‹ L'ANNÉE ARTISTIQUE (volume 2)Chapitre 79 sur 218 · ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

ÉTATS-UNIS

PEiimjRE. — Membre du jury : M. Millet. — Médaille de 2* dasse : Bridgman ; — rfe 3« classe : Dana. — Mentions honorables : Lafarge, Shirlaw.

Gravure. — Membre du jury : Rich. — Mention honorable : Mitchel.

Les États-Unis avaient envoyé à rBxposition univer^ selle de 1878 un nombre considérable de tableaux. Quelques-uns seulement se distinguaient par un goût prononcé de terroir ; la plupart présentaient des Vues de France ou d'Italie, et Ton y sentait pleinement rinfluence française. Beaucoup de peintres américains sont venus^ en eflEét étudier à Paris, et plusieurs d'entre eux ont continué à y travailler. MM. Ward et Henry Bacon sont élèves de M. Gabanel; M. Bridgman est élève de M. Gérôme; le portraitiste M. Lippincott s'est formé chez M. Bonnat ; M. JFohn Sargent, chez M. Garolus Duran. Robert Wylie, qui peignait des Bretons et qui est mort à Pont-Aven le 14 février 1877, avait travaillé dans l'atelier de Couture.

(( Le meilleur tableau de la section américaine, dit M. Paul Mantz, a été peint l'année dernière à Paris, dans un système rigoureusement français: c'est la sinistre marine que l'auteur, M. William Dana, intitule Solitude.., H. Dona est né à Boston ; mais, il y a vingt ans, il était élève de Picot et de Lepoittevin... L'ancien disciple de Picot est aujourd'hui un adhérent de Courbet. C'est en eflfet la Mer orageuse de Courbet qui a engendré la Solitude de M. Dana. L'analogie est dans les colorations, elle est aussi dans le procédé ; pour le sentiment, M. Dana

dépasse de beaucoup le dernier maître qu'il s'est choisi... Partout la mer immense, une mer furieuse dont le pâle rayon de la lune ne parvient pas à éclairer les noirceurs bleues... Pas un bateau, pas une créature humaine... M. Dona met en jeu tous les procédés modernes : comme Courbet, il use du couteau à palette et des empâtements ; mais il laisse une grande place à l'émotion, et son beau tableau est une œuvre rare qui raconte avec éloquence la bataille de la nuit et de la mer. »

Parmi les quelques peintres des États-Unis, qui sont restés Américains, il faut nommer avant tous M. Winslow Homer^ qui peint tranquillement à la vieille mode, mais qui, très attentif au caractère local, nous offre un monde étrange et intéressant par les types et les costumes ; son Dimanche matin en Virginie et sa Salle d'école dans la campagne joignent à la vérité du sentiment la parfaite sincérité du pinceau. Le Cirque guipasse, de M. Brown, a beaucoup d'accent. Cinq méchants gamins, alignés sur le trottoir et fort déguenillés, regardent passer des clowns à cheval. « Ces cinq figures, dit M. Gherbuliez, sont excellentes, pleines de vie et d'expression, et sur leurs lèvres fleurit ce rire yankee qui semble dire : « Tu m'amuses, mais ne va pas t'imaginer que tu m'étonnes ». On remarquait aussi un Chat, de M. Butler junior, véritable chat de gouttière, épais, à l'œil dur, n'ayant rien de commun avec les chats élégants, raffinés, aristocrates, de M. Lambert.

Parmi les artistes des États-Unis, M. John Lafarge est presque le seul qui avoue une certaine affinité avec l'école anglaise. Sa Vallée du Paradis, une prairie verte au milieu de laquelle est couché un agneau blanc, est une

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peinture sincère, simple, presque un peu naïve. « Nous chercherions vainement dans notre école, dit M. Mantz, une façon de voir la nature qui présente quelque analogie avec celle de M. Lafarge. Les Français n'oseraient pas hasarder une verdure aussi unie et aussi loyale ». M. Walter Shirlaw est une autre singularité parmi les artistes des États-Unis; il est élève de Munich. Soh tableau, les Tondeuses de moutons dans les montagnes de Bavière, a tout à fait l'accent bavarois, et, s'il avait été -exposé dans la section allemande, il aurait trompé les plus habiles connaisseurs. « Le dessin est incorrect, dit M. Charles Clément, la facture grossière et bien imparfaite, quoique riche et grasse ; mais il y a du mouvement de la vie, de l'entrain dans l'ensemble delà scène, une entente rare de la lumière et un sentiment très-distingué de la couleur. »

Parmi ceux qui, comme M. Daila, se rattachent à l'école française, nous citerons M. Bridgman, dont les Funérailles d'une momie rappellent clairement son maître, M. Gérôme; puis M. Gedney Bunce, qui, dans ses vues de Venise, se montre familier avec toutes nos roueries de facture, et M. Sandford GifTord, adorateur de Venise,, comme M. ^ Bunce, comme lui, paysagiste délicat et possédant un fin sentiment de la couleur ; M. Dubois, dont les paysages sont d'une facture ferme et franche ; M. Bunée, dont les marines font un peu trop penser à M. Zîem, mais offrent de sérieuses qualités. Nous rappellerons encore les paysages de MM. Bolton Jones, Wyant, Richards, Bristol, une Scène orientale de M.. Yewell, des Moissonneurs de M. Eaton, une Jeune Italienne de M. Andersen , un Monsieur lisant de

taO. L*ANNÉE ARTISTIQUE.

M. Schade, une' Jeune Femme en costume du temps de R^bens par M. Dielman.

Quelques artistes américains paraissent avoir une tendance à confondre Fexcentrique avec l'original, ce qui est loin d'être la même chose. Ainsi, M. Hamilton a pu croire être original et il n*a été qu*exccntrique, lorsqu'il a peint une grosse fille délurée, se renversant dans un fauteuil jaune, les mains croisées autour de ses genoux, une cigarette entre les doigts, et riant à gorge déplofée» en montrant sa jambe à son perroquet. II y a dans cet ouvrage du talent, mais {dus encbre de mauvais goût que de talent. Signalons aussi le mauvais goût chez un autre artiste, doué d^m remarquable sentiment de la couleur, M. Wedder ; il a donné à sa Sibylle de Cnmes une figure tout à Uât grotesque. Peut-être bien est-ce de rexcentricité ; mais à coup sûr îl n^y a rîen dans ces vulgarités à outrance que Fon puisse quaKfler ffbriginal.

Pour coonpléter cette revue des écoles étrangères à rExposition unîrerseDe de i^8, vdIci quelques lignes de Âf . l^ctor €herbulier sur PAmârique du Sud, lignes piquantes et cruelles, mais où ne parait pas manquer fe vérité I tt La Gonfédératioc» Argentine, Goatanala, KsôKî, le Mexique, le Pérou, FUniguay, Teneffuela, oirt exposé ou des dessins calligraphiques^ ou des scènes de genre, ou des vues pan(»ramiques; ou des pcHiraits ; cfaacuufaît ce qu'il peut. On nous assure que, pa-rmi ces porfrails, 3 en est qui représentent des prési^nts, et eeSat nous explique pourquoi ce ne sont que des ébauches. Dans ce pays où ks rérohitions sont si fréquentes, les retouches

sont impossibles. Avant que le portrait soit achevé, le président a disparu. »

L'ART APPUQUÉ A L'INDUSTRIE. — Céramique, verrerie, cristallerie.— Tissus, tapis et dentelles. — Meubles, bronzes d'art, orfèvrerie, joaillerie et bijouterie. — Quelques mots sur le Japon et le Japonisme.

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