PEINTURE
- M. MoROT, 4" année.
M. Morot a pris pour sujet de son tableau le fait suivant : « Après la défaite des Ambrons par les Romains (102 ans avant J.-C.), les femmes des vaincus défendent leur camp contre la cavalerie romaine et la forcent à reculer. » (A. Thierry, liv. V, ch. i.)
Le tableau de M. Morot atteste chez le peintre un vif sentiment dramatique et se distingue, dans ses diverses parties, par une ordonnance imprévue. Les deux femmes qui se jettent éperdues sur un cavalier romain, le cadavre qui est à leurs pieds, sont conçus avec une grande énergie et exécutés avec un véritable talent. Le dessin en est souple, la couleur forte et fine. L'air circule bien autour de ce groupe remarquable; mais l'ensemble même de la scène n'est pas exempt d'une certaine confusion et n'expose pas assez clairement le sujet. M. Morot aurait pu ménager quelque part une échappée sur le champ de bataille où les Ambrons viennent d'être vaincus et où on les eût entrevus en déroute. Le sujet se fût ainsi trouvé mieux expliqué ,et, de plus, le tableau y eût gagné d'avoir, au point de vue pittoresque, un caractère moins épisodique. Il n'eût pas été, ce qu'il semble être, le fragment d'une grande scène plutôt que la représentation de cette ficène même. Le groupe des femmes à droite est traité avec une exagération regrettable dans l'expression. Les maîtres, même dans la représentation des actions les plus violentes, ont su se garder de pareils excès. Sous leur pinceau, l'énergie de l'expression ne dégénère jamais en grimace et, jusque dans les images de la passion ou du désespoir, ils respectent scrupuleusement les droits du beau.
L'Académie n'hésite pas à blâmer, comme une pratique mauvaise, l'emploi que M. Morot a fait, pour l'impression de sa toile, d'une sorte de torchis inégal. Ce procédé donne à la peinture un aspect raboteux qui blesse le goût, sans profiter en réalité à la vigueur de l'exécution matérielle.
Sous le bénéfice dos réserves qui précèdent, l'Académie reconnaît que le tableau de M. Morot est une œuvre pleine de'sève et de talent. Il y a, chez celui qui l'a produite, l'étoffe d'un véritable peintre, d'un artiste destiné à occuper une place très honorable dans l'école francise, lorsque les leçons de l'expérience auront achevé de le fortifier et de le mûrir. L'Académie recommande le tableau de M. Morot à l'attention bienveillante de M. le ministre.
M, Besnard, 3" année. — Arrivée de François 7*^' à Bologne. Essai 4e décoration : esquisse.
L'esquisse peinte par, M. Besnard est assez bien conçue et ne manque pas d'un certain caractère décoratif; mais la copie par ce pensionnaire •d'un fragment de la Dispute du Saint-Sacrement a été faite avec une négligence d'autant plus inexcusable que cette copie doit appartenir à l'État. L'Académie la juge indigne du talent de M. Besnard et cou-
tFaire de tous points à ce qu'on a le droit d'attendre d'un pensionnaire de rAcadémie de France à Rome.
M. CoMMERRE, 2*^ année. — Le Lion amoureux.
M. Commerre a paru à l'Académie en progrès. Son envoi est préférable à celui qu'il avait fait l'année dernière. Bien que cette composition sur le Lion amoureux ne traduise qu'imparfaitement la pensée du poète, elle se recommande par un arrangement assez heureux et par une exécution solide dan* plusieurs parties. Le groupe que forment la jeune fille et le lion est bien disposé; le torse de la figure principale est peint avec talent. C'est ce qu'on peut dire aussi du lion et des deux hommes accroupis devant lui pour lui rogner les ongles.
L'Académie renouvelle, au sujet du tableau de M. Commerre, l'observation que lui avait suggérée celui de M. Morot. Ici encore, elle blâme l'emploi de ces empâtements à outrance dans les travaux préparatoires, et, sous forme de conseil général, elle engage fortement les pensionnaires à ne plus user d'un moyen qui ne saurait avoir pour effet que de matérialiser l'art et d'en rabaisser les conditions.
M. Wencker. l*"" année. — Sainte Elisabeth de Hongrie.
Tout en étant conçue dans le goût dés anciens maîtres, la composition de ce tableau procède d'un sentiment très personnel et fait honneur à la sincérité aussi bien qu'au talent de M. Wencker. La scène est heureusement comprise et ordonnée; elle est rendue avec délicatesse et émotion. Quant à l'exécution proprement dite, elle n'est pas çà et là sans quelque faiblesse, notamment dans la figure de la sainte. En revanche, la figure tout entière du vieillard ne mérite que des éloges.
L'Académie félicite M. Wencker de Télévation de ses tendances, et elle no peut que l'exhorter à persévérer dans la voie où il est entré; mais elle a le devoir de lui reprocher le tort qu'il s'est donné en envoyant des dessins aussi insuffisants à tous égards que ceux qu'il a faits, l'un d'après Raphaël, l'autre d'après l'antique.