CHAPITRE V
Observations générales. -^ Le Congrès annuel des sociétés des beaux^arti de la province. — Le nouveau Comité institué pour les départements. — Analyse des discours prononcés au Congrès. — Les Expositions : Comptes rendus par ordre alphabétique des départements.
Le mouyement artistique se traduit officiellement dans les départements de trois manières -. i"" par les musées ; 2"" par les expositions ; Z"* par les sociétés de beaux-arts. Le Congrès annuel de ces dernières, qui a lieu depuis 1875, à Paris, au palais de la Sorbonne, imprime un élan indiscutable et met de la méthode, de Tardèur là où il n'y avait auparavant qu'indifférence ou dédain. En outre, grâce à la création du recueil général de VInventaire des richesses dart entrepris par M. de Chennevières, en 1876, il existe à Tadministratics centrale de la rue de Valois un bureau spécial qui sert de trait d'union entre les sociétés diverses qui s'occupent d'art sur tout le territoire français. C'est ce qui a donné l'excellente idée, au sous-secrétaire d'État, M. Turquet, de créer, par arrêté du 18 avril 1879, une commission spéciale, chargée d'offrir un centre à tant de bonnes volontés multiples et de donner aux forces éparses des sociétés des amateurs, des fonctionnaires, etc., une cohésion plus solide capable de généraliser les résultats. Comme
corollaire à cette initiative, M. Turquet a désigné un inspecteur des beaux-arts, M. Georges Lafenestre, pour propager le système des expositions départementales et les favoriser de son autorité et de son expérience. On trouvera les divers rapports et décrets concernant ces réformes à la fin de ce volume, au chapitre des Documents oficiels de la province. Nous nous bornerons sin^plement à une unique, mais désespérante remarque ; depuis la date de sa nomination jusqu'au 31 décembre 1879, le « Comité des sociétés des beaux-arts des départements » n'a pas été réuni deux fois et Ton n'a pas paru, dans les bureaux de la direction des beaux-arts, savoir utiliser dans toute la mesure désirable la nouvelle création que Ton a imaginée.
Mous n'insisterons pas sur les deux grandes questions qui font présentement de la province le terrain principal sur lequel doivent s'exercer l'activité et l'énergie de l'administration des beaux-arts : la question de l'enseignement du dessin et celle de la création de musées industriels. Pour la première, nous l'avons dit plus haut, dix-sept inspecteurs spéciaux, nommés en février* 1879, ont employé leur temps à dresser une eaquéte et à rédiger des rapports, d'après lesquels va commencer, nous assure-t-on, une action énergique. En tout cas, un crédit de 350,000 francs a été libéralement voté par les Chambres pour cet objet. Nous apprécierons, l'an prochain, les réformes annoncées et les actes de l'administration. Quant aux musées industriels, dont la création serait si urgente pour favoriser dans le pays less études des arts décoratifs, ils attendent le vote de la loi présentée au Corps législatif par M. Antonin Proust. Cette loi sera-t-elle discutée et approuvée en 1880? Il faut l'espérer, car il est surabondamment démontré aujourd'hui à ceux mêmes quisont étrangers à ces problèmes,
m L'ANNÉE ARTISTIQUE.
que les musées de cet ordre ont une iDfluence capitale sur rinstructiou des artisans, sur le goût public et sur le dé?eloppemeut de nos industries nationales.
Le Congrès des sociétés des beaux-arts S qui a eu lieu à la Sorbonnele 1 7^ avril 1879, a été clos, comme d'habitude, au bout de trois jours, par un discours du ministre, dans lequel nous relevons quelques chiffres précieux.
En 1877, le Congrès réunit seulement dix-sept délégués des sociétés des beaux-arts ; en 1878, il y en eut quarante; en 1879, on en a compté soixante. Nous renvoyons le lecteur au texte même de ce discours pour les espérances qui y sont formulées à propos du concours de ces sociétés à la rédaction de VInventaire des richesses éPart de la France et à la cause de l'enseignement du dessin. D'autres allocutions fort intéressantes ont été prononcées durant le Congrès. Nous signalerons celle de M. le vicomte H. Delaborde, qui a fourni le compte rendu détaillé des travaux de la commission de VInventaire, et a analysé chacun des trois volumes publiés. Le rapport de M. Henry Jouin, secrétaire de cette commission, écrit avec élégance et rempli de renseignements, est à lire en entier. Il nous apprend qu'il y a actuellement en France 210 musées de peinture. Sur ce chiffre, 85 seulement ont des catalogues imprimés. La commission de VInventaire possède en outre,' à l'heure actuelle, 70 catalogues manuscrits, ce qui fait un total de 156 catalogues. Relativement aux expositions organisées par les sociétés, M. H. Jouin constate qu'elles ont toujours amené des résultats féconds et presque immédiats. « Ainsi, dit-il, quels qu'en soient le lieu, la date, le mode de fonc-
1. Voy. à la fin du volume, Doeutnents officiels de la province, le texle oiBciel des discours prononcés à ce Congrès.
tionnement, les expositions d'art profitent invariablement aux musées de peintare. Il n'est pas douteux que les musées d'art décoratif recevront de ces sortes de solennités une impulsion plus rapide encore, un développement plus assuré. »
Le nombre de ces expositions, assez restreint en 1878, en raison de la grande manifestation du Champ de Mars, s'est élevé, en 1879, à une trentaine. Nous en rendrons compte rapidement, en passant en revue les départements où ont eu lieu, cette année, des événements de quelque in-térét au point de vue artistique.