‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 64 sur 218 · VioUet-lè-Duc, VArt, n* du 9 juin · texte numérisé non relu

VioUet-lè-Duc, VArt, n* du 9 juin

pleins et de vides qui constituent réellement Farchitecture, les ressources nombreuses que présentent la pierre et tous les matériaux analogues, etc. Il est évident que, si on construit avec du fer, on ne peut obtenir les formes monumentales qu'accuse la pierre, ou que, si on tente de le faire, on procède à faux, La question est de savoir si le fer se prête à des formes monumentales quelconques dérivées de l'emploi judicieux de cette matière, si l'architecture consiste seulement dans l'emploi de certains matériaux à l'exclusion de certains autres, et si, parce queni les Grecs, ni les Romains, ni les maîtres du moyen âge n'ont employé le fer dans leurs grandes constructions, il n'est pas possible de trouver la forme architectonique qui lui convient....

« A ce point de vue, le palais du Champ de Mars aura fait faire à l'art de l'architecture de nos jours un grand pas, — je n'entends pas parler, bien entendu, de l'art conventionnel, dans l'emploi duquel on a la prétention de vouloir nous enfermer, mais de l'art proprement dit. — Ce palais est une démonstration, timide encore sur certains points, mais une démonstration pratique de principes, dont théoriquement nous avions, il y a déjà longtemps, développé les conséquences... Pour nous, qui ne séparons pas dans l'architecture l'art de la science, et qui croyons même, en nous appuyant sur tous les exemples fournis par l'antiquité et les temps modernes, que l'art de l'architecture n'existe qu'à la condition de prendre la science pour point de départ, nous avons la ferme conviction que la structure de fer doit trouver ^t trouvera ces formes d'art qui lui conviennent. Il ne nous appartient pas de les indiquer autrement que par l'exposé des

principes que nous avons fait entrevoir en examinant les diverses structures du palais du Champ de Mars. Là, en effet, on peut signaler des tentatives, et si elles ne sont pas toutes également heureuses, elles indiquent un grand effort, un progrès incontestable. »

Pénétrant dans le détail et examinant minutieusement les longues galeries du palais. M, Viollet-le-Duc montre comment les constructeurs, quand ils ont su rester dans la limite de leur rôle, c'est-à-dire quand ils se sont bornés à une exécution simple, conforme à la matière employée et au but cherché, ont été naturellement les complices de Part, des formes élégantes et pures. Nous ne suivrons pas rillustre architecte sur ce terrain technique ; nous citerons encore un autre critique, moins spécial, et habile à donner aux idées un vêtement brillant. « La faculté, dit M. Charles Blanc*, de couvrir des espaces immenses sans les encombrer de points d'appui intermédiaires, et celle de supprimer les murs intérieurs en les rejetant sur les limites du bâtiment, où ils n'ont plus à remplir que la fonction de clore ; ce sont là, il faut en convenir, des nouveautés qui, combinées Tune avec l'autre, annoncent une civilisation bien différente de celle dont la tradition s'est conservée par les monuments et par l'histoire. Aux multitudes qui veulent se réunir, aux peuples qui aiment mieux s'associer et s'entendre que de se combattre pour s'exterminer, il fallait des édifices nouveaux, des temples dont la construction répondit à des sentiments qui n'existent qu'en germe dans l'humanité, à des besoins qu'elle n'avait pas connus jusqu'ici, à

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