SCULPTURE
M. Idbag, 4* année. — Mercure inventant le caducée, statue en marbre.
Ce marbre n'est pas terminé. Toutefois, le degré d'avancement où il se trouve permet de l'apprécier tant au point de vue de l'exécution qu'au point de vue de la composition même. Or les lignes générales
choisies par M. Idrac, pour représenter Mercure inventant le caducée, n'ont pas paru à TAcadémie pleinement satisfaisantes. De quelque côté qu'on l'examine, la figure ne peut ni apparaître aux yeux tout entière, ni constituer par la combinaison des formes partielles un ensemble harmonieux ; mais, cela dit, il n'y a que justice à louer dans l'ouvrage de M. Idrac l'élégance de la pratique et les témoignages d'un talent auquel il ne manque pour se compléter qu'un souvenir plus exact des enseignements que les grands modèles nous ont laissés. M. Idrac, qui d'ailleurs n'a pas envoyé cette année la « tète d'étude » qu'il devait dès l'année dernière, M. Idrac a choisi pour sujet de son esquisse bas-relief le Jeune malade d'André Chénier : sujet charmant très favorable à la sculpture, mais qui exigeait dans l'exécution une ampleur et dans le style une pureté tout helléniques. L'Académie regrette que ces conditions nécessaires n'aient pas été suffisamment observées. Le caractère des personnages mis en scène n'a pas toute la grâce sévère qui convenait, comme l'ordonnance même des lignes générales manque d'ordre et de précision.
M. Injalbert (3*' année).
Aux termes du règlement, M. Injalbert devait exécuter cette année : 1® le modèle d'une figure en ronde bosse de grandeur naturelle ; 2* une tête d'étude en plâtre ; enfin l'esquisse de deuxième année qu'il n'avait pas envoyée l'année dernière.
Le modèle de la figure est resté à Rome pour servir à l'exécution du marbre que l'Académie recevra dans un an. Quant à l'esquisse, cette fois encore, l'Académie a le regret d'en constater l'absence.
M. Injalbert n'a donc envoyé qu'une « tête d'étude » en marbre, il est vrai, au lieu d'être simplement en plâtre. Le choix du modèle d'après lequel a été exécuté cet ouvrage n'a pas paru heureux et le travail manque un peu de délicatesse, particulièrement dans la chevelure. Néanmoins, l'Académie sait gré à M. Injalbert de l'expression de vie qu'il a su donner à son étude. Elle se rappelle d'ailleurs les travaux antérieures de ce pensionnaire et le talent dont il a fait preuve dans ses précédents envois. Aussi attend-elle avec confiance la figure en marbre par laquelle M. Injalbert satisfera, l'année prochaine, aux obligations qui lui sont imposées.
M. Hugues, 2^ année. — Les Ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta.
Au lieu d'une seule figure en ronde bosse dont les règlements lui prescrivaient l'envoi, M. Hugues en a envoyé deux qu'il a groupées
ensemble. Ce groupe est remarquable. La composition on est bonne, l'exécution soigneusement étudiée. En général, Toeuvre de M. Hugues se recommande par la justesse des intentions exprimées, par une certaine grâce touchante dans les attitudes et les gestes et, quant à rimitation des formes, par un modèle souplo et vrai. On pourrait sans doute relever certaines imperfections de détail, critiquer, par exemple, dans la figure de Françoise de Rimini, la lourdeur de certaines partie»; ; mais l'Académie préfère s'en tenir aux éloges que mérite le groupe de M. Hugues. Elle se plaît à signaler cet ouvrage comme un des meilleurs envois de cette année.
M. L\NSON, 1'® année.
Le grand bas-relief que M. Lanson a intitulé la Résurrection du Christ ne répond très exactement ni aux exigences morales du sujet ni aux conditions spéciales de la sculpture en bas-relief. Tout artiste qui entreprend de traduire un passage des livres saints doit se conformer scrupuleusement à la tradition, sous peine de ne produire qu'une œuvre inintelligible ou équivoque. C'est à peu près à ce résul- * tat qu'ont abouti les efforts tentés par M. Lanson pour rajeunir le sujet qu'il avait choisi. Considéré comme simple étude, son Christ est un morceau remarquable, une figure d'un dessin très correct et d'une exécution matérielle fort habile; mais des mérites de cet ordre ne sauraient sufiSre en pareil cas. Quant à la figure de l'ange, on ne trouverait guère à y louer que la forme et le modelé des bras; tout le reste de cette figure, comme les autres parties de la composition, accusent chez le jeune artiste des préoccupations contraires aux lois essentielles de la sculpture et aux conditions particulières du basrelief. Que M. Lanson se défie, comme d'un sérieux danger pour son talent, de ses tendances à rechercher un peu trop le mouvement des lignes et l'effet pittoresque.
Si, malgré l'habileté qu'il atteste dans certaines parties, le basrelief de M. Lanson justifie les observations qui précèdent, l'Académie, en revanche, n'a que des éloges à donner à In copie en marbre que ce pensionnaire a faite du beau torse antique de Bacchus conservé au Musée de Naples, copie excellente, exécutée avec tout le soin que commandait un aussi noble modèle.