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LE SALON (PAYSAGE

CuRzoN (de). — Le site de l'un des tableaux de M. de CurzoD, Sur ^escalier (TAtrani à Ravello, est très pittoresque et très saisissaut...' C'est un ouvrage de beaucoup de mérite, mais où la personnalité de M. de Curzon est moins marquée que dans Au fond de Peau; Souvenir du lac dAvezzano, où l'on trouve le compositeur, le poète. Le point de départ est bien pris dans la nature, dans la réalité ; mais l'imagination de l'artiste a transformé le modèle, a combiné les lignes et concentré l'Intérêt. Les eaux calmes et grises, à peine tein-^ tées vers le fond, s'étendent jusqu'aux collines peu visibles, dont les sommets se perdent dans le ciel rosé... Cet ouvrage est un des meilleurs qu'il i^ous ait encore donnés. Les lignes, très habilement combinées, mais où l'on ne sent pas le travail et l'effort, sont disposées de la manière la plus heureuse ; l'aspect de l'ensemble, doux et calme, est charmant; le nnassif d'arbres est dessiné de main de maître, et l'exécution de M. de Curzon nous parait avoir beaucoup gagné. {Ch. Clèmenl.)

Daubignt (Karl). — Environs de la ferme Saint-Slméon, à Ronfleur. — M. Karl Daubigny, qu'on n'apprécie peut-être pas à sa valeur, se souvient des enseignements qu'il a reçus. Il reste fidèle à une chère mémoire et il fait bien. C'est un / beau paysage que les Environs de la- ferme Saint-Siméon, à Ronfleur. Nous ne savons pas si, dans la réalité géographique, le motif est aussi tumultueux ; mais M. Karl Daubigny croit, comme les maîtres, que l'art autorise une certaine exagé* ration ; il cherche la puissance dans la construction des terrains, et aussi dans l'intensité des verdures qui les tapissent ; il agite le spectacle, et, au bas du ciel où le soleil couchant laisse tratner ses dernières pourpres, il sème comme des taches sanglantes. L'effet est original et fort. Il

se peut que cette manière d'entendre le paysage ne soit plus conforme aux modes bourgeoises qui semblent prévaloir aujourd'hui, nous espérons qu'on y reviendra. {Paul Manu.)

Français. — Vallée de Roussillon, le matin, — M. Français n'a qu'un petit tableau, un admirable tableau, au Salon, une Vallée de Roussillon, le matin, mais l'influence de son ferme esprit, de son attachement énergique à la belle pondération des lignes, à la claire division des masses, à la simplification expressive des colorations, à toutes ces hautes nécessités transmises par l'expérience des Poussin, des Lorrain, des Corot, se manifeste d'une façon si frappante chez la plupart des paysagistes arrivés à maturité; qu'on pourrait presque dire que son exposition est dans toutes les salles. (G. Lafenestre.) — C'est toujours le dessin de l'artiste un peu menu et délié, très correct, très fin et d'une extrême élégance. La couleur est peut-être un peu sombre, mais l'aspect général a beaucoup d'ensemble, et les premiers plans sont exécutés avec une largeur qui mérite d'être remarquée. {Ch. Clément.)

Guillemet. — Le Chaos de Villers, — Le Chaos est une peinture pleine d'air et de lumière ; on y devine le mouvement qui a dû se produire aux heures lointaines où ce coin de terre a revêtu sa forme actuelle. Nous prenons sur nous de rattacher M. Guillemet au groupe dés maîtres que nous avons perdus. Il continue la tradition glorieuse, en ce sens qu'en éliminant le détail, il généralise le caractère et arrive à l'expresssion résumée et agrandie. {Paul Mantz,) — M. Guillemet a, au plus vif degré, le sentiment de la lumière orageuse et des espaces agités. Il n'y a pas un être vivant dans son Chaos de Villers, ni un homme dans le paysage, ni un oiseau dans le ciel ; avec trois notes puissamment frappées.

LE SALON (PAYSAGE). Itl

le gris pluvieux des nuées, les bruos sombres des terraios et les verts glauques de l'eau lointalue , il a composé une ouverture de tempête d'une pathétique harmonie. ( P, de Saint-Victor,)

Harpignies. — Celui qui aura le plus fait, après M. Français, pour le développement du paysage moderne dans le sens décoratif, est M. Harpignies qui, dans son Pavillon de Flore vu du Pont-Neuf et son Souvenir de l^ Allier, arrive à faire à la belle structure décorative des sacriiices de vérité que quelques-uns même trouvent excessifs. {Lafenestre,)

Hagb^ig. — La Grande Marée dans la Manche, de M. Hagborg, se recommande également par une grande profondeur, une coloration claire, une facture large, une grande ûnesse de tons et une observation très juste de la nature. {Èmik Cardon.)

Loir (Luigi). — Coin de Bercy pendant V inondation. — Un chef-d'œuvre remarqué et admiré dès le premier jour est le Coin de Bercy pendant Vinondation, de M. Luigi Loir. La sensation est celle d'une fenêtre brusquement ouverte sur la rue représentée par le peintre. Un chemin de fer subnaergé que traversent des charrettes dont on entend clapoter les roues ; sur les chaussées qui bordent l'avenue, des passants arrêtés pour regarder le désastre. C'est saisissant de nature, de vérité, de justesse ; le sentiment du milieu et de l'étendue ne saurait aller au delà. (P. de Saint- Victor.)

Nous croyons devoir nous en tenir, pour le paysage, à cette très sommaire nomenclature ; non pas que ce genre de peinture, qui est une des gloires de l'école française, ait été au Salon de 1870 plus faiblement représenté que de coutume, mais parce qu'au contraire le grand nombre d'œuvres

intéressantes qui s'y trouvaient nous engageraient bien au delà du cadre qui nous est tracé. Nous n'avons nommé que quelques artistes ; combien il en faudrait ajouter à cette liste! MM. Lansyer, Bellet, PauIFlandrin, Pointelin,LavieilIe, de Bellée, Jundt (nous citons au hasard), M""* Élodie de La Villette, etc., etc., avaient au Salon des œuvres remarquables et tout aussi dignes de mention que celles que nous avons citées. Parmi les animaliers, MM. Van Marcke, Vuillefroy, Vayson, Barillot, Hermann-Léon, Schmidt, ont, comme toujours, obtenu le succès que leur vaut un talent depuis longtemps consacré. Enfin MM. Jeannin, ^éclaire, Kreyder, Petit, représentaient avec éclat la peinture de fleurs. Nous le répétons, si nous ne donnons pas à ce chapitre les développements que réclamerait peut-être une bonne justice distributive, c'est qu'il nous semble inutile de rééditer, sur des artistes qui sont tous connus, des appréciations dont le moindre défaut serait d'être -des répétitions absolument inopportunes.

PEINTURE DE GENRE, ETC. — MM. Bastien Lepage, Ulysse Butin, Dupray, Feyen-Perrin, Gervex, G. Uaquette, Herkomer, Aimé Perret.

Bastien Lepage. — Saison (Toctobre. — Je ne saurais nullement m'associer au petit tapage qui se fait autour des tableaux de M. Bastien Lepage. L'an dernier, ce jeune artiste tirait, au Salon, un coup de pistolet à demi raté, avec sa Faneuse; cette année, c'est un canon monstrueux qu'il ajuste sur le public, par un gros tableau, ^Soirée (Toctobre, qui représente deux ramasseuses de pommes de terre à l'ouvrage. Autrefois, l'art proportionnait ses dimensions au style et à la dgnification des sujets traités. Gomme le Sganarelle de

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