Dans le Gaulois
si vastes pages du pinceau sec et précis dont il a écrit quelques petites études archéologiques qui ont leur valeur. (Paul de Saint-Victor.)
Lefebvre (Jules). — Diane surprise, — La composition de M. Jules Lefebvre est un souvenir des maîtres italiens du zvii' siècle. Elle est bien combinée; le groupe présente des lignes heureuses. Uensemb>e reste froid cependant. L'exécution ne correspond pas à la pensée; elle devrait être amoureuse, elle ne Pest point. M. Lefebvre a de précieuses qualités; mais il n'a pas le pinceau généreux. Plus sage que passionné, il ne retrouve plus, pour exprimer la beauté des chairs féminines, la fermeté onctueuse, le modelé ressenti que lui inspira la nature vivante lorsqu'il peignit en 1868 la Femme couchée de la collection de M. Alexandre Dumas... {Paul Maniz.) — ...Le site choisi, malgré sa fraîcheur et l'ombre qui l'enveloppe, ne semble pas la retraite profonde de la reine des forêts. Toutes les figures, variées d'âge et de caractère, sont parfaitement élégantes. Cependant l'artiste n'a-t-il pas donné un type un peu trop mondain à la chaste déesse? {Eug, Guillaume,)
Lehol'x. — Le Baptême du Christ. — Je crois que cet intéressant artiste s'est engagé dans une mauvaise voie. {Ch. ClémeîU.)—EsiAl possible que l'on prenne au sérieux le ridicule Baptême du Christ de M. Lehoux?Rien de plus inconcevable que ce ramas d'hercules emphatiques développant leur torse, étalant leurs muscles, sans rime ni raison, au bord d'une rivière. Le Christ descend lentement vers la berge, une massive auréole au front. Composition bizarre et plus bizarre exécution. Les chairs sont d'un ton de bois ; le paysage est purement conventionnel. Avec peu de chan-
gemeots, on ferait de ce tableau académique une excellente enseigne pour des lutteurs forains. ( Fourcaud.)
LEaiATTE. — La Famille. — C'est un grand tableau tranquille et doux qui doit être placé dans une des salles de la mairie du XIII* arrondissement. M. Lematte a disposé avec goût divers groupes rustiques mettant en scène les joies du travail heureux... L'ensemble reste froid cependant, et on ne semble pas s'amuser follement dans cette moralité municipale. (Paw/ ifaniz.)— L'œuvre n'a rien d'attrayant. Le sujet est fait de banalités allégoriques, mal cousues entre elles. Les poses sont des réminiscences demattres antérieurs... Enfin la couleur est terne et l'aspect général attristant. Ce tableau est donc bien loin d'être un chef-d'œuvre. Si médiocre qu'il soit pourtant et si pauvre en qualités, il a à nos yeux un avantage inappréciable : il témoigne de la révolution qui vient de s'accomplir. Quelle ? La sécularisation de la peinture... {Castagnary .)
Lerolle. — Jacob chez Laban, — Dans un paysage calme, plat, où les meules restent, seules, de la moisson coupée, le vieillard reçoit le ûls dlsaac, tandis que sa fille, rougissante, se cache derrière lui, mais sans la moindre affectation. Un chien caresse le nouveau venu; c'est à lui seul un excellent morceau de peinture. Mais le tout est exécuté dans une gamme d'harmonies discrètes, avec une largeur savante, et, je le répète, ce tableau peut être cité parmi les meilleurs du Salon, (i. Sylvestre.) — M. Lerolle, dont les tentatives sincères pour rajeunir les sujets bibliques ont été fort remarquées dans ces dernières années, a composé un Jacob chez Laban suivant les principes de M. Puvis de Chavannes. Les figures sont un peu sommaires, trop petites peut-être pour le vaste paysage un peu nu qui les entoure,
mes : « Faites vite ce pourquoi vous êtes venus ». Us ont tué le maréchal de Champagne prèâ du lit où le dauphin siège; un des meurtriers lui montre le cadavre, qu'il pique de la pointe desonépée. Au fond, dans un cabinet enfoncé, le maréchal de Normandie roule à terre sous le poignard d'un sicaire. Cependant Etienne Marcel a pris au dauphin son chapeau, qu'il plante sur sa tête, et il le couvre en échange, du chaperon rouge et bleu, couleurs de la ville. La figure de ce Danton du xiv* siècle est évoquée toute vive des chroniques contemporaines. Tête révolutionnaire, empreinte d'audace et de ruse, à l'œil perçant, aui lèvres serrées. Son geste hardi semble découronner la royauté et sacrer le peuple qu'il personnifie.... Très supérieur par le caractère aux drames historiques de Paul Delaroche et de M. Gallait, ce beau tableau l'est aussi par l'exécution. Chaque tête est poussée au rendu du portrait le plus étudié ; les costumes sont peints sans trop de détails, avec une justesse solide et serrée qui laisse toute leur valeur aux figures. {Paul de Saint-Victor.) — M. Mélîngue montre une préoccupation très suivie de retrouver l'exactitude vivante des figures historiques. Sa peinture est encore un peu terne et gagnerait à s'éclaircir et à s'aérer, mais il est déjà mattre de sa composition, ce qui est la grosse affaire. {G. Lafenesire,) — Ni le tumulte, ni la terreur, qui devraient se dégager de l'horrible scène, ne sont suffisamment exprimés. L'interprétation morale du fait historique n'est même pas bien exacte. On dirait qu'en posant d'un geste aussi emphatique le chaperon royal sur sa tête, Etienne Marcel savoure intérieurement l'espoir de je ne sais quel rêve ambitieux. Ce n'est pas là l'esprit de l'épisode. Etienne Marcel protège le dauphin en le couvrant de sa toque aux couleurs bleue et rouge, voilà tout. iCastagnary.)
