Voir r Année artistique, l'« année, p. J
candidats s'étaient présentés. Mais ce n'étaient pas sealement cent, ni deux cents, ni trois cents professeurs qui allaient être nécessaires; il en fallait un bien plus grand nombre. On se heurtait aussitôt à la grosse difficulté, celle de l'argent. Dans une remarquable étude esthétique publiée sur ce sujet, M. Henry Havard * disait : « Où trouverez- TOUS des fonds pour payer vos professeurs, vous qui êtes forcés de marchander leurs honoraires à nos pauvres maîtres d'école? Quels appointements dérisoires allez-vous leur allouer et ne savez-vous pas que déjà, faute de rémunération suffisante, dans nos lycées et nos écoles spéciales, on n'a le plus souvent, pour maîtres de dessin, que des artistes de cinquième ordre, ceux qui, faute d'idées ou de savoir, ont dA renoncer pour toujours aux honneurs, à la fortune et à la gloire... Reste le matériel. ÉlèvereE-vous des salles d'étude avant que d'avoir construit des écoles? Avez-vous un modèle pour vos bancs, pour vos cartons, pour vos exemples? Porte-crayons, crayons, papier et le reste, il vous faudra tout fournir : le possédez-vous? »
On ne pouvait, en vérité, rien posséder de tout cela parce qu'on n'avait aucun crédit pour l'acheter. Le rapporteur du budget des beaux-arts, M. Antonin Proust, si exactement renseigné sur tous les besoins de ces services, n'avait pas réclamé d'augmentation. Voici pourquoi. M. Antonin Proust avait déposé au commencement de l'année, sur le bureau de la chambre des députés, un projet de loi relatif à la création d'écoles et de musées industriels et concluant à l'inscription d'un crédit de 800,000 francs. L'honorable député démontrait dans son Exposé des motifs l'impérieuse nécessité pour notre pays de relever nos industries d'art,
1. Lettre sur renseignement des beauoHirts, par Henry Havard^ 1870, broch. in-8% chez A. Quantin.
dont nous tirons des revenus considérables, par le perfectionnement de l'instruction des ouvriers. Il prouvait que les étrangers avaient accompli, depuis dix ans, dans ce sens, des progrès extraordinaires. Voici, suivant M. Antonin Proust, comment pouvait être répartie la somme indiquée : 400,000 francs pour la création d'un musée industriel à Paris; — 150,000 francs pour subvention aux écoles de dessin créées par les départements, les chambres de commerce, etc.; — 150,000 francs pour la création de musées industriels dans les départements ; — 150,000 francs pour fournitures de modèles, moulages, etc., aux écoles de dessin et aux musées industriels; — 50,000 francs pour frais de concours général annuel des écoles de dessin de Paris et des départements, bourses de voyage, médailles.
Malheureusement, la chambre n'avait pas le temps de discuter en 1879 l'excellent projet de loi de M. Antonin Proust; aussi, un député, M. Agniel, connaissant les rapports des inspecteurs du dessin, et convaincu de l'urgence qu'il y avait à appliquer cet enseignement, demanda-MI, dans la séance du 28 juillet, un vote immédiat sur toute la partie du rapport de M. A. Proust concernant les écoles, c'est-^« dire un crédit de 350,000 francs. C'était scinder le projet ; mais qu'avait à perdre celui-ci à cette opération ? La chambre accorda la somme demandée, et montra en cette circonstance, il faut le reconnaître, une prévoyance dont on ne saurait trop faire l'éloge.
Au cours du débat, M. Turquet fit cette déclaration que nous croyons devoir enregistrer à titre documentaire, car elle est importante :
« A Tavenir, nous distribuerons nos subventions aux écoles municipales de France comme nous l'avons fait jusqu'à présent. Et si vous voulez savoir quelle est l'importance de ces écoles, je puis vous
dire, d'après les rapports des inspecteurs de dessin que j'ai analysés^ qu'il y a aujourd'hui 440 écoles de dessin, dans lesquelles on apprend à nos ouvriers d'industrie à dessiner, à travailler les métaux, à sculpter le bois, dans lesquelles on enseigne enfin tout ce qui peut concerner les arts industriels.
« Les écoles comptent 283 professeurs, et 13,376 enfants en suivent les cours.
« Voilà quelles sont les écoles auxquelles nous donnerons des subventions, si vous nous en accordez.
« On m'a demandé ensuite quels étaient les modèles que nous entendions envoyer dans les écoles municipales.
« Messieurs, l'honorable rapporteur du budget sait mieux que personne quelle est l'opinion du ministre des beaux-arts sur la question des modèles. Il sait très bien que M. le ministre préside en ce moment une commission chargée d'élaborer un programme d'enseignement du dessin et de discuter quels modèles on enverra dans les écoles. Et il sait de plus que l'immense majorité de la commission, M. le ministre, son sous-secrétaire d'État, le secrétaire général, l'administration, enfin, sont tous absolument favorables à la méthode de l'enseignement du dessin parles moulages, en excluant les estampes et surtout les photographies, considérées comme un détestable moyen d'enseignement. >
Tel est, en résumé, le tableau des dépenses du budget des beaux-arts pour 1880.