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CHAPITRE III

A l'heure où nous écrivons ces pages, c'est à peine si le bruit du grand événement qui a occupé le monde entier pendant de longs mois est apaisé. La plaine du Champ de Mars, où s'est dressé comme par enchantement un colossal palais, où ont été rassemblés de tous les points du globe les chefs-d'œuvre du génie humain, où l'on a pu établir le bilan du progrès et marquer l'étiage de la civilisation actueUe, cette plaine redevient déserte après tant de tumulte, et dans quelques jours peut-être il ne restera pas même, sur le lieu ténïoin de cette gigantesque entreprise, une simple inscription commémorative pour en raconter la gloire et l'éclat éphémère.

Mais qu'importe une inscription quand le souvenir persiste I L'Exposition universelle de 1878 vivra dans la pensée de tous ceux qui réfléchissent et qui travaillent, qui comparent et qui regardent haut. Elle a été, au milieu des mille efforts de l'activité humaine, comme une de ces heures solennelles d'examen de conscience, pendant lesquelles les esprits se concentrent pour se redresser avec

une nouvelle énergie. Que produira cet examen ? L'avenir 1^^ dira.

Quant à la situation actuelle des arts, dont nous avons seulement à nous occuper dans ce livre, quant aux comparaisons qui ont pu résulter du spectacle de tant d'œuvres d'origines diverses rassiemblées pour un jour, quant à rémotion excitée par cette lutte internationale de savoir, de talent ou de génie, voilà ce que nous essayerons de résumer en un aperçu succinct et pourtant assez complet pour qu'il puisse servir au besoin de mémorandum.

ARCHITECTURE. — Les palaid du Champ de Mars et du Trocadéro.

Là rue des Nations. Les annexes. «

Il faut le dire tout d'abord : l'Exposition universelle n'oflfrait, pour apprécier l'état de l'architectuFe chez les différents peuples, que des éléments incomplets, et l'on aurait tort de porter un jugement absolu, soit d'après les monuments du Champ de Mars et du Trocadéro, pour la France, soit d'après les curieux spécimens offerts par la rue des Nations ou les annexes, pour l'étranger. Ce que Ton peut toutefois proclamer, c'est que les bâtiments élevés par les architectes français en vue de l'Exposition ont montré hautement une tendance nouvelle et parfaitement marquée, une forme originale qui a pu choquer les yeux habitués aux élégances conventionnelles de la tradition et de l'école, mais qui n'en est pas moins remarquable et appropriée aux nécessités contemporaines. Que ceux dont la parole gémissante répand sans cesse l'alarme

et qui s'obstinent sans relâche à réclamer la formule de « l'art du xix* siècle » yeuillrat bien se rappeler les bâtiments de l'Exposition. Quoi qu'ils en aient, ils devront se résigner à y découvrir le germe de l'architecture qui nous attend. « Tant pisi » diront-ils peut-être, car nous savons de combien de saillies ils ont accueilli les galeries du Champ de Mars et le palais duTrocadéro. Nous répondrons en citant les appréciations de quelques gens de goût et surtout celles d'un juge éminent, compétent entre tous, M. VioUet-le-Duc, qui a publié sur la partie architecturale de l'Exposition dans le journal rirï, des études extrêmement remarquées. Nous fious en tiendrons, pour rester dans notre cadre, aux considérations générales.

Le palais du Champ de Mars, construit sous la direction de M. Kràntz par M. Hardy, l'architecte du palais, assisté de MM. Duval et de Dion, à montré toutes leè ressources que l'architecture peut désormais tirer du métal ; cette vaste salle a été l'apothéose du fer et son acte d'avènement.

0 Je sais, à propos des constructions en fer, dit M. Eug. VioUet-le-DucS tout ce que les architectes oppo^ sent à ce mode de structure. Il ne peut se prêter, pré* tendent-ils, aux formes monumentales ; s'il convient à des gares, à des marchés, à des bâtiments d'exposition, vastes espaces couverts et sur lesquels les points d'appui doivent être rares et tenir le moins de place possible pour ne pas gêner la circulation et le dépôt des objets, ce mode ne saurait offrir aux regards les dispositions de

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