Merson (Luc-OlÎTÎer). — Le Repos en Egypte et Saint Isidore laboureur. — Le Repos en Egypte renouvelle ingénieusement un motif que tous les peintres ont traité... C'est une peinture, d'un sentiment subtil; elle dort harmonieusement dans une atmosphère faite de gris délicats; ces colorations discrètes et fines sont parfois un joli yêteroent pour la poésie. {Paul Mantz.) — Le Saint Isidore, hâlé, musculeux, épais, comme un vrai paysan qu'il est, figure bestiale illuminée et splritualisée par la foi, est une création franche et hardie, d'une originalité résolue qui eût ravi Verocchio et Signorelli. Ce tableau, où l'on n'a plus à regretter ces petites recherches ingénieuses qui affaiblissaient autrefois l'impression des rêves, toujours poétiques de M. Merson, place ce jeune peintre hors de pair. (G. Lafenestre,)
HoROT (A.-N.). — Épisode de la bataille dEaux-Sextiennes. Il y a dans cette grande composition vingt fois plus de talent que dans l'œuvre tout entière d'un Salvator Rosa, sur lequel on a écrit des volumes... [Ch, Timbal,) — Tableau rageur et hurleur... La fureur y est poussée à la charge, la passion à la contorsion. Le dessin se disloque comme les attitudes ; une couleur aigre et criarde ajoute ses notes stridentes au tumulte des gestes et des mouvements... Ceci dit, il faut discerner dans cette mêlée divagante un talent qui se fraye sa voie, une verve brutale qui fait sa trouée, des traits de nature saisis sur le vif. (P. de Saint- Victor.)
MoTFE. — Circé et les Compagnons d'Ulysse, — Les petites compositions antiques de M. Motte intéressent toujours par leur érudition ingénieuse. Il a mis en scène cette année un des épisodes les plus fantastiques de ce conte immense et divin que l'on appelle VOdyssée. La déesse « aux beaux
cheveux » a versé aux compagnons d'Ulysse son philtre magique et les voilà qui prennent la voix, le corps et les soies du porc, mais leur esprit « était le même qu'auparavant ». Deux d'entre eux n'ont pas encore été métamorphosés, et siègent endormis sur leurs trônes d'or. Mais Circé, nue jusqu'à la ceinture, grave et bizarre comme une jeune fée, va les toucher de sa baguette ; et tout à l'heure, ils iront rejoindre à quatre pattes le troupeau de leurs camarades qui suivent l'enchanteresse à la ûle, en poussant des grognements amoureux. M. Motte a accentué d'un léger trait d'ironie cette parabole fabuleuse restituée dans son décor et son ameublement homériques, avec le goût d'un antiquaire et l'imagination d'un artiste. {Paul de Saint-Victor.)
Puvis DE Cha VANNES. — Jcufies filks au bord de la mer et VEnfiint prodigue. — Un maître qui a quelquefois paru singulier, mais qui a toujours été intéressant, c'est M. Puvis de Chavannes...Il a une fantaisie très personnelle, mais sa fantaisie ne rit pas... Dans les Jeunes filles au bord de la mer, peinture qui est comme un grand carton pâle, le dédain pour la beauté ne se dissimule pas... Avec M. Puvis de Ghavannes, nous avions commencé par la résistance et il nous a fallu quelque temps pour goûter son charme un peu maladif. {Paul Mantz.) — Je ne fais aucune difficulté d'avouer que le peintre a produit beaucoup d'ouvrages égaux à celui-là {Jeunes filles au bord de la mer) et quelquesuns même de supérieurs. Mais quelle étonnante poésie chante et murmure dans cette conception hors du temps, h ors de la vie, et imaginée en pleine chimèrel {Emile Bergera(*.)— -Ni dans l'Enfant prodigue, ni dans les Jeunes filles au