétat du mouvement et du progrès accomplis pendant un certain nombre d'années.

Le conseil supérieur des Beaux-Arts ne s'est point dissimulé, et je

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ne me dissimule pas non plus, monsieur le Président, que dans cet ordre de choses l'expérience peut suggérer pour les détails des amè- Ijorations progressives qu'il sera du devoir de radministration d'introduire graduellement et sans secousse dans les services dont elle a la responsabilité. Le décret que j'ai l'honneur de présenter à votre signature et les règlements qui en découlent n'ont donc pour but que de poser un principe dont l'utilité paraît incontestable. L'expérience prouvera, ei^ effet, sij en répondant aux vœux qui lui ont été transmis, radministration donne, comme le conseil des Beaux-Arts l'espère, et comme je le pense, une satisfaction aussi complète que possible à l'intérêt des artistes aussi bien qu'à l'intérêt de l'art lui-même, double intérêt que l'État a mission de protéger à la fois.

Veuillez agréer, monsieur le Président, l'hommage de mon profond

respect. ^

Le ministre de l'instruction publiqiie,

des cultes et des beaux-arts, A. Bardoux.

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