Revue des Deux Mondes, 15 août
se modèlent les fines sculptures, s'appliquent les rectangles de lapis et de porphyre, brillent les émaux de Limoges... Le style Louis XIV est représenté par ses grands canapés et ses larges fauteuils de bois doré, dont les tapisseries d'Aubusson recouvrent les sièges, les dossiers et les bras ; le style Louis XV, par de charmantes Titrines de bois doré, dignes de contenir les plus ravissantes figurines de vieux saxe... Voici encore tout un mobilier de même style, lit, chaises, consoles, tables, guéridons, chiffonniers, en vernis Martin. Sur des fonds rutilants, or, cuivre ou pelure d'oignon, fléchissent des guirlandes de fleurs, enchevêtrent les rinceaux capricieux et s'enlèvent de jolies figures peintes, groupes d'Amours ou Triomphes de Vénus... L'ameublement Louis XVI, plus sévère, mais' non moins gracieux, ne se contente pas seulement du chêne sculpté, doré pu peint en blanc. Il prend des essences plus précieuses et plus variées, l'érable, le citronnier, le corail, l'acajou, le thuya, l'amarante. Voyez ce grand lit d'érable rechampi de filets de citronnier et de corail, garni de bronze doré et ciselé ; voyez aussi ce bureau-cylindre d'acajou massif à garnitures de bronze doré... Dans les meubles où la fantaisie et l'invention ont plus de part, on remarque tout un intérieur de style néo-pompéien : sièges de chêne sculpté de forme antique, lambris de marqueterie de bois de couleur et panneaux d'étoffes brodées imitant les fresques ornementales de Pompéi... ))
Quand on parle d'ébénisterie, il faut d'abord nommer M. Fourdinois. « Ce vaillant industriel, doublé d'un artiste, amoureux de ce qu'il fait et voulant toujours
faire mieux, dit M. Paul Dalloz S obtient des incrustations qui transpercent de part en part le bois qu'elles décorent, mosaïque profonde, bien autrement durable que celle qui se contente d'étaler à la surface des dessins multicolores. » On admirait, dans son exposition, un ravissant cabinet de style grec, très sagement, très discrètement modernisé, et un charmant coffret, « digne du boudoir de la plus jolie femme ou d'un musée » : aux quatre angles de ce coffret, d'élégantes colonnettes de lapis-lazuli portent de délicieuses figurines d'ivoire ; les incrustations sont d'un découpé si fin qu'à peine la ligne, d'une régularité parfaite, flui sépare les différents bois, est perceptible à la loupe. A côté du nom de Fourdinois, nous devons placer ceux de MM. Grohé, Guéret, Beurdeley et Dasson, qui nous montraient de beaux ouvrages où le rôle du métal le disputait de près au rôle du bois. Tous les curieux, tous les amateurs se sont extasiés devant l'admirable copie, exposée par Mr Dasson, de l'incomparable bureau de Louis XV, qui est au Louvre, — le plus beau meuble du monde. Cette copie, exécutée avec une habileté prodigieuse, a été acquise parlady Ashburton. « L'Angleterre, dit M. L. Falize fils*, aura désormais un sosie du bureau de Louis XV, et, s'il est exposé à Bethnal-Green, près des merveilles de sir Richard Wallace, on ne saura dire, en les comparant, quels sont les véritables ouvrages de bronze de Philippe Caffleri, ou les marqueteries de Riesener. S'il sait copier avec une telle habileté, M. Dasson apporte en ses compositions une perfection non moins grande-, sa mignonne