ARCHITECTURE
Les envois faits cette année par les pensionnaires architectes sont très nombreux et très importants.
670 L'ANNÉE AiRTISTIQUE.
.L'Académie se plalt à constater le mérite et le zèle de ces jeunes artistes qui, non contents de satisfaire à leurs obligations règlement taires, ont, volontairement, presque doublé le travail qui leur était imposé.
M. Lambert, 4* année.
L'Acropole tout entière d'Athènes a été le sujet choisi par M. Lambert pour son travail de restauration. L'Académie n'hésite pas à reconnaître que ce travail est à la hauteur d'un pareil sujet. Sans vouloir se prononcer d'ailleurs sur la justesse absolue de toutes les opinions émises par M. Lambert, sur la valeur réelle des solutions qu'il propose, elle constate au moins que ce qu'il avance est souvent très vrai et toujours très vraisemblable. En recueillant avec un soin scrupuleux toutes les indications matérielles sur lesquelles il pouvait fonder ses conjectures, en relevant toutes les traces des constructions détruites, en se livrant enfin à une étude approfondie de tous les documents ou de tous les problèmes archéologiques relatifs à l'Acropole, M. Lambert est arrivé à ce résultat^ de mettre sous nos yeux un ensemble de renseignements du plus haut intérêt. Gr&ce à lui, les questions de la place qu'occupaient^ les temples, de la forme que pouvait avoir la Voie Sacrée, de la disposition logique des édicuiee et des monuments de toute sorte groupés autour du Parthénon, ces questions complexes se simplifient et s'éclaircissent.
Il fallait sans doute beaucoup de soin et de persévérance pour relever, un à un, comme l'a fait M. Lambert, les vestiges des constructions antiques sur un espace aussi étendu que le rocher de l'Acropole; mais à ce mérite se joint celui dont le jeune architecte a fait preuve au point de vue de Tart et du talent personnel. Sa restauration a dans l'agencement des lignes une noblesse magistrale ; elle est conçue avec une ampleur et une simplicité telles qu'en voyant les beaux dessins exécutés par lui, on est frappé de la majesté et de l'harmonie, dignes de l'art hellénique, qui régnent dans , toutes les parties de son « envoi ». C'est donc sans aucune restriction que l'Académie félicite M. Lambert du zèle, de la conscience et du talent qu'il a montrés dans l'accomplissement de sa t&che.
M. LoviOT, 3*^ année.
M. Loviot a envoyé quatre feuilles d'études sur le Monument de Lysicrate à Athènes et cinq autres feuilles de dessin d'après le Mo* nument de Colleoni et le Palais Ducal à Venise.
L'exécution de ces dessins est d'une habileté peu commune ; mais
ce qui est peut-être encore plus louable que l'habileté dont M. Loviot a fait preuve, c'est la conscience avec laquelle son envol est traité. Nul subterfuge, nulle indication superficielle. Tout, ensemble et détails, révèle une étude invariablement scrupuleuse. Aussi l'Académie félicite-t-elle sincèrement M. Loviot de son envoi, et ne s*arrête-t-elle pas à de légères critiques que justifieraient certains détails, certaines indications de polychromie par exemple.
M. Paulin, 2* année.
M.- Paulin était tenu d^envoyer quatre feuilles de détail (au quart de Texécution) d'après des monuments antiques et quelques détails d'ai>chitecture de la Renaissance. Il a largement rempli ses obliga* tiens, puisqu'il a envoyé six feuilles de détails antiques et deux feuilles de dessins se rapportant à des monuments d'une époque moins reculée. La première série de ces dessins se compose d'études sur le Portique d'Octavie et sur le Théâtre de Marcellus, à Rome; la seconde, d'études sur le Palais Farnèse et sur l'ambon de la basilique de Saint-Laurent-hors-les-Murs.
Il y a bien quelque lourdeur et quelque mollesse dans le rendu du Palais Farnèse et dans celui du Théâtre de Marcellus. De plus, on peut regretter, dans les dessins, d'après ce dernier monument, l'absence d'une coupe générale indiquant la superposition des ordres antiques; mais ces imperfections ou ces lacunes sont, aux yeux de l'Académie, bien rachetées par les qualités qi^i distinguent l'ensemble de l'envoi.
M. Paulin a eu l'idée, et c'était une idée heureuse, de rapprocher sur une même feuille les détails et les profils cotés des ordres antiques et des ordres similaires du Palais Farnèse. Malheureusement il n'a pas su éviter une certaine confusion dans l'agencement de tous ces détails et les présenter de manière à ce que la comparaison devint facile. Toujours est-il que, en s'attachant à une rigoureuse exactitude dans les relevés des profils et des sections, M. Paulin a prouvé qu'il comprenait que le dessin d'un motif n'est pas tout ce qui doit intéresser un architecte, et que celui-ci a aussi le devoir de se livrer à^ une étude approfondie des formes et de l'ossature des ornements.
Il y aurait lieu peut-être de regretter la perfection minutieuse avec laquelle est exécuté le dessin de l'ambon de Saint-Laurent, si l'on ne tenait compte que du temps nécessairement fort long qu'a exigé cet ouvrage; mais on ne saurait insister sur une observation de cet ordre, et le mieux est de savoir gré à M. Paulin du soin, de la
conscience et du talent avec lesquels il a reproduit un des édicules typiques des premiers âges de Tarchitecture chrétienne.
M. Blondel, l**' année.
Aux termes du règlement, M. Blondel devait envoyer quatre feuilles de détafls d'après des monuments antiques de Rome et de ritalie centrale; il a envoyé neuf feuilles d'études sur le Temple d'Hercule à Cori, et sur les Temples de la Fortune Virile et de Vesta, à Rome.
Si l'on peut faire quelques réserves sur ie rendu du chapiteau du Temple de Vesta, où l'on constatera un peu de lourdeur dans les omhres et d'exagération dans les reflets, ces réserves ne touchent en . rien à l'interprétation, au point de vue architectural, des monuments relevés par M. Blondel. Les restaurations de détail procèdent bien des exemples qui subsistent; les feuilles de dessins contenant les projections et les sections verticales et horizontales des divers ornements, sont cotées avec un très grand soin et prouvent que les relevés ont été consciencieusement faits.
Quant au choix des monuments mêmes, on ne peut que l'approuver, surtout parce qu'il a eu pour résultat de constituer un ensemble d'exemples sur la diversité des ordres. En effet, le Temple d'Hercule est dorique, celui de la FoHune virile ionique, celui de Vesta corinthien, de sorte que le travail de M. Blondel s'applique aux trois types principaux des ordres, à des époques différentes.
N'eût-il tenté que d'établir ainsi une comparaison entre ces types, M. Blondel eût mérité par là l'approbation et les encouragements de l'Académie; l'Académie y ajoute ses éloges pour le talent remarquable avec lequel les dessins de ce jeune pensionnaire ont été exécutés.
En résumé, tous les architectes' pensionnaires de l'Académie de France à Rome ont droit aux félicitations de l'Académie des Beaux- Arts, et l'Académie eât heureuse de les leur adresser.