MUSÉE DE CLUNY
De tous nos musées, celui de Gluny est peut-être celui qui reçoit le plus de legs et de dons. Si nous n'avons, cette année, à noter aucun nouveau changement apporté par le conservateur, M. Du Sommerard, aux agrandissements signalés dans notre précédent volume, en revanche il y a à enregistrer un certain nombre d'objets entrés à divers titres dans les galeries déjà si riches de ce musée.
Dons et legs: M. Gérard a légué sa collection, composée d'objets de toute nature et comprenant cinq ou six beaux meubles de la Renaissance française, un grand nombre de bois sculptés des xv« et xvi* siècles, des horloges, armes de chasse, épées du moyen âge, et enûn une série de 133 pièces de céramique, comprenant notamment des faïences du temps de la Révolution, extrêmement curieuses. Signalons encore les objets suivants -.une très belle amphore romaine donnée par le docteur Benard-Decaïn ; des revêtements en faïence émaillée, provenant de Damas, don de M. Gustave Dreyfus ; des céramiques espagnoles, don de M. le baron Davilliers ; une série de briques émaillées, provenant de l'AIhambra, don de M. Mannheim; une collection de silex, don de M. le baron de Girardot; deux magnilQques vases
L'ADMINISTRATION (LES MDSÉES). 25
de Sèvres et une tapisserie des Gobelios, don de TÉtat; enfin la série extrêmement curieuse de galvanoplastie d'après de nombreuses pièces d'orfèvrerie qu'a envoyées le gouvernement bavarois, et qui comprend des coupes, des cannelles, des hanaps, des bronzes, dont les originaux se trouvent presque tous au musée de Nuremberg. On remarque surtout la cannette en cuivre repoussé représentant les Cinq Sens et datée 1652, et un hanap du xvi* siècle, exécuté par Rosner et représentant le Tir des armes à feu, etc. N'oublions pas les deux mausolées de iMarie de Bourgogne et de Charles le Téméraire, dont les moulages, envoyés par le gouvernement belge, ont été placés à côté des tombeaux des chevaliers de Malte.
Acquisitions : Cinq dalles tumulaires de Bruges, facsimilés peints et dorés, grands comme les originaux ; diverses faïences achetées à M. Eug. Piot ; de fort intéressants objets acquis à la vente Gastellani, dont nous parlons plus loin (Voy. le chapitre de VHôtel Drouot), et notamment trois pois siculo-arabes, d'une authenticité non douteuse, achetés 1,200, 1,^20 et 1,600 fr.; un magnifique coffret quadrangulaire en ivoire du xiv* siècle, 510 fr.; une petite châsse en bronze doré et gravé du xv* siècle, représentant F Annonciation, le Calvaire, etc., 410 fr.; un charmant reliquaire en argent, ayant la forme d'une petite maison flanquée de tourelles, xvif siècle, exécuté pour un évéquc d'Avignon, 535 fr.; diverses faïences italiennes, etc. Pour terminer, ajoutons que le musée de Gluny a reçu une grande quantité d'objels, vases de verre, bijoux, etc., découverts dans des sépultures gallo-romaines aux environs de Poitiers, et qui ont été décrits dans une l)rochure publiée par le chef de bataillon M. Rhothmann, par les soins duquel les fouilles ont été faites. Ces objets seront mentionnés
dans le catalogue que M. Du Sommerard compte publier, nous a-t-il dit, daus le courant de rannée 1880, catalogue qui est absolument indispensable, étant donné l'accroissement incessant du musée de Gluny.
Les crédits affectés à cet établissement sont de 58,000 fr. ; ils ne sont point imputables, comme on le sait, sur le budget des musées nationaux, mais sur celui des monuments historiques. La somme annuelle réservée aux acquisitions est de 10,000 francs.
MUSÉE d'artillerie
Nous avons dit, l'an dernier, avec quel soin, quel zèle et quelle originalité le conservateur de ce musée, le colonel Leclerc, organisait dans les salles du palais des Invalides l'histoire du costume militaire. La méthode qu'il a mise en pratique, consiste à revêtir un mannequin de grandeur d'homme, très finement façonné, d'un costume militaire et à l'équiper complètement de ses armes, suivant le pays, l'époque, le rang et le rôle du type choisi. Au mois de novembre 1878, deux nouvelles galeries ont été ouvertes au public. Dans la première, on a réuni de petits modèles de canons donnant l'historique de Tartillerie depuis le xv^ siècle jusqu'à nos jours, et une collection des étendards de la cavalerie depuis le règne de Louis XIV. La deuxième galerie renferme les armes anciennes comprenant les types de l'âge de la pierre, du bronze, de l'époque dite des tumulus, les armes grecques, romaines, gauloises et mérovingiennes. On a placé dans cette même salle, des personnages armés, équipés et prêts pour le combat, représentant des guerriers grecs depuis Tan 300 avant notre ère, des guerriers romains, jusqu'au Bas-Empire, et des gladiateurs.
(( Une visite dans ces salles nouvelles est on ne peut plus intéressante, dit un chroniqueur du J/P Siècle*; ici, on a devant les yeux un archer, composé d'après le fronton du temple d'Égine; là, un peltaste, armé à la légère, et fait d'après une fresque trouvée à Florence; plus loin, c'est un hoplite, lourdement armé, avec son armure complète et son bouclier de bronze; en voici un autre fait d'après un tombeau à Florence, puis un autre encore d'après la statue de Mars du Vatican; pour celui-ci, on a pris pour modèle une fresque trouvée à Pcestum; pour cet autre, un vase grec et l'armure originale du musée de Naples. Toutcela est merveilleux d'exactitude et de soin dans les moindres détails. »
Parmi les dons faits, en 1S79, au musée d'artillerie, il faut citer : la collection de riches armures offensives et défensives de l'Inde, don du commandant Giquet, et le sabre que le général Hoche reçut du Directoire pour la pacification de la Vendée, legs de M. Housselin de Corbeau de Saint- Albins, ancien bibliothécaire de l'ex -impératrice Eugénie.