acte ; il ne demandait peut-être pas à prouver ^autre chose
{Ch. Timbal.)
Wencker. — Sainte Elisabeth de Hongrie. — Passons vite ; la vie n'est point là. {Fourcaud.) — La reine étanche le sang qui coule de la tête d'un vieillard, qu'elle a assis sur son propre trône. La tonalité générale est un peu blanche, mais le torse, et surtout les pieds du malade, sont d'un très beau rendu. {A, Sylvestre.) — Cette propreté blanchâtre s'étend à tout le tableau et le vernit d'un enduit de glace. Les plaies même y sont caressées, le sang s'efforce d'imiter la gelée de groseille. Et quoi de plus déplaisant, en art, que l'horreur affadie et presque coquette, qu'un teigneux peint au cold-cream? (P. de Saint-Victor,)
LE PORTRAIT : M"« Abbéma; MM. Bastien-Lepage, Bonnat, Cabanel, DelaaDay, Desboutins, Paul Dubois, Carolus Duran; M"* Ehrmanii; MM. Fautin-lAtour, Perd. GaiUard, Léon Glaize, P. Renoir, Sargent.
Abbéma (M"*). — Portrait de M^" Samary, de la Comédie française; portrait de ¥*"• X... — Elle montre deux portraits où l'on a reconnu, avec la largeur habituelle de sa manière, un progrès réel, je veux dire un souci de plus en plus éveillé à exprimer le caractère particulier des types. C'est la bonne méthode. (Paul Mantz,) — M"' Abbéma, que l'on a eu raison de gâter un peu, parce que ses débuts promettaient beaucoup, étale avec un aplomb tout féminin ses couleurs crues sur des plans qui ne sont point suffisamment dessinés. Un peu d'école ne lui serait point sans fruit. (Ph. Burty.)
Bastien-Lepage.— Poreraiede Jf "• Sarah Bemhardt. (Voir aussi
à la peinture de genre.) — Dans le portrait de la célèbre comédleoDe, représentée de proâl, assise, regardant un Orphée en ivoire, l'exécution, fine, attentive, délicate, est poussée jusqu'aux raffinements de coloration les plus extrêmes, jusqu'aux préciosités les plus ingénieuses du modelé. C'est une merveille de rendu, un chef-d'œuvre de fini, plus voulu et plus poussé que le charmant portrait û^ André Theuriet, de l'année dernière, et qui se rattache bien plus à Holbein et à Memling qu'à l'école moderne. (6. Lafenestre.) — Le profil est exquis, le nez est ciselé et poli comme un bronze de la Renaissance; les lèvres s'entr'ouvrent machinalement sans poussera la grimace; les cheveux sont veinés de noir usé et de blond chaud comme on voit les tons s'emmêler dans la transparence d'une plaque d'écaillé... Le regard, qui filtre entre de longs cils, acéré et attentif, rend le tout superlativement féminin. H. Bastien- Lepage prend rang parmi les portraitistes les plus adroits et les mieux informés de la note moderne. (Ph. Burly,) — Un peu plus de souplesse dans la pose aurait, j'en suis sûr, accentué plus exactement la ressemblance... Certains détails sont d'une habileté qui révèle le maître : les petites mains sont délicieuses, et partout, d'ailleurs, le pinceau a caressé la forme avec une précision qui n'est jamais sèche, qui a toujours souci de l'enveloppe. Ici, le point de départ est évidemment emprunté aux vieux maîtres,, mais l'exécution, vaillante et fine, contient une part de renouvellement. (P. Mantz.)
