M.*Paul Mantz, le Temps, 4 août
les artistes qui, en s'inspirant de cette époque radieuse; montrent le goût raffiné et la mesure de M. Guillaume. Un courant qui s'accentue d'année en année porte aussi les sculpteurs à chercher, comme les peintres, le naturalisme, à déserter les beautés officielles pour rechercher l'individualité et le caractère. Un sculpteur ami des scènes rustiques, M. Albert -Lefeuvre, a fait songer à notre grand Millet. Oui, dans son groupe intitulé Âpres le travail, on a trouvé quelque chose de l'air grave et rêveur que l'illustre paysagiste a donné à ses paysans, à ses bergers grandioses qui, adossés à un arbre, regardent vaguement devant eux. « M. Albert-Lefeuvre a représenté une jeune travailleuse des champs qui se repose debout et appuyée sur un bâton; auprès d'elle est son collaborateur, un grand garçon qui s'est couché à plat ventre pour boire à une source, et qui, par un mouvement machinal, scande chaque gorgée qu'il avale par le battement d'une jambe relevée en l'air K » Malheureusement la composition semble coupée en deux ; elle ne se
tient pas, et l'ensemble paraît disloqué. M. Albert Lefeuvre, qui n'a encore fait que des statues, devra étudier l'art du groupe ; ce jeune artiste a d'ailleurs prouvé qu'on avait le droit de compter sur lui.
• Telles sont à peu près les principales œuvres de sculpture du Salon. Nous ne devons pas oublier la statue de Corneille, que M. Falguière a exécutée pour la Comédie française; elle est traitée dans le goût luxueux du xvin* siècle, à la manière de Gaffieri, et fait grand honneur à l'artiste. Le groupe de M. Gustave Doré, intitulé