Bo^^îAT. — Portrait de Victor Hugo. — Il y avait un étrange vide dans le musée pittoresque des gloires de ce siècle : Victor Hugo n'y avait pas un seul portrait digne de lui... Le poète est représenté assis auprès d'une table en
chéoe, accoudé sur un volume iu-folio qui porte au dos le nom d'Homère/ seul trait d'union que Ton peut tracer entre l'épopée antique et la Légende des sihdes. Avec cet Homère sous son coude, Victor Hugo semble appuyé sur ses parchemins. Une main' est passée dans le gilet entr'ouvert; l'autre allonge son index au sommet du front comme pour arrêter une pensée au passage... La tête règne et domine, modelée et remuée dans tous ses accents... Chefd'œuvre, avons-nous dit, tout au moins égal au portrait de M. Thiers, et qui marque une date dans la carrière de M. Bonnat. (P. de Saint-Victor.) — Le portrait de M, Victor Hugo, par M. Bonnat, ne nous rappelle que de loin l'illustre maître. En aucune des heures qu'il nous a été accordé de passer dans son intimité ni de celles où nous l'avons suivi en public, M. Victor Hugo n'avait ce teint vineux, cette barbe et ces cheveux rudes, cette physionomie morose. Ce sont, tout au contraire, une exquise douceur de visage, des mains d'une noble beauté, un corps alerte malgré les ans, un influx nerveux dont la palpitation incessante se soupçonne même dans le repos. La pose — un bras dont le coude repose sur un volume d'Homère I — est d'ailleurs banale. {Ph. Burty.) — La peinloi'e est empâtée, robuste; le masque est* d'un modelé saisissant. Jamais M. Bonnat n'avait donné autant de relief à une tête. (Eug. Guillaume). — La plupart des anciens défauts de M. Bonnat, ceux-là même qu'il avait dissimulés dans le portrait de M. Thiers, apparaissent dans celui du poète. Nulle légèreté et nulle flamme. M. Bonnat a des convictions, il cherche vaillamment la forme, il insiste, il revient sur le morceau commencé; il est plein d'intentions excellentes, et il est, en somme, comme un orateur qui, ayant des idées, les exprime pesamment. Sa peinture est lourde
et plombée ; il y a dans les chairs les maçoDDeries accoutumées, les fonds sont impénétrables. (Paul Mantz.) — Ceux qui out eu Thonneur inoubliable d'être admis dans l'intimité du poète connaissent bien ce regard noir, profond et qui rayonne en dedans. Gomment Léon Bonnat est arrivé à le saisir, je Tignore, mais ce sera sa gloire éternelle. La .façon dont le maître est accoudé sur le gros livre de la table est une de ces trouvailles expressives que la nature seule donne et que Bonnat s'est contenté de lui emprunter. Quelle puissance il y a là, et comme cette main repliée sur la tempe soutient ce front plein de pensée! {Emile Bergerat.)
Gabanel. — Portraits de 3/"* de C. T. et de M. Mackay. — On ne parle plus guère de M. Gabanel; son portrait correct, mais sans vie, de M. Mackay ne nous ramènera point à lui. {Ph. Burty.) — Deux portraits de M. Gabanel qui raffermit sa manière, dont la suavité fondait en mollesse. {Paul de Saint-Victor.)
Deiaonay. — Portrait de Gounod. — Vu de profil, il est dessiné et peint avec une profondeur d'analyse etunesûreté d'exécution qui sont celles d'un vrai maître. [G. Lafenestre.)
— Le talent de M. Delaunay a subi bien des oscillations, des hésitations, des modifications avant de se fixer tout à fait. Les deux portraits qu'il expose cette année sont d'excellente qualité, et leur exécution identique me fait espérer que l'artiste s'arrêtera définitivement à cette manière. Le portrait de M. Gounod est plein de franchise et d'accent. {Ch. Clément,)
Desbodttos. — Portrait de Vacteur Dailly (Mes-Bottes).
— Debout, coiffé d'une casquette, la chemise à demi ou-
i04 L'ANNÉE ARTISTIQUE.
yerte, le pain légendaire de V Assommoir sous le bras. Mes- Bottes rit à la galerie des trente et une deuts que la coquette lui a laissées... Cette figure ne vaut pas seulement par la gaieté qui l'anime, mais elle constitue un fort bon tableau. Sous l'opulente carnation de la face, la construction de la tête se retrouve, solidement accusée par une main habile» {A, Sylvestre.)
Dubois (Paul). — Portrait de J/"' ***; portrait (t enfant. — M. Paul Dubois n'a point continué cette année sa belle série, ni dans la peinture, ni dans la sculpture. Ses amis s'en affligent, ils voudraient lui voir moins d'ardeur à montrer au public des œuvres qui n'augmentent passon capital de gloire. U nefautpas parler de son Portrait de M^^ ***,qui est noir etsans pensée. Mais on nepeutpas ne paslui direqueson adorable portrait d'enfant serait parfait, si les cheveux blonds et le fond étaient traités moins sommairement... (Ph. Burty.) — C'est un noble portrait que celui de if"« ***, un peu froid peut-être, un peu retiré dans sa dignité secrète e1 discrète. Il y a une glace à rompre entre le modèle et le spectateur, pour qu'on apprécie bien la distinction de la personne et la pureté de son dessin. — Je lui préfère le Portrait d'enfant, pur joyau de forme et de style qu'on dirait ciselé par un outil florentin de la Renaissance. Ce buste de fillette, aux blonds cheveux répandus, vous regarde de face avec lesyeux sérieux et fixes d'un Enfant Jésus italien. {Paul de Saint- Victor.) — Dans le portrait de if*® ♦**, représentée debout, vêtue de violet, le modèle de la tête et des mains est mou et flottant. On dirait qtiela peinture est fatiguée et qu'elle a été exécutée péniblement Mais comme M. Dubois se relève dans son portrait d*enfant!... (Ch. Clément.)
DuRAN (Carolus). Portrait de M'''' la comtesse F.... Nous
serons d'accord avec tout le monde eu disant que M. Carolus Durau, dans son portrait de M-** la comtesse V..., a fait une œuvre magistrale. {Eug. Guillaume.) — Au sortir d'une soirée, M"- V... rajuste, sur sa robe de satin blanc, son grand manteau de fourrure. Les carnations sont extramement lumineuses et, partout, Texécution est superbe. Le plus charmant accord se maintient entre le satin de la robe, le brun des fourrures, la clarté des chairs et la coloration chaude des cheveux. Un jour viendra où ce portrait magistral sera placé dans un musée, et Ton reconnaîtra alors, non seulement que M. Garolus Duran est un beau peintre, mais qu'il a toujours été fort quand il a été sage.» {Paul Mantz.) — Voilà enfin un portrait où la tête, c'est-àdire la physionomie, la personnalité, la vie, tient la première place, où la tête domine le corps et gouverne la toilette. L'attitude est grande, l'allure vivante, l'exécution calme et ferme sans hésitations et sans provocation. {G, Lafenestre.) — Le portrait de iM"» la comtesse V..., exposé par M. Garolus Duran, ne serait pas déplacé dans une galerie royale, entre une princesse de Van Dyck et une grande dame de Reynolds. En vérité, ce grand morceau est un vrai chef-d'œuvre. L'artiste qui l'a signé peut avoir ses inégalités et ses défaillances, être violent et même vulgaire à ses heures; une peinture pareille affirme sa qualité jusqu'à présent discutée de maître, et cet illustre brevet ne lui sera plus retiré. {Paul de Saint-Victor.)
Ehrmann (M*'«). Portrait de J/"" Favart. Le début de M"« Ehrmann est très remarquable. Son portrait de xM"* Favart est composé avec intelligence, dessiné avec soin et peint solidement. {Ph. Burty.)
Fantin-Latour. Portraits de jeunes filles. Un sentiment
ekasle et pur, quelque chose de virginal et de discret, le charme profond de la yiede famille, je ne sais quel parfum d'intimité honndle, candide et loyale, monte des toiles de M. Fantin-Latour. Seul entre les hommes de son temps, cet artiste original possède le don de moraliser saus prêcher. Il représente deux jeunes filles, deux artistes qui travaillent. L'une, debout, dessine d'après un modèle qu'on ne voit pas ; l'autre, assise, la tête un peu penchée, copie un plâtre placé sur la table. Quel joli morceau d'exécution, ce plâtre, et aussi le vase de fleurs posé à côté ! Je n'aime pas beaucoup le type de la brune restée debout, mais la figure assise n'est-elle pas un morceau délicieux, un chef-d'œuvre dans un chef-d'œuvre ? {Castagnary.) — M. Fantîn-Latour est toujours le maître contenu et persuasif que l'on sait. La scène que forment ces deux jeunes filles est aussi pénétrante qu'un intérieur de J.-B. Chardin. Mais, puisque le souvenir de ce grand harmoniste nous revient, est-il probable qu'il eût approuvé M. Fantin de placer aussi près de ces jeunes et doux visages l'appel lumineux et clair de ce pot d'azaléas roses et blancs? {Ph, Barty.) — Il y a des fautes dans cette peinture, notamment le plâtre trop blanc qui sert de modèle aux jeunes filles ; mais les portraits sont d'un peintre habile à toutes les délicatesses. (P. Mantz.)
Gailurd (Ferdinand). Portrait de M«' de Ségur, le préfère m'arrêter à l'étrange et intelligente laideur de M^ de Ségur, analysée, fouillée, modelée, poursuivie dans ses moindres accidents, et rendue avec une perfection sans rivale aujourd'hui, et réalisée dans toute sa puissante intensité par cet extraordinaire quatrocentiste qui signe Ferdinand Gaillard. {Ernest Chesneau.) — Si l'on ne savait pas que M. Gaillard est un graveur éminent, on le devinerait
en regardant sod portrait de M. de S..., prélat de la cour de Rome. Un accent de style florentin rehausse sa véracité scrupuleuse et vous rappelle que M. Gaillard, avant de devenir peintre, s'était formé sur le cuivre à l'école de van Eyck, de Botticelli et d'Antonello de Messine. (P. de Saint- Victor.)
GiAizE (Léon). Portrait de M, Gérome. Portrait en pied d'un style ferme et résolu comme la figure orientale du célèbre peintre. {Lafenestre.) Le peintre est représenté assis, jambes croisées, au milieu de son atelier, dans une pose plein d'aplomb et de naturel. Il tient ses gants d'une main, l'autre s'appuie sur le bras du siège. Les mains noueuses et nerveuses sont déjà de petits portraits par leur accentuation si individuelle. La ressemblance éclate dans la tête. {Paul de Sainl-Vicior.) — M. Glaize, dans son portrait de M, Gérôme, a bien traduit non seulement la nature nerveuse de ce galant homme, mais encore il a fait sentir son habitude d'un travail constant, sa fatigue visible d'être assis sur un fauteuil et d'avoir les mains inoccupées. (Ph. Burty.)
Renoir (Pierre-Auguste). Portrait de M""* Georges Charpentier et de ses enfants. — Portrait de M^^*^ J. Samary. Au premier rang de ceux que tourmente l'esprit nouveau et qui cherchent dans la vie environnante la matière d'un art original, sans imitation ni ressouvenir, il faut placer M. Renoir. On l'a vu parfois mêlé aux impressionnistes, ce qui a contribué à jeter quelque équivoque sur sa manière ; mais il ne s'y attarde point, et c'est au salon, concurremment avec le gros des artistes, qu'il vient demander sa part de publicité. La critique ne peut manquer de lui être favorable. Son Portrait de if "*• Charpentier et de ses enfants est
une œuvre des plus intéressantes. Peut-être les figures sontelles un peu courtes, un peu ramassées dans leurs proportions ; mais la palette est d'une richesse extrême. {Castagnary.) — Le procédé du peintre est très-particulier : il modèle par le ton sans le secours de la ligne, par la lumière, les reflets et reflets de reflets, à l'exclusion de tout contour arrêté. De près, au milieu de cette puissante harmonie de couleurs, le regard ne saisit pas sans quelque difQculté le caractère des formes, qui prend à distance au contraire une vigueur singulière. {Ernest Chesneau.)
Sargent (John). Portrait de M, Carolus Durait, M. John Sargenta peint d'une façon excellente le portrait de son cher maître Carolus. {Paul Mantz.) — La pose est naturelle, rend bien le personnage que l'on connaît, vif et bon diable; la couleur est étalée avec un aplomb que rien n'a troublé. {Ph. Burty,)
PAYSAGE, ETC. : MM. Camille Dernier, de Curzon, Karl Daubigny, Français, Guillemet, Harpignies, Hagborg, Luigi Loir, etc.
Dernier (Camille). — L'Allée abandonnée a été reprise par la nature, qui s'acharne à y efl'acer les vestiges du travail de l'homme... L'aspect est grandiose, mais nullement sévère; une transparence soutenue égare les douces ténèbres versées par ces tombées de feuillages; la lumière y filtre et l'air y circule. Peinture franche et saine; M. Bernier a rarement mieux fait. {Paul de Saint -Victor.) — Cette fois M. Bernier atteint à l'émotion par la puissance honnête de la simple vérité fortement exprimée jusqu'au bout. {G. Lafenestre